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Articles Hypoallergénique et peaux sensibles

Les ingrédients qui causent le plus d’allergies cutanées

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

Des milliers d’ingrédients entrent dans les produits que nous mettons sur notre peau, mais une poignée seulement cause la majorité des réactions allergiques vues en clinique. Les dermatologues les connaissent parce qu’ils testent des gens qui ont une éruption et comptent les résultats. Voici les ingrédients en tête de liste, et où ils se cachent au quotidien.

D’où viennent les chiffres

Les meilleures données pour notre coin du monde viennent du North American Contact Dermatitis Group, un réseau de dermatologues du Canada et des États-Unis qui font passer des tests épicutanés à des personnes soupçonnées de dermatite de contact allergique (une éruption qui démange, causée par le système immunitaire qui réagit à quelque chose ayant touché la peau). Dans leur rapport 2019–2020, 4 121 personnes ont été testées dans 13 centres avec 80 allergènes.

Environ 70 % des personnes testées ont eu au moins une réaction positive, et un peu plus de la moitié ont reçu un diagnostic principal de dermatite de contact allergique. Précision importante : ce sont des gens envoyés en test parce qu’ils avaient déjà une éruption. Les pourcentages ci-dessous décrivent ce groupe, pas la population générale, où les allergies sont beaucoup plus rares.

Le nickel : le métal qui ne quitte jamais le sommet

Le nickel a donné un résultat positif chez 18,2 % des personnes testées, le plus haut taux de tous les allergènes. Selon DermNet, l’allergie touche plus souvent les femmes, probablement à cause du perçage des oreilles.

Le nickel n’est pas un ingrédient cosmétique, mais il est partout ailleurs. La liste de DermNet comprend les boucles d’oreilles, les montres, les bracelets et les bagues ; les fermetures éclair, les boutons, les agrafes de soutien-gorge et les montures de lunettes ; les téléphones, les clés, les rasoirs et les ustensiles ; et les pièces de monnaie argentées, faites d’un alliage de cuivre et de nickel. Les endroits classiques de l’éruption trahissent la source : lobes d’oreilles, poignets et bas du ventre (bouton de jeans).

Si vous soupçonnez le nickel, DermNet indique qu’une trousse de détection (au diméthylglyoxime) s’obtient auprès d’un dermatologue, d’un pharmacien ou en ligne : une goutte frottée sur le métal avec un coton-tige, et rose veut dire nickel. L’acier inoxydable, l’argent et l’or massif de 12 carats ou plus sont généralement sûrs.

La méthylisothiazolinone : l’agent de conservation derrière une épidémie

La méthylisothiazolinone, ou MI, a été positive chez 13,8 % des personnes testées. C’est un agent de conservation, un ingrédient ajouté aux produits à base d’eau pour empêcher les bactéries et les moisissures de s’y développer. Selon DermNet, elle est passée des usages industriels aux produits de consommation courante vers 2005, et en quelques années les dermatologues ont vu tellement de nouveaux cas qu’ils ont parlé d’épidémie ; elle a été nommée allergène de l’année en 2013.

Le Canada a réagi. La Liste critique des ingrédients de cosmétiques de Santé Canada (les ingrédients interdits ou restreints dans les cosmétiques) a été modifiée en décembre 2015 pour interdire la combinaison méthylchloroisothiazolinone et méthylisothiazolinone dans les cosmétiques sans rinçage. En juin 2018, la MI seule a aussi été interdite dans les produits sans rinçage, et le total permis dans les produits à rincer a été plafonné à 0,0015 %, soit 15 parties par million. Au Canada, un hydratant ou un écran solaire ne devrait donc plus contenir de MI, mais un shampoing ou un savon à mains le peut encore.

Mais les cosmétiques ne sont pas le seul endroit où vit la MI. La liste de DermNet inclut les lingettes humides et pour bébé, les détergents à lessive et les assouplissants, les nettoyants ménagers, les peintures et les colles. Aucun n’est un cosmétique, alors la Liste critique ne s’y applique pas. Bonne nouvelle des données 2019–2020 : pour la première fois, le taux d’allergie à la MI n’a pas augmenté.

Un agent de conservation apparenté, la benzisothiazolinone, a été positif chez 10,4 % des personnes, et son taux montait. Repérer tout ce qui finit en « -isothiazolinone » couvre la famille.

Le parfum : celui qu’on sent venir

Le mélange de parfums I, un assemblage standard de huit ingrédients parfumants utilisé en test épicutané, a été positif chez 12,8 % des personnes testées. DermNet classe l’allergie au parfum au deuxième rang, juste derrière le nickel, comme cause de dermatite de contact allergique, et estime qu’elle touche environ 1 % des adultes et autour de 1,8 % des enfants et des adolescents.

Les huit ingrédients du mélange I sont l’absolue de mousse de chêne, l’isoeugénol, l’eugénol, l’alcool cinnamique, le cinnamaldéhyde, l’hydroxycitronellal, le géraniol et l’amylcinnamaldéhyde. Certains sont des extraits de plantes, d’autres sont synthétiques : un parfum « naturel » reste un parfum. Une revue européenne de 2011 a recensé 82 allergènes de parfum établis, dont 28 extraits naturels.

L’allergène qui monte le plus vite dans les données nord-américaines est un groupe appelé hydroperoxydes de linalol, positif chez 11,1 % des personnes, suivi des hydroperoxydes de limonène à 3,5 %, tous deux en hausse. Le linalol et le limonène comptent parmi les ingrédients parfumants les plus utilisés, et les deux figurent sur la liste européenne des allergènes de parfum à déclarer sur les étiquettes. Ce sont leurs hydroperoxydes qui causent le plus souvent les réactions.

