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Articles Les ingrédients actifs expliqués

Centella asiatica (cica) : ce que les preuves montrent vraiment

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

Les crèmes « cica » se trouvent maintenant facilement dans les pharmacies canadiennes, souvent avec la promesse de calmer, de réparer ou de sauver la peau stressée. L’ingrédient derrière ce nom est une vraie plante médicinale, avec une longue histoire et une science de laboratoire intéressante. Les preuves chez l’humain sont toutefois plus minces que ce que le marketing laisse croire. Voyons ce qu’on sait vraiment.

C’est quoi, la centella asiatica ?

La centella asiatica est une petite plante rampante de la même famille que la carotte et le persil. Elle pousse dans les endroits chauds et humides d’Asie, d’une partie de l’Afrique, de l’Amérique centrale et du Pacifique tropical. On la connaît sous plusieurs noms, dont gotu kola et « herbe du tigre », et la médecine traditionnelle l’utilise depuis très longtemps sur les plaies et les problèmes de peau.

« Cica » sur une étiquette est une abréviation du nom latin. Ce n’est pas un terme réglementé. Une « crème cica » peut contenir un extrait de la plante entière, un extrait de feuilles ou un seul composé purifié tiré de la plante.

La madécassoside et compagnie : les composés actifs

Les composés qui intéressent le plus les chercheurs sont quatre triterpènes (des molécules végétales construites autour d’une structure en anneaux) :

  • l’asiaticoside
  • la madécassoside
  • l’acide asiatique
  • l’acide madécassique

Vous verrez souvent la madécassoside ou l’asiaticoside inscrites seules sur l’étiquette. Une revue publiée en 2013 dans une revue polonaise de dermatologie décrit ce que ces composés ont fait en laboratoire : ils ont poussé les fibroblastes (les cellules qui construisent la charpente de la peau) à se multiplier et à produire plus de collagène, la protéine qui donne à la peau sa solidité. Ils ont aussi atténué certains signaux chimiques de l’inflammation.

Ce sont des résultats de laboratoire et d’études animales. Ils expliquent l’intérêt des chercheurs, mais ne disent pas ce qu’une crème fera à vos joues.

Ce que la recherche sur la cicatrisation a trouvé

La cicatrisation des plaies est le domaine où la centella a été étudiée le plus longtemps. C’est donc le test le plus juste.

Une revue systématique de 2022 a fouillé quatre bases de données à la recherche d’essais cliniques sur la centella et les plaies, et n’en a retenu que quatre. Ils portaient sur des situations très différentes : plaies diabétiques traitées par des capsules à avaler, brûlures du deuxième degré traitées avec une pommade, fissures anales traitées par une combinaison de comprimés et de pommade, et peau du visage après un traitement au laser. La plupart montraient un certain bénéfice, mais un essai n’atteignait pas la signification statistique, et un autre ne précisait pas ce qu’il avait utilisé comme placebo. Les auteurs jugeaient les études trop peu nombreuses pour regrouper les résultats et réclamaient plus de recherche.

L’étude sur le laser est la plus pertinente pour les soins de la peau. Chez 30 personnes traitées pour des cicatrices d’acné, une moitié du visage recevait un gel à l’extrait standardisé de centella, l’autre un gel placebo. Le côté centella montrait moins de rougeurs et des plaies de meilleure apparence pendant la première semaine, selon des dermatologues qui ne savaient pas quel côté était lequel. Les mesures d’hydratation et de perte d’eau, elles, ne différaient pas.

C’est encourageant, mais loin d’une preuve solide : quatre petits essais très différents ne permettent pas de dire à quel point la centella fonctionne, et aucun ne portait sur les rougeurs du quotidien ou la peau sensible.

Le « cica » calme-t-il vraiment la peau sensible ?

C’est l’allégation qu’on voit le plus, et celle qui a le moins de preuves directes.

Nous n’avons trouvé aucun bon essai comparant un produit à la centella à un hydratant ordinaire chez des personnes qui ont simplement la peau sensible ou facilement irritée. Le plus proche est un essai allemand de 2007 mené chez 88 adultes atteints d’eczéma léger à modéré. Chaque personne appliquait une pommade contenant de la centella et deux autres plantes sur un côté du corps, et la même base sans les plantes sur l’autre côté, pendant quatre semaines. Le côté aux plantes s’est un peu plus amélioré, mais la différence n’était pas statistiquement significative. Une analyse faite après coup chez les personnes traitées par temps froid a trouvé un bénéfice, mais ce genre d’analyse donne une hypothèse, pas un résultat. Et avec trois plantes dans le mélange, impossible d’attribuer le mérite à la centella.

La revue de 2013 décrit aussi de petits essais pour d’autres usages, comme une étude chez 20 femmes testant la madécassoside avec de la vitamine C sur la peau vieillie par le soleil, ou des crèmes combinées contre les vergetures et la cellulite. Ils sont petits, testent souvent des mélanges et sont pour la plupart anciens.

Le niveau de preuve honnête est donc : plausible en laboratoire, appuyé par une poignée de petites études humaines sur les plaies, et à peu près pas testé pour les allégations apaisantes du quotidien.

La centella est-elle sûre pour la peau ?

