Comité de révisionen dermatologieMC
Esc

Articles L’eczéma chez l’enfant

Allergie alimentaire et eczéma : ce que disent les données

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

Si votre enfant a de l’eczéma, quelqu’un vous a sûrement déjà demandé ce qu’il mange. C’est une question naturelle : l’eczéma et l’allergie alimentaire touchent vraiment souvent les mêmes enfants. Mais le lien n’est pas celui qu’on imagine, et agir sur une fausse piste peut faire du tort. Voici ce que disent les données sur ce qui vient en premier, pourquoi retirer des aliments est risqué, et ce que recommandent aujourd’hui les pédiatres canadiens.

Pourquoi l’eczéma et l’allergie alimentaire vont-ils ensemble ?

Ils ont une racine commune. Les deux font partie du terrain « atopique », une tendance héréditaire du système immunitaire à réagir trop fort. Et la Société canadienne de pédiatrie est claire : les nourrissons les plus à risque de développer une allergie alimentaire sont ceux qui ont déjà de l’eczéma ou une autre allergie alimentaire.

La British Association of Dermatologists précise l’ordre des événements : chez la plupart des enfants, l’eczéma vient avant l’allergie alimentaire, et non l’inverse. Un eczéma qui commence tôt et qui est plus sévère est associé à un risque plus élevé d’allergie alimentaire.

Une explication importante fait intervenir la barrière cutanée (la couche externe de la peau qui garde l’eau à l’intérieur et les irritants à l’extérieur). Quand l’eczéma rend cette barrière perméable, de minuscules particules d’aliments présentes dans l’environnement pénètrent plus facilement dans la peau, et le système immunitaire peut apprendre à les traiter comme une menace. La British Association of Dermatologists décrit ce mécanisme : l’eczéma facilite l’entrée des protéines alimentaires dans la peau, ce qui peut déclencher une réaction allergique. À l’inverse, manger un aliment régulièrement semble apprendre au système immunitaire à le tolérer. C’est la logique derrière les conseils canadiens actuels sur l’introduction des aliments, présentés plus bas.

L’alimentation cause-t-elle l’eczéma ?

Pour la grande majorité des enfants, non. La British Association of Dermatologists affirme que les allergies alimentaires ne causent pas l’eczéma, même si les deux vont souvent de pair.

Ça ne veut pas dire que l’alimentation ne compte jamais. Certains enfants ont une vraie allergie alimentaire en plus de leur eczéma, et dans un groupe plus restreint, un aliment peut faire flamber l’eczéma. Il est utile de connaître les deux types de réactions :

  • Les réactions immédiates surviennent quelques minutes après avoir mangé, et jusqu’à quelques heures plus tard : urticaire, enflure, vomissements, ou dans les cas graves difficulté à respirer.
  • Les réactions retardées peuvent apparaître dans un délai d’un jour ou deux, sous forme de poussée d’eczéma ou de maux de ventre, ce qui les rend beaucoup plus difficiles à relier à un aliment précis.

Une réaction immédiate justifie une consultation, et toute réaction avec difficulté à respirer ou enflure des lèvres, de la langue ou de la gorge est une urgence : composez le 911.

Pourquoi est-il risqué de retirer des aliments ?

Il semble anodin d’« essayer » de retirer le lait ou l’œuf. Les données montrent que ce n’est pas si simple.

Ça aide rarement beaucoup. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2022 a regroupé 10 essais randomisés totalisant 599 participants, dont l’âge médian était d’un an et demi. Environ 50 % des enfants soumis à un régime d’éviction se sont nettement améliorés, contre 41 % de ceux qui n’en suivaient pas. Les auteurs ont jugé les preuves de faible certitude et décrit le bénéfice comme léger, possiblement sans importance réelle.

Ça peut créer une allergie plus dangereuse. Une étude américaine a suivi des enfants dirigés vers une clinique d’allergie pour un eczéma qu’on croyait déclenché par l’alimentation. Parmi ceux qui ont eu un suivi, 19 % qui n’avaient jamais eu de réaction immédiate en ont développé une, et environ 30 % de ces nouvelles réactions étaient des anaphylaxies (une réaction allergique grave touchant tout l’organisme). La plupart des nouvelles réactions visaient des aliments que les enfants évitaient, le plus souvent le lait, l’œuf et l’arachide. Les auteurs ont conclu que les régimes d’éviction stricts doivent être prescrits avec prudence, car l’évitement peut réduire la tolérance de l’organisme. Il s’agit des dossiers d’une seule clinique, pas d’un essai, mais cela concorde avec la mise en garde de la British Association of Dermatologists : exclure des aliments sans bonne raison peut augmenter le risque de réactions immédiates graves.

Ça peut nuire à la croissance et à la nutrition. Un enfant qui grandit a besoin d’une alimentation variée, et les régimes d’éviction non encadrés exposent à des carences, rappelle la même association.

Ça peut retarder un traitement efficace. Les auteurs de la revue de 2022 soulignent le risque de priver l’enfant d’un traitement plus efficace de l’eczéma pendant que la famille se concentre sur l’alimentation.

Et les tests d’allergie ?

Chez l’enfant atteint d’eczéma, les tests peuvent induire en erreur. L’American Academy of Dermatology explique qu’un test cutané ou sanguin positif doit être confirmé, souvent par un test de provocation orale (l’enfant mange l’aliment par petites étapes sous supervision médicale), avant de conclure à une allergie. Un test positif montre que le système immunitaire reconnaît l’aliment, pas que le manger provoque une réaction.

