Si vous ou votre enfant avez de l’eczéma, quelqu’un vous a sûrement conseillé de « vous débarrasser des acariens ». Ça semble logique, et ça peut coûter cher en argent et en efforts : housses spéciales, lavages à chaud, vaporisateurs, nouveaux planchers. La réalité est plus nuancée. Les acariens peuvent compter beaucoup pour certaines personnes eczémateuses et très peu pour d’autres, et la recherche sur l’évitement est plus faible que les conseils le laissent croire.
Ce que sont les acariens et pourquoi ils dérangent la peau
Les acariens de la poussière sont de minuscules cousins des araignées à huit pattes, d’environ un quart à un tiers de millimètre, trop petits pour être vus. DermNet, la ressource de dermatologie néo-zélandaise, explique qu’ils se nourrissent des squames de peau que nous perdons et qu’ils ont besoin d’une humidité élevée pour prospérer. Lits, oreillers, tapis et meubles rembourrés leur conviennent parfaitement.
Les acariens ne piquent pas et ne creusent pas la peau. Le problème, ce sont leurs déjections. Les principaux allergènes viennent de l’enveloppe des boulettes fécales des acariens, qui se brisent en poussière et se retrouvent dans l’air et sur la peau.
Chez les personnes allergiques, cette poussière peut aggraver la dermatite atopique, la forme d’eczéma la plus courante. DermNet note que les poussées peuvent apparaître sur les zones exposées comme le visage et les bras, parfois pires le matin sur la peau qui a touché les draps pendant la nuit. Santé Canada ajoute que la poussière et les acariens peuvent causer des réactions allergiques et aggraver des problèmes comme l’asthme.
Allergique aux acariens, ou simplement en cohabitation ?
Tout le monde vit avec des acariens. Ce qui compte, c’est si votre système immunitaire y réagit, et c’est là qu’interviennent les tests. Selon DermNet, les médecins utilisent :
- Le test cutané par piqûre (prick test), où une goutte d’allergène est piquée dans la couche superficielle de la peau pour voir si une bosse apparaît
- Des prises de sang qui mesurent les IgE, les anticorps en cause dans les allergies, dirigées contre les acariens
- Le test épicutané aux aéroallergènes (atopy patch test), où l’allergène des acariens reste sur la peau quelques jours pour voir si une réaction qui ressemble à de l’eczéma se développe
La revue Cochrane sur le sujet note que jusqu’au tiers des personnes eczémateuses dont le test d’allergie aux acariens est positif rapportent un eczéma ou des symptômes respiratoires pires en présence de poussière. C’est un groupe important, mais ça veut aussi dire qu’un test positif ne garantit pas que les acariens causent vos poussées. Un résultat de test est un indice, pas un verdict.
Ce qu’a trouvé la revue Cochrane
Les revues Cochrane regroupent les meilleurs essais disponibles sur une question et évaluent à quel point on peut se fier au résultat. Leur revue de 2015 sur la réduction des acariens dans l’eczéma est l’examen le plus complet de la question à ce jour.
Elle n’a trouvé que sept essais randomisés, totalisant 324 adultes et enfants, et la plupart avaient un risque élevé de biais. Les mesures testées comprenaient des housses de matelas et de literie, un passage d’aspirateur plus poussé et des vaporisateurs qui tuent les acariens. Les résultats étaient inégaux :
- Un essai de 60 personnes a trouvé une amélioration modeste des scores d’eczéma sur six mois avec un ensemble combiné : housses anti-acariens, vaporisateur anti-acariens et aspirateur à haute filtration.
- Un autre petit essai de 20 personnes n’a trouvé aucun bénéfice à court terme avec des housses de matelas anti-acariens et un vaporisateur.
- Un essai de 86 personnes n’a trouvé aucune différence entre les groupes.
Les auteurs ont conclu que les données étaient de très faible qualité et ne permettaient pas de recommandations claires pour la pratique. Les bénéfices modestes touchaient des personnes déjà sensibilisées aux allergènes aériens ; on ignore donc si ces mesures aident les personnes eczémateuses en général.
Pour situer les choses, une autre revue Cochrane, plus ancienne, portant sur 54 essais chez des personnes asthmatiques allergiques aux acariens, n’a trouvé aucun effet du contrôle des acariens sur les symptômes ou la médication. Cochrane signale maintenant que cette revue est dépassée : prenez-la comme toile de fond, pas comme réponse finale. Elle fait tout de même écho au portrait de l’eczéma : réduire les acariens dans une vraie maison est difficile, et le bénéfice est difficile à prouver.
Housses, lavage à chaud et vaporisateurs : un regard pratique
Les mesures anti-acariens ne sont pas inutiles pour autant, mais il faut les choisir avec soin, et seulement si les tests suggèrent que les acariens comptent pour vous. Santé Canada et DermNet proposent des étapes semblables :
- Des housses anti-allergènes qui enferment complètement le matelas et les oreillers. C’est la mesure la plus étudiée, et elle demande peu d’efforts continus.
- Laver la literie à l’eau chaude. Santé Canada suggère l’eau chaude chaque semaine, et DermNet, plus de 60 °C. Notre article sur le lavage de la literie et des oreillers explique pourquoi l’eau plus froide rince l’allergène sans tuer les acariens.
- Contrôler l’humidité. Santé Canada suggère de garder l’humidité intérieure entre 35 et 50 %. Les acariens ont besoin d’une humidité élevée : une chambre au sous-sol humide mérite un déshumidificateur.
