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Le pH de votre peau : pourquoi légèrement acide, c’est mieux

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

La surface de votre peau est légèrement sure. Sur l’échelle de pH, elle se trouve du côté acide, et ça compte pour bien plus que tenir les microbes à distance. Voici ce qu’est le pH de la peau, à quoi il sert et ce qui le pousse dans la mauvaise direction.

Petit rappel sur le pH

Le pH est une échelle de 0 à 14 qui mesure à quel point une chose est acide ou alcaline. Sept, c’est neutre, comme l’eau pure. Plus bas, c’est acide (jus de citron, vinaigre); plus haut, c’est alcalin (bicarbonate de soude, pain de savon). Chaque échelon correspond à un facteur dix : un pH de 4 est dix fois plus acide qu’un pH de 5.

À l’intérieur du corps, tout est maintenu près de la neutralité. Le sang, par exemple, tourne autour de 7,4. La surface de la peau, elle, fait bande à part. Une peau en santé est acide, généralement entre 4 et 6 de pH, ce qui crée un écart marqué de deux ou trois unités entre la surface et les couches vivantes juste en dessous.

Il y a près d’un siècle, des chercheurs allemands ont baptisé ce phénomène le « manteau acide ». Le nom est resté, même si l’on sait aujourd’hui que l’acidité vient de plusieurs sources qui travaillent ensemble, et non d’une seule couche.

D’où vient cette acidité ?

Pas d’une seule chose. Les chercheurs ont repéré plusieurs contributeurs :

  • La dégradation de la filaggrine. La filaggrine est une protéine des cellules externes de la peau. En se dégradant, elle libère des acides aminés et de l’acide urocanique, qui acidifient la surface.
  • Les acides gras. Les acides gras libres du « mortier » de lipides entre les cellules ajoutent de l’acidité.
  • Une pompe à protons. Une molécule appelée NHE1 (un échangeur sodium-hydrogène) pousse de l’acide dans les espaces de la couche externe.
  • La sueur. Elle contient de l’acide lactique, qui s’ajoute au mélange.

Une vaste étude auprès de 330 personnes a mesuré un pH moyen d’environ 5,1 sur l’avant-bras. Quand les participants ont sauté la douche et les produits pendant 24 heures, il est descendu à environ 4,9, et les chercheurs estiment qu’une peau laissée tranquille se situe autour de 4,7, un peu sous la fourchette de 5 à 6 qu’on cite souvent.

Le pH varie aussi selon l’endroit du corps. Les aisselles, l’aine, le dessous des seins et l’espace entre les orteils sont moins acides, ce qui aide à comprendre, selon une revue, pourquoi ces zones sont sujettes aux odeurs et aux infections à levures. Les nouveau-nés commencent près de la neutralité, et leur peau s’acidifie au cours des premières semaines. Chez les personnes âgées, le pH a tendance à remonter un peu.

Pourquoi l’acidité compte : les enzymes

La grande raison pour laquelle le pH compte, c’est qu’il allume et éteint des enzymes. Les enzymes sont des protéines qui font du travail chimique, et chacune a un pH où elle fonctionne le mieux.

Deux enzymes qui fabriquent les céramides, des lipides clés de votre barrière, préfèrent un milieu acide. L’une d’elles est environ dix fois moins active à un pH de 7,4 qu’à 5,5. Une surface acide aide donc votre peau à bâtir et à organiser les couches de lipides qui gardent l’eau dedans.

D’autres enzymes font le travail inverse. Un groupe appelé sérine-protéases coupe les minuscules rivets qui tiennent les cellules mortes ensemble pour qu’elles puissent se détacher. Elles préfèrent un pH plus neutre. Quand la surface devient moins acide :

  • les enzymes qui bâtissent les lipides ralentissent
  • les enzymes de la desquamation accélèrent
  • la barrière fuit davantage et la couche externe tient moins bien

Dans des études en laboratoire et chez l’animal, une barrière abîmée par arrachage se réparait plus vite sous une solution acide que sous une solution neutre. Après un dommage expérimental, le pH monte et met de nombreuses heures à revenir à la normale.

Vos bactéries aussi aiment l’acidité

Votre peau abrite une communauté de microbes, le microbiome cutané. La plupart des résidents habituels poussent mieux en milieu acide. Le Staphylococcus aureus, une bactérie qui cause souvent des ennuis dans l’eczéma, préfère un pH neutre et est nettement freiné autour de 5.

Dans une comparaison en laboratoire, une substance antimicrobienne naturelle de la sueur tuait plus de 90 % des Staphylococcus aureus à un pH de 5,5, mais seulement 60 % à 6,5. L’étude auprès de 330 personnes a aussi montré qu’une peau acide garde bien accrochées les bonnes bactéries résidentes, alors qu’un pH alcalin les pousse à se détacher.

Qu’est-ce qui fait monter le pH ?

Bien des choses ordinaires font monter le pH de la peau, en général pendant quelques heures.

