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Le petrolatum : l’hydratant le plus étudié, et pourquoi certains s’en passent

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

Le petrolatum est en pharmacie depuis plus d’un siècle, et on le trouve dans plus d’onguents, de baumes et de crèmes réparatrices que presque n’importe quel autre ingrédient. C’est aussi un ingrédient que de plus en plus de produits affichent fièrement ne pas contenir. Les deux sont vrais : c’est l’hydratant le plus étudié qui existe, et certaines personnes ont de bonnes raisons de ne pas l’aimer.

C’est quoi, le petrolatum, et que fait-il sur la peau ?

Le petrolatum, aussi appelé gelée de pétrole, est un mélange semi-solide d’hydrocarbures (des molécules faites d’hydrogène et de carbone) raffiné à partir du pétrole. Sur l’étiquette, il apparaît comme « petrolatum » ou « white petrolatum ».

Il fait partie de la famille des hydratants appelés occlusifs. Un occlusif n’ajoute pas d’eau à la peau; il forme un film mince et imperméable à la surface, qui ralentit l’évaporation de l’eau. Les dermatologues mesurent cette évaporation sous le nom de perte insensible en eau, ou PIE.

Le petrolatum est l’occlusif le plus puissant d’usage courant. Une revue de 2016 dans l’Indian Journal of Dermatology rapporte qu’à une concentration d’à peine 5 %, il réduit la PIE de plus de 98 %, contre environ 20 à 30 % pour la lanoline, l’huile minérale ou les silicones. Il fonctionne mieux sur une peau légèrement humide, où le film emprisonne l’eau déjà présente.

C’est pourquoi il reste le réflexe pour la peau gercée d’un février canadien, quand l’air froid dehors et le chauffage sec dedans tirent l’eau de votre peau plus vite qu’une lotion ne peut la remplacer.

À quoi les dermatologues l’utilisent

L’American Academy of Dermatology (AAD) énumère cinq usages quotidiens de la gelée de pétrole pure :

  • Soulager la peau sèche, y compris les lèvres et les paupières, sur une peau encore humide
  • Aider les petites coupures et éraflures à guérir en gardant la plaie humide, ce qui aide à prévenir une cicatrice large, profonde ou qui démange
  • Prévenir le frottement, par exemple entre les cuisses pendant une course
  • Traiter l’érythème fessier, à chaque changement de couche
  • Réhydrater les ongles cassants

L’usage sur les plaies s’appuie sur des preuves solides. Dans un essai randomisé publié en 1996 dans le JAMA, 922 patients ayant 1 249 plaies de chirurgie cutanée ont reçu soit du petrolatum blanc pur, soit un onguent antibiotique. Les taux d’infection étaient faibles et statistiquement semblables dans les deux groupes, la guérison était la même à 1, 7 et 28 jours, et les seules réactions allergiques sont survenues dans le groupe antibiotique. Les auteurs ont conclu que le petrolatum pur est un onguent sûr et efficace pour les plaies.

Pour l’eczéma, cette affection où la peau est enflammée et démange, aussi appelée dermatite atopique, les onguents riches en petrolatum sont un pilier parce qu’ils retiennent l’eau sans piquer. Si une plaque sèche ne va pas mieux après deux semaines d’hydratation régulière, consultez votre médecin ou votre pharmacien.

Raffiné ou non : la question des HAP

C’est l’inquiétude la plus fondée, alors elle mérite une réponse soignée. Le pétrole brut contient des hydrocarbures aromatiques polycycliques, ou HAP, un groupe de composés qui inclut des cancérogènes reconnus. Un petrolatum non raffiné ou mal raffiné pourrait en contenir.

Le petrolatum des cosmétiques et des médicaments n’est pas cette matière-là. Il est raffiné selon des normes pharmaceutiques, et c’est le raffinage qui retire la fraction aromatique. L’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) s’est penché sur les huiles et cires minérales hautement raffinées, dont le petrolatum, dans un avis de 2018. Il rappelle qu’en vertu du règlement européen, ces ingrédients ne sont permis que si l’historique complet du raffinage est connu et que la matière de départ n’est pas cancérogène, et il conclut qu’aucun risque pour la santé n’est à prévoir, aucun effet n’ayant été signalé malgré un usage quotidien répandu depuis des années.

La position de Santé Canada est semblable. Sa page sur la sécurité des ingrédients cosmétiques indique que la sécurité du petrolatum a été examinée par la FDA américaine et par Santé Canada pour ses usages d’hydratant et de protecteur cutané, que les fabricants doivent s’assurer que les ingrédients susceptibles de contenir des impuretés sont de bonne qualité (la qualité pharmaceutique est donnée en exemple), et qu’aucune impureté inacceptable comme les HAP n’a été signalée dans les produits qu’il réglemente.

Le résumé honnête : la préoccupation des HAP est réelle pour le pétrole brut et théorique pour l’ingrédient raffiné de votre onguent, à condition que le fabricant suive les règles. Choisir des produits qui précisent utiliser un petrolatum de qualité pharmaceutique (USP) est une façon raisonnable d’ajouter de la confiance.

Le mythe de l’acné

« La gelée de pétrole bouche les pores » est l’une des affirmations les plus répétées en soins de la peau, et les données ne l’appuient pas. L’idée remonte à d’anciens tests sur l’oreille de lapin. Les premiers tests du petrolatum étaient positifs, mais la matière s’est révélée impure, et les tests répétés n’ont pas montré d’effet comédogène (qui bouche les pores). Une revue de 2024 dans le Journal of the American Academy of Dermatology classe l’acné parmi les idées reçues sur le petrolatum que les données réfutent.