- Passer l’aspirateur avec un filtre HEPA, qui retient les petites particules, et épousseter avec un linge humide plutôt qu’à sec.
- Moins de nids à poussière dans la chambre : piles de toutous, rideaux épais et, si vous rénovez de toute façon, tapis mur à mur.
Les vaporisateurs qui tuent les acariens (acaricides) faisaient partie de certains essais, mais toujours avec d’autres mesures : leur effet propre reste flou. Le Cambridge University Hospitals, au Royaume-Uni, ne les recommande pas, les jugeant peu utiles et possiblement irritants, et un vaporisateur ajoute un produit chimique de plus dans une maison où la peau est réactive. Nous les mettrions en bas de la liste.
Une note d’hiver canadien : l’air intérieur sec décourage les acariens, mais il assèche la peau eczémateuse. Il y a un équilibre à trouver, d’où l’utilité de cette plage de 35 à 50 %.
L’immunothérapie : une option plus récente à explorer
Si l’allergie aux acariens est confirmée et que l’eczéma reste difficile à maîtriser, il existe une autre voie. L’immunothérapie allergénique consiste à donner de petites doses croissantes d’un allergène, en injections ou en comprimés ou gouttes sous la langue, pour rééduquer la réponse immunitaire.
Une revue systématique publiée en 2023 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology, dirigée par des chercheurs de l’Université McMaster à Hamilton, a regroupé 23 essais totalisant 1 957 personnes, la plupart sensibilisées aux acariens. L’immunothérapie a probablement amélioré la sévérité de l’eczéma et la qualité de vie, avec un degré de certitude modéré. Dans les essais, 40 % des personnes sous immunothérapie ont vu leur score d’eczéma réduit de moitié, contre 26 % sans elle. Les effets secondaires étaient aussi plus fréquents, surtout avec les injections. C’est une décision à prendre avec un allergologue ou un dermatologue, pas un projet à faire soi-même.
La place de la lessive là-dedans
La lessive est un morceau du casse-tête, pas le casse-tête au complet. Pour une personne eczémateuse allergique aux acariens, laver draps et taies à l’eau chaude chaque semaine, puis bien les sécher, est une habitude raisonnable et sans grand risque. Utilisez un détergent sans parfum à la dose indiquée pour ne pas remplacer un irritant par un autre. Vous pouvez parcourir les produits de lessive sans parfum évalués par le panel si vous en choisissez un.
Pour les autres personnes eczémateuses, les bases comptent plus que les acariens : un hydratant chaque jour, un nettoyage doux, et le traitement prescrit utilisé comme indiqué. Si l’eczéma s’étend, suinte ou ne se calme pas après deux semaines de vos soins habituels, consultez votre médecin ou votre pharmacien, et demandez si des tests d’allergie seraient utiles dans votre cas.
À retenir : les acariens peuvent aggraver l’eczéma, mais surtout chez les personnes qui y sont vraiment allergiques. Faites-vous tester avant de transformer votre maison, commencez par les mesures faciles comme les housses et la literie lavée à chaud, et ne vous attendez pas à ce qu’elles remplacent le traitement de l’eczéma. La recherche est honnête sur ses limites ; vous pouvez l’être aussi.
Questions liées
Toutes les personnes eczémateuses ont-elles besoin de housses anti-acariens ?
Non. Les acariens comptent surtout pour les personnes eczémateuses qui ont une allergie confirmée aux acariens. La revue Cochrane sur le sujet a trouvé que les petits bénéfices rapportés venaient de personnes sensibilisées aux allergènes aériens, et qu’on ignore si ces mesures aident l’ensemble des personnes eczémateuses. Parlez de tests à votre médecin avant de dépenser.
Comment savoir si je suis allergique aux acariens ?
Un médecin peut prescrire un test cutané par piqûre (prick test), où une infime quantité d’allergène est piquée dans la peau, ou une prise de sang qui mesure les IgE spécifiques. Pour l’eczéma, certaines cliniques font aussi un test épicutané aux aéroallergènes (atopy patch test), laissé sur la peau quelques jours. Un test positif montre une sensibilisation, ce qui ne prouve pas toujours que les acariens causent vos poussées.
Les vaporisateurs anti-acariens fonctionnent-ils ?
Les preuves sont faibles. Les produits qui tuent les acariens, appelés acaricides, faisaient partie de certains essais sur l’eczéma, mais toujours combinés à d’autres mesures : leur effet propre reste flou. Un hôpital britannique du NHS ne les recommande pas, les jugeant peu utiles et possiblement irritants. Si vous avez de l’asthme ou une peau réactive, consultez d’abord votre médecin.
Et l’immunothérapie contre les acariens ?
Une revue de 23 essais publiée en 2023, dirigée par des chercheurs de l’Université McMaster, a conclu que l’immunothérapie allergénique (injections, ou comprimés ou gouttes sous la langue), surtout contre les acariens, améliore probablement la sévérité de l’eczéma et la qualité de vie chez les personnes sensibilisées. Elle augmente aussi les effets secondaires. C’est une décision à prendre avec un allergologue.
Sources
- House dust mite reduction and avoidance measures for treating eczema
- House dust mite control measures for asthma
- House dust mite
- Allergen immunotherapy for atopic dermatitis: Systematic review and meta-analysis of benefits and harms
- Dust and dust mites
- How to reduce the level of dust mites in your home
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.