Les cachettes du parfum, selon DermNet : produits de soins personnels, nettoyants ménagers, arômes alimentaires et même certains médicaments. Un produit « non parfumé » peut aussi contenir un parfum de masquage pour couvrir l’odeur de la base. Si vous êtes allergique au parfum, « sans parfum » est la mention à chercher, et la liste d’ingrédients vaut mieux que l’un ou l’autre de ces mots. Les zones typiques de l’éruption : mains, visage, cou et aisselles.

Pour une présélection, parcourez les produits examinés portant l’étiquette sans parfum.

La cocamidopropyl bétaïne : la mousse moins douce que son nom

La cocamidopropyl bétaïne est un tensioactif, le genre d’ingrédient qui fait mousser un nettoyant et décolle la saleté. Dérivée de l’huile de noix de coco, elle est souvent utilisée dans des produits vendus comme doux. Pourtant, DermNet rapporte un taux de diagnostic de 6 % dans un groupe australien de personnes soupçonnées de dermatite de contact allergique, surtout des femmes.

On la trouve dans le shampoing, le revitalisant, le gel douche, le savon à mains, le démaquillant, la crème à raser, certains dentifrices, les solutions pour lentilles cornéennes et les nettoyants ménagers. Les réactions apparaissent surtout sur le visage et les mains, et DermNet note qu’une irritation des yeux peut les accompagner, ce qui n’étonne pas pour un produit qui coule sur les yeux sous la douche. Lors de la fabrication, elle est mélangée à deux substances apparentées, la diméthylaminopropylamine et l’amidoamine, d’où ces noms dans certains résultats de tests. Le conseil pratique : éviter les produits qui la mentionnent, sous ce nom ou ses variantes.

Deux autres noms à connaître

La lanoline, la cire de la laine de mouton, et le propylène glycol, un humectant courant (un ingrédient qui attire l’eau dans la peau), figurent aussi dans les séries de tests épicutanés. Chacun a son article sur ce site.

Quoi faire de cette liste

Si une éruption revient sans cesse, passez vos produits en revue : métal qui libère du nickel, tout ce qui finit en « -isothiazolinone », « parfum » ou « fragrance », et cocamidopropyl bétaïne. Gardez l’emballage de tout ce qui semble en cause.

Mais ne posez pas votre propre diagnostic. Dans les données 2019–2020, environ une personne sur cinq a réagi à un allergène absent de la série standard, et une éruption peut avoir plusieurs causes à la fois. Si ça ne va pas mieux après deux semaines sans le coupable présumé, consultez votre médecin ou votre pharmacien, et demandez un test épicutané : c’est le seul moyen de transformer une hypothèse en liste personnelle d’ingrédients à éviter.

En résumé : le nickel, la méthylisothiazolinone et le parfum sont les trois ingrédients les plus susceptibles d’être derrière une allergie de contact en Amérique du Nord, suivis des hydroperoxydes de parfum, d’un agent de conservation apparenté et de la cocamidopropyl bétaïne. Ils vivent dans les bijoux et les pièces de monnaie, les lingettes et les nettoyants, le shampoing et tout ce qui sent bon. Le Canada a retiré la MI des cosmétiques sans rinçage, mais elle peut rester ailleurs : la liste d’ingrédients reste votre meilleur outil.

Questions liées

Quel est l’allergène de contact le plus fréquent ?

Le nickel. Dans les données 2019–2020 du North American Contact Dermatitis Group, 18,2 % des 4 121 personnes testées y ont réagi, plus qu’à tout autre allergène. On le trouve dans les boucles d’oreilles, les bracelets de montre, les boutons de jeans, les fermetures éclair, les clés et les pièces de monnaie. L’allergie au parfum vient au deuxième rang, et un agent de conservation, la méthylisothiazolinone, suit de près.

La méthylisothiazolinone est-elle encore permise au Canada ?

Seulement dans les produits à rincer, et à très faible dose. Santé Canada l’a interdite dans les cosmétiques sans rinçage en 2018, après avoir fait de même en 2015 pour sa combinaison avec la méthylchloroisothiazolinone. Dans les produits à rincer comme le shampoing, le total est plafonné à 0,0015 %. Elle peut encore se trouver dans des produits ménagers comme les peintures et les nettoyants.

Pourquoi je réagis au shampoing et pas aux autres produits ?

Deux ingrédients surtout présents dans les produits moussants sont des coupables fréquents : la méthylisothiazolinone, un agent de conservation, et la cocamidopropyl bétaïne, un agent moussant dérivé de la noix de coco. Les deux sont courants dans le shampoing, le gel douche et le savon à mains. Les réactions apparaissent souvent sur le visage et les mains, parfois avec une irritation des yeux, plutôt que sur le cuir chevelu.

Comment savoir à quel ingrédient je suis allergique ?

Par un test épicutané chez un dermatologue. Des quantités standardisées d’allergènes courants sont fixées sur votre dos, et la peau est examinée au cours des jours suivants. C’est le seul moyen de confirmer une allergie de contact. Une fois l’allergène connu, l’éviter en lisant les listes d’ingrédients est le principal traitement : gardez la liste de noms que votre médecin vous remet.

Sources

  1. North American Contact Dermatitis Group Patch Test Results: 2019–2020Dermatitis (DeKoven JG, Warshaw EM, Reeder MJ, et al.), via PubMed, 2023
  2. Fragrance allergyDermNet, 2023
  3. Methylisothiazolinone allergyDermNet, 2016
  4. Changes to the Cosmetic Ingredient HotlistHealth Canada, 2024
  5. Nickel allergyDermNet, 2023
  6. Contact allergy to cocamidopropyl betaineDermNet, 2023

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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