Deux nuances. D’abord, le petrolatum scelle tout ce qui se trouve dessous : si votre visage porte déjà de la sueur, de l’écran solaire et une crème riche, une couche de petrolatum par-dessus peut favoriser les boutons même s’il n’en est pas la cause directe. Ensuite, l’AAD conseille toujours aux personnes sujettes à l’acné de l’éviter sur le visage. C’est un conseil prudent, pas un verdict sur l’ingrédient.

Pourquoi certains l’évitent quand même

Les raisons de s’en passer méritent le respect :

  • La texture. Il est gras, ne pénètre pas et peut tacher les vêtements et les taies d’oreiller. La revue de 2016 le qualifie d’un des meilleurs hydratants, mais « moins acceptable sur le plan cosmétique » pour cette raison.
  • L’origine. C’est un produit pétrolier, et certaines personnes préfèrent par principe les ingrédients d’origine végétale.
  • La philosophie d’ingrédients. Certaines gammes sont bâties autour de l’absence de dérivés d’huile minérale, et c’est exactement ce que certains cherchent.
  • Il n’ajoute pas d’eau. Seul, le petrolatum n’hydrate pas; il empêche la perte. Une peau déjà très sèche se porte mieux avec un humectant (un ingrédient qui attire l’eau, comme la glycérine) en dessous, ou avec une formule qui combine les deux.

Les occlusifs végétaux comme le beurre de karité et la cire d’abeille font un travail semblable, avec une texture différente et généralement une réduction moins complète de la perte d’eau. Si un baume sans petrolatum garde votre peau confortable, c’est un bon choix. Vous pouvez comparer les baumes et onguents examinés par le Panel.

Allergie : à peu près le plus bas possible

Le petrolatum ne cause presque jamais de réaction allergique. Il est si inerte que les dermatologues l’utilisent comme base pour les tests épicutanés, ceux qui servent à identifier les allergies de contact. Dans l’essai de 1996, aucun patient utilisant le petrolatum pur n’a développé de dermatite de contact allergique. Si un produit à base de petrolatum vous donne une éruption, les suspects les plus probables sont les autres ingrédients, comme le parfum ou la lanoline; votre médecin ou votre pharmacien peut vous aider à démêler tout ça.

En résumé : le petrolatum est l’occlusif le mieux documenté en dermatologie, appuyé par des décennies d’usage, des essais contrôlés et des examens de Santé Canada et des organismes européens. Il est excellent pour la peau très sèche, les éraflures et les lèvres d’hiver, et il ne bouche pas les pores. Ses défauts sont sa texture et son origine. Si ça compte pour vous, des baumes sans petrolatum existent et fonctionnent bien; sinon, aucune donnée ne justifie de l’éviter.

Questions liées

Le petrolatum bouche-t-il les pores ?

Les données modernes disent non. Les premiers tests sur l’oreille de lapin qui l’accusaient utilisaient une matière impure, et les tests ultérieurs ne l’ont pas trouvé comédogène. Une revue de 2024 dans une grande revue de dermatologie classe l’acné parmi les mythes entourant le petrolatum. Cela dit, l’American Academy of Dermatology suggère de l’éviter sur le visage si vous avez tendance à l’acné, parce qu’il scelle ce qui se trouve dessous.

Le petrolatum est-il sûr, vu qu’il vient du pétrole ?

La qualité utilisée en cosmétique et en pharmacie est hautement raffinée, ce qui élimine les composés aromatiques préoccupants du pétrole brut. Santé Canada indique que sa sécurité a été examinée pour ses usages cosmétiques et médicamenteux et qu’aucune impureté inacceptable n’a été signalée dans les produits qu’il réglemente. L’institut allemand d’évaluation des risques arrive à la même conclusion pour les huiles et cires minérales hautement raffinées.

Le petrolatum peut-il causer une allergie ?

Presque jamais. Il sensibilise si rarement que les dermatologues l’utilisent comme base pour les tests épicutanés, et un grand essai sur des plaies chirurgicales n’a trouvé aucune réaction allergique au petrolatum pur. Si un produit au petrolatum vous donne une éruption, un autre ingrédient comme le parfum ou la lanoline est le suspect le plus probable; parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Faut-il appliquer le petrolatum sur une peau humide ou sèche ?

Humide. Le petrolatum n’ajoute pas d’eau; il retient celle qui est déjà là. Le conseil de l’American Academy of Dermatology est de l’appliquer pendant que la peau est encore humide, juste après la douche ou après s’être lavé les mains, pour que le film scelle cette eau au lieu de reposer sur une peau sèche.

Sources

  1. 5 ways to use petroleum jelly for skin careAmerican Academy of Dermatology, 2024
  2. Safety of cosmetic ingredientsHealth Canada, 2024
  3. Moisturizers: the slippery roadIndian Journal of Dermatology (PMC), 2016
  4. Infection and allergy incidence in ambulatory surgery patients using white petrolatum vs bacitracin ointment: a randomized controlled trialJAMA (via Europe PMC), 1996
  5. Highly refined mineral oils in cosmetics: health risks are not to be expected according to current knowledge (Opinion No. 008/2018)German Federal Institute for Risk Assessment (BfR), 2018
  6. Petroleum jelly: a comprehensive review of its history, uses, and safetyJournal of the American Academy of Dermatology (via Europe PMC), 2024

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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