La Société canadienne de pédiatrie déconseille de dépister les allergies alimentaires chez le bébé avant d’introduire les aliments. L’American Academy of Dermatology suggère d’aborder la question des tests quand l’eczéma ne s’améliore pas après quelques semaines de soins bien suivis, quand les poussées suivent toujours un aliment précis, ou quand l’enfant ne grandit pas comme prévu. La British Association of Dermatologists recommande de s’en tenir aux tests validés, faits et interprétés par des professionnels : mieux vaut donc éviter les tests vendus directement aux parents.

Que disent les conseils canadiens sur l’introduction des aliments ?

C’est ce qui a le plus changé ces dernières années, et c’est une bonne nouvelle. L’énoncé de position de 2021 de la Société canadienne de pédiatrie définit un nourrisson à risque élevé comme un bébé qui a de l’eczéma ou une autre affection allergique, ou dont un parent, un frère ou une sœur en a une. Pour ces bébés, elle recommande :

  • d’introduire les aliments allergènes courants, comme l’œuf cuit (pas cru) et l’arachide, vers six mois et pas avant quatre mois, sous une forme sécuritaire et adaptée à l’âge, à la maison
  • une fois l’aliment introduit, de le garder au menu régulièrement, quelques fois par semaine, pour maintenir la tolérance
  • de ne pas faire de tests d’allergie systématiques au préalable ; la Société souligne que le risque d’une réaction grave à la première exposition est extrêmement faible

Elle estime aussi que les preuves sont insuffisantes pour recommander de modifier l’alimentation du parent pendant la grossesse ou l’allaitement afin de prévenir les allergies alimentaires. Si votre bébé a un eczéma sévère, a déjà réagi à un aliment, ou si vous êtes anxieux à l’idée de commencer, demandez à votre médecin de vous aider à établir un plan.

Quand consulter un médecin ou un allergologue ?

  • Votre enfant a eu de l’urticaire, une enflure ou des vomissements peu après avoir mangé un aliment.
  • Les poussées suivent toujours un aliment en particulier.
  • L’eczéma ne s’améliore pas malgré quelques semaines de bons soins de la peau.
  • Votre enfant ne grandit pas comme prévu, ou vous évitez déjà plusieurs aliments.
  • Vous aimeriez de l’aide pour introduire les aliments allergènes chez un bébé à risque élevé.

L’eczéma et l’allergie alimentaire sont de la même famille, mais l’un ne cause pas l’autre : chez la plupart des enfants, c’est la peau perméable de l’eczéma qui vient en premier. Retirer des aliments de son propre chef améliore rarement la peau et peut rendre une vraie allergie plus probable, alors que l’introduction précoce et régulière d’aliments comme l’œuf et l’arachide aide à protéger les bébés à risque. Continuez de soigner la peau, gardez une alimentation variée, et confiez vos inquiétudes alimentaires à votre médecin plutôt qu’à votre liste d’épicerie.

Questions liées

Mon enfant qui a de l’eczéma devrait-il passer des tests d’allergie ?

Pas systématiquement. La Société canadienne de pédiatrie déconseille le dépistage des allergies alimentaires chez le bébé avant l’introduction des aliments. L’American Academy of Dermatology suggère d’en discuter si l’eczéma ne s’améliore pas malgré quelques semaines de soins bien suivis, si les poussées suivent toujours un aliment précis, ou si l’enfant ne grandit pas comme prévu. Un test positif, à lui seul, ne prouve pas une allergie.

Puis-je retirer les produits laitiers de mon alimentation pendant l’allaitement pour aider l’eczéma de mon bébé ?

Parlez-en d’abord à votre médecin. La Société canadienne de pédiatrie estime qu’il n’y a pas assez de preuves pour recommander de modifier l’alimentation du parent qui allaite afin de prévenir les allergies alimentaires. Éliminer des groupes d’aliments entiers peut aussi nuire à votre propre alimentation. Si vous soupçonnez un aliment, votre médecin peut vous aider à décider si un essai court et encadré a du sens.

Quelle différence entre un aliment déclencheur et une allergie alimentaire ?

Une allergie alimentaire immédiate provoque des symptômes de quelques minutes à quelques heures après avoir mangé : urticaire, enflure, vomissements ou difficulté à respirer. Certains enfants atteints d’eczéma ont aussi des réactions retardées, une poussée un jour ou deux plus tard. Celles-ci sont plus difficiles à cerner, d’où l’importance de faire encadrer les tests et tout changement alimentaire par un médecin ou un allergologue.

Mon bébé a de l’eczéma. Puis-je lui donner de l’arachide à la maison ?

Pour la plupart des bébés, les conseils canadiens disent oui : offrez les aliments allergènes comme l’œuf cuit et l’arachide vers six mois, pas avant quatre mois, sous une forme sécuritaire et adaptée à son âge, puis continuez à les offrir régulièrement. Si votre bébé a un eczéma sévère ou a déjà réagi à un aliment, parlez d’abord à votre médecin du meilleur plan.

Sources

  1. Dietary exposures and allergy prevention in high-risk infantsCanadian Paediatric Society, 2021
  2. Food allergy and eczema in children and young peopleBritish Association of Dermatologists (Skin Health Info), 2024
  3. When does a child with eczema need allergy testing?American Academy of Dermatology, 2024
  4. Natural history of food-triggered atopic dermatitis and development of immediate reactions in childrenJournal of Allergy and Clinical Immunology: In Practice, via PubMed Central, 2016
  5. Dietary elimination for the treatment of atopic dermatitis: a systematic review and meta-analysisJournal of Allergy and Clinical Immunology: In Practice, via GW Health Sciences Research Commons, 2022

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Faire la demande du label