En général, oui. En 2023, le comité d’experts du Cosmetic Ingredient Review, un organisme scientifique américain qui évalue la sécurité des ingrédients cosmétiques, a examiné neuf ingrédients tirés de la centella. Il a conclu qu’ils sont sûrs tels qu’on les utilise dans les cosmétiques, à condition que les produits soient formulés pour ne pas être sensibilisants (peu susceptibles de déclencher une allergie).

Cela dit, aucun extrait de plante n’est à l’abri des allergies. Des cas de dermatite de contact allergique (une éruption qui démange, causée par une réaction immunitaire à quelque chose qui touche la peau) dus à la centella sont rapportés dans les revues médicales depuis des décennies, dont un rapport de 2024 sur deux patients en Turquie. Il s’agit de cas isolés : ils montrent que des réactions sont possibles, mais peu courantes, sans dire à quelle fréquence.

Un point pratique pour la peau sensible : beaucoup de produits « cica » contiennent aussi du parfum ou des huiles essentielles. Le rapport de 2024, par exemple, mettait en cause des allergènes de parfum en plus de la centella. Si votre peau réagit, ce n’est peut-être pas la centella du tout.

Comment aborder la centella en magasin

  • Voyez-la comme un petit plus, pas un traitement. Un sérum ou une crème à la centella peut sembler apaisant, mais rien ne montre qu’il fasse mieux qu’un hydratant simple et sans parfum pour la peau sensible.
  • Lisez toute la liste d’ingrédients. Le parfum et les huiles essentielles risquent davantage d’irriter la peau sensible que la centella.
  • Faites un test sur une petite zone. Appliquez un peu de produit à l’intérieur du bras ou derrière l’oreille pendant quelques jours avant de l’utiliser sur le visage.
  • Ne soignez pas une vraie plaie avec un sérum. Les brûlures, les coupures profondes ou les plaies qui ne guérissent pas relèvent de votre médecin ou de votre pharmacien, pas d’un produit de beauté.

Pour comparer, vous pouvez parcourir les sérums et traitements examinés par le comité ou filtrer les produits adaptés à la peau sensible.

La centella asiatica est une plante vraiment intéressante, avec un vrai historique de recherche sur la cicatrisation. Mais l’essentiel de ce qui la rend impressionnante vient d’éprouvettes et de petits essais, et l’idée que le « cica » calme la peau sensible a à peine été testée. Elle est généralement bien tolérée : profitez-en si votre peau l’aime, sans payer plus cher en espérant davantage que ce que peut faire un bon hydratant doux.

Questions liées

Que veut dire « cica » sur une étiquette ?

« Cica » est le diminutif de centella asiatica, et le marketing l’utilise aussi pour des crèmes censées calmer ou réparer la peau. Le terme n’est pas réglementé : un produit « cica » peut contenir beaucoup d’extrait de centella, un peu, ou un seul composé purifié comme la madécassoside. La liste d’ingrédients vous dit lequel, mais pas en quelle quantité.

La centella peut-elle aider mon eczéma ?

Les preuves sont minces. Le seul essai contrôlé que nous avons trouvé chez des adultes eczémateux testait une pommade qui combinait la centella à deux autres plantes, et elle n’a pas fait clairement mieux que la crème de base. L’hydratation régulière et le traitement prescrit par votre médecin restent la base des soins de l’eczéma.

La centella convient-elle à la peau sensible ?

Un comité d’experts en sécurité a conclu que les ingrédients cosmétiques tirés de la centella sont sûrs tels qu’ils sont utilisés, s’ils sont formulés pour ne pas être sensibilisants. Des réactions allergiques ont été rapportées, mais seulement sous forme de cas isolés. Comme pour tout nouveau produit, testez-le d’abord sur une petite zone de peau.

La centella, est-ce la même chose que le gotu kola ?

Oui. Gotu kola est un nom courant de la même plante, vendue surtout comme supplément à avaler. Cet article porte sur les soins qu’on applique sur la peau. Les suppléments sont une autre question, avec leurs propres enjeux de sécurité : parlez-en à votre pharmacien avant d’en prendre.

Sources

  1. Centella asiatica in cosmetologyAdvances in Dermatology and Allergology (PMC), 2013
  2. A Systematic Review of the Effect of Centella asiatica on Wound HealingInternational Journal of Environmental Research and Public Health (PMC), 2022
  3. The Effects of a Standardized Extract of Centella asiatica on Postlaser Resurfacing Wound Healing on the Face: A Split-Face, Double-Blind, Randomized, Placebo-Controlled TrialJournal of Alternative and Complementary Medicine (PubMed), 2020
  4. A randomized, double-blind, vehicle-controlled, half-side comparison with a herbal ointment containing Mahonia aquifolium, Viola tricolor and Centella asiatica for the treatment of mild-to-moderate atopic dermatitisInternational Journal of Clinical Pharmacology and Therapeutics (PubMed), 2007
  5. Safety Assessment of Centella asiatica-Derived Ingredients as Used in CosmeticsInternational Journal of Toxicology (PubMed), 2023
  6. Allergic contact dermatitis from Centella asiatica extract and fragrance allergens: Report of two patients from TurkeyContact Dermatitis (PubMed), 2024

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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