L’odeur est l’une des premières choses qu’on remarque dans une lotion, un shampooing ou une chemise fraîchement lavée. C’est aussi l’une des raisons les plus fréquentes pour lesquelles un produit finit par donner une éruption. L’allergie au parfum existe bel et bien, elle est assez courante, et elle fonctionne d’une façon qui surprend la plupart des gens : le produit qui vous a fait réagir aujourd’hui est peut-être celui que vous utilisiez sans problème depuis des années.
Qu’est-ce qu’une allergie au parfum ?
Une allergie au parfum est une forme de dermatite de contact allergique, c’est-à-dire une éruption causée par la réaction de votre système immunitaire à une substance précise qui a touché votre peau. Ce n’est pas la même chose qu’une irritation. Un irritant, comme un savon agressif, peut déranger n’importe qui si l’exposition est assez forte, et la British Association of Dermatologists précise que les réactions irritatives apparaissent en quelques minutes à quelques heures. Une allergie, elle, est personnelle. Seules les personnes dont le système immunitaire a appris à reconnaître une molécule de parfum donnée vont réagir, et l’éruption se montre plutôt des heures ou des jours après le contact.
Les parfums sont partout, et c’est une partie du problème. DermNet cite le gel douche, les lotions, les shampooings, le détergent à lessive et les chandelles parmi les sources courantes, et une revue de 2017 parue dans Allergologie Select ajoute les médicaments, les huiles de massage et l’aromathérapie. Tout ça s’additionne.
Comment devient-on sensibilisé ?
Le processus s’appelle la sensibilisation, et il se déroule en deux étapes.
La plupart des molécules de parfum sont des haptènes, c’est-à-dire des substances trop petites pour déclencher le système immunitaire à elles seules. La revue de 2017 explique qu’après s’être liées aux protéines de la peau, elles deviennent des allergènes. Lors des premières expositions, rien de visible ne se passe. Mais les cellules immunitaires peuvent prendre note de cette combinaison parfum-protéine et la classer comme une menace.
Une fois cette mémoire créée, la deuxième étape suit : chaque contact ultérieur avec la même molécule déclenche une réaction inflammatoire dans la peau. C’est pourquoi une personne peut utiliser un produit parfumé pendant des années et se mettre soudain à réagir. Vous ne réagissez pas la première fois ; vous réagissez une fois que votre système immunitaire a tranché.
Le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs de l’Union européenne souligne que la dose cumulée compte : plus la peau rencontre souvent un allergène de parfum, plus le risque de sensibilisation augmente. Les produits de tous les jours pèsent donc plus lourd qu’une rare touche de parfum.
Est-ce fréquent ?
Plus que la plupart des gens le pensent. Selon DermNet, l’allergie au parfum toucherait environ 1 % des adultes et environ 1,8 % des enfants et adolescents, ce qui en fait la deuxième cause de dermatite de contact allergique après le nickel. La revue d’Allergologie Select indique que la plupart des études en population générale se situent entre 1 % et 3 %.
Les chiffres grimpent chez les personnes envoyées en tests à cause d’une éruption. DermNet rapporte qu’environ 10 % des personnes qui passent des tests épicutanés ont une allergie au parfum, et la revue de 2017 a relevé qu’entre 4,5 % et 14,8 % des patients testés en Europe réagissaient au mélange de parfums I.
Quel est le rapport avec les mélanges de parfums I et II ?
Les médecins ne peuvent pas vous tester pour des milliers de molécules de parfum une à une. Ils utilisent plutôt deux mélanges standard, chacun regroupant plusieurs allergènes courants dans un seul timbre.
Le mélange de parfums I contient huit substances. Selon la British Society for Cutaneous Allergy, ce sont l’amyl cinnamal, le cinnamal, l’alcool cinnamique, l’eugénol, l’isoeugénol, le géraniol, l’hydroxycitronellal et la mousse de chêne. DermNet note que le mélange I, combiné au baume du Pérou (une résine d’arbre qui partage beaucoup de molécules avec les parfums), permet d’identifier environ 75 % des allergies au parfum.
Le mélange de parfums II a été ajouté plus tard pour repérer ce que le mélange I manquait. Il contient six substances : le citral, le citronellol, le farnésol, la coumarine, l’alpha-hexyl cinnamal et une senteur synthétique de muguet appelée HICC. Le résumé du CSSC décrit le HICC comme la molécule de parfum individuelle la plus souvent signalée comme cause d’allergie, avec environ 1 500 cas publiés.
Si vous réagissez à un mélange, on peut ensuite tester chaque composant pour trouver le vôtre.
À quoi ressemble l’éruption, et où apparaît-elle ?
DermNet décrit l’allergie au parfum comme des plaques rouges et squameuses qui piquent, brûlent ou picotent. Elle apparaît là où un produit parfumé touche régulièrement la peau, alors la répartition est un indice :
- Les mains, à cause des savons, des crèmes pour les mains et des produits ménagers.
- Le visage et le cou, à cause du parfum, de l’après-rasage, de l’hydratant et des produits capillaires qui coulent sur la peau.
- Les aisselles, à cause des déodorants et antisudorifiques, chez les femmes comme chez les hommes.
- Le bas des jambes chez les hommes, selon DermNet.
- Les paupières, qui, d’après la British Society for Cutaneous Allergy, peuvent réagir au parfum transporté par l’air ou transféré par les doigts.
L’éruption suit habituellement l’exposition de quelques heures ou quelques jours, alors le coupable est souvent quelque chose que vous avez utilisé hier, pas ce matin.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Par des tests épicutanés. La British Association of Dermatologists décrit la méthode : de petits timbres contenant des allergènes courants sont collés sur votre dos, retirés après deux jours, et la peau est examinée à ce moment-là, puis de nouveau deux jours plus tard. Une petite plaque d’eczéma à un endroit précis est un résultat positif.
Un test positif ne dit pas tout. DermNet précise qu’un résultat doit correspondre à l’endroit de votre éruption et aux produits que vous utilisez pour être jugé pertinent.
Pour un nouveau produit dont vous n’êtes pas sûr, DermNet décrit une vérification simple à faire à la maison, le test d’application ouverte répétée : appliquez le produit sur la même petite zone de peau deux fois par jour pendant deux semaines. S’il ne se passe rien, ce produit vous convient probablement. Si une éruption apparaît, arrêtez et notez les ingrédients.
Que faire une fois qu’on sait ?
La seule stratégie qui fonctionne, c’est l’évitement. DermNet et le dépliant de la BSCA conseillent tous deux aux personnes dont l’allergie est confirmée d’éviter tous les produits parfumés, parce que les mêmes molécules se retrouvent dans une multitude de senteurs différentes. En pratique, ça veut dire lire les listes d’ingrédients à la recherche de « parfum », d’huiles essentielles et d’allergènes nommés comme le limonène, le linalol, le géraniol ou le citral, et choisir des versions sans parfum de ce qui reste sur votre peau toute la journée : hydratant, déodorant, détergent à lessive.
Les étiquettes deviennent plus utiles. L’Union européenne exige que 26 allergènes de parfum soient nommés individuellement sur les étiquettes de cosmétiques, et Santé Canada a adopté une liste semblable, alors la molécule signalée par votre test est plus facile à repérer qu’avant.
Si vous avez une éruption qui revient sans cesse, surtout sur les mains, le visage, le cou ou les aisselles, ne devinez pas : demandez à votre médecin des tests épicutanés. Et si elle ne va pas mieux après deux semaines sans produits parfumés, consultez votre médecin ou votre pharmacien.
L’allergie au parfum se résume à une idée simple : votre système immunitaire a appris une molécule, et il ne l’oublie pas. Savoir comment la sensibilisation fonctionne, où l’éruption se montre et ce qu’un test épicutané peut révéler transforme une éruption mystérieuse en quelque chose que vous pouvez vraiment gérer.
Questions liées
À quel point l’allergie au parfum est-elle fréquente ?
DermNet estime qu’elle touche environ 1 % des adultes et à peu près 1,8 % des enfants et adolescents, et une revue de 2017 situe les chiffres en population générale entre 1 % et 3 %. Chez les personnes envoyées en tests épicutanés pour une éruption, environ 10 % réagissent au parfum, ce qui en fait l’une des allergies de contact les plus fréquentes après le nickel.
Que sont les mélanges de parfums I et II ?
Ce sont deux mélanges standard utilisés dans les tests épicutanés. Le mélange I contient huit substances, dont le cinnamal, l’eugénol, l’isoeugénol, le géraniol et la mousse de chêne. Le mélange II en ajoute six, dont le citral, le citronellol, le farnésol et la coumarine. Ensemble, ils dépistent la plupart des allergies au parfum avec seulement deux timbres.
Où l’allergie au parfum se manifeste-t-elle habituellement ?
Partout où un produit parfumé touche la peau de façon répétée. DermNet rapporte que les mains, le visage et le cou sont les zones les plus touchées chez les femmes, et les mains, le visage et le bas des jambes chez les hommes, les aisselles étant souvent atteintes chez les deux. Les paupières peuvent réagir au parfum transporté par l’air ou par les doigts.
Une allergie au parfum peut-elle disparaître ?
La dermatite de contact allergique a tendance à durer une fois que le système immunitaire a mémorisé une substance. L’éruption disparaît quand vous évitez l’allergène et revient quand vous le rencontrez de nouveau. L’approche pratique consiste à identifier vos allergènes par tests épicutanés et à lire les listes d’ingrédients pour les éviter.
Sources
- Fragrance allergy
- Fragrance mix I and II (patient information leaflet)
- Contact allergy to fragrances: current clinical and regulatory trends
- Contact dermatitis (patient information leaflet)
- Perfume allergies: exposure of the public (lay summary of the SCCS opinion on fragrance allergens)
- Cosmetic advertising, labelling and ingredients
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.