  • Le vrai savon. Les nettoyants à base de savon sont généralement alcalins, autour de 10, alors que les syndets (nettoyants à base de détergents synthétiques) sont d’habitude neutres ou acides. Une étude a montré que se laver les mains au savon faisait monter le pH des paumes de trois unités en moyenne, encore élevé 90 minutes plus tard. Les revues associent les nettoyants plus alcalins à davantage d’irritation.
  • L’eau du robinet. Elle est souvent légèrement alcaline. La ligne directrice opérationnelle de Santé Canada pour l’eau potable est un pH de 7,0 à 10,5. La vaste étude sur le pH a montré que l’eau seule faisait monter le pH de la peau jusqu’à six heures avant qu’il redescende.
  • L’eau dure. L’eau dure contient beaucoup de calcium et de magnésium. Dans une étude de 2018 auprès de 80 personnes, se laver avec un agent nettoyant dans de l’eau dure laissait plus de résidus sur la peau, ce qui augmentait la perte d’eau et l’irritation, surtout chez les personnes atteintes d’eczéma porteuses d’une variante du gène de la filaggrine. L’eau adoucie réduisait l’effet.
  • L’occlusion et l’humidité. Couches, pansements serrés et plis de peau emprisonnent urine, sueur ou humidité, ce qui peut rendre ces zones plus alcalines.

Pour une peau en santé, ces hausses sont normales et passagères. Ce sont les petites hausses répétées jour après jour qui, selon les revues, peuvent user le système de réparation de la barrière.

Le lien avec l’eczéma

Le pH de la peau est constamment plus élevé dans la dermatite atopique (la forme d’eczéma la plus courante). Dans une étude auprès de 100 enfants atteints d’eczéma, le pH était plus élevé dans les plaques et aussi sur la peau d’apparence normale, par rapport à des enfants en santé. On a aussi mesuré un pH plus élevé dans les zones les plus sèches et celles qui démangent le plus.

Plusieurs raisons l’expliquent. La peau eczémateuse a souvent moins de filaggrine, donc moins d’acides naturels. Elle produit parfois moins de sueur. Et l’inflammation dérange le système des lipides. Le pH plus élevé entretient ensuite le problème : il accélère les enzymes de la desquamation, ralentit la production de céramides et favorise le Staphylococcus aureus. Les chercheurs pensent maintenant qu’un pH anormal fait vraiment partie du problème, et pas seulement une conséquence.

Les revues décrivent l’acidification de la peau comme utile dans des études en laboratoire et chez l’animal, mais la recherche sur les produits acides chez l’humain reste limitée. Si l’eczéma est en poussée, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien plutôt que de miser sur le pH seul.

Ce que vous pouvez faire

Pas besoin d’un pH-mètre. Quelques habitudes suffisent à ménager le manteau acide :

  • Choisissez un nettoyant doux sans savon, surtout pour le visage, les mains et toute zone sèche ou sujette à l’eczéma. Un nettoyant sans parfum est un bon point de départ.
  • Gardez les douches courtes et tièdes, pour que l’eau du robinet ne reste pas plus longtemps que nécessaire sur votre peau.
  • Rincez bien, et hydratez peu après le lavage.
  • Ne lavez pas trop, et réservez le nettoyant aux zones qui en ont vraiment besoin.

Votre peau est faite pour être légèrement acide, et cette acidité fait discrètement tourner les enzymes qui bâtissent la barrière, règle la desquamation et favorise les bonnes bactéries. Le savon, l’eau dure et les longues douches la font monter quelques heures; la peau sujette à l’eczéma reste souvent plus haut. Un nettoyage doux, des douches courtes et une hydratation régulière permettent à votre peau de retrouver son naturel légèrement acide.

Questions liées

Quel est le pH normal de la peau ?

Les études rapportent une fourchette d’environ 4 à 6. Une vaste étude auprès de 330 personnes a mesuré un pH moyen d’environ 5,1 sur l’avant-bras, qui est descendu à environ 4,9 après une journée sans douche ni produits; les auteurs estiment la valeur naturelle à environ 4,7. La peau des plis (aisselles, aine) est moins acide, et les nouveau-nés commencent près de la neutralité.

L’eau du robinet change-t-elle le pH de ma peau ?

Oui, brièvement. L’eau du robinet est souvent légèrement alcaline : la ligne directrice opérationnelle de Santé Canada pour l’eau potable est un pH de 7,0 à 10,5. Une étude a montré que l’eau seule faisait monter le pH de la peau jusqu’à six heures avant qu’il redescende. Pour une peau en santé, c’est normal et passager, mais c’est une raison de plus de ne pas s’éterniser sous la douche.

Faut-il acheter des produits « au pH équilibré » ?

Choisir un nettoyant qui n’est pas fortement alcalin peut aider, puisque les revues associent les nettoyants alcalins à plus d’irritation. Mais la mention seule ne vous dit ni le chiffre réel ni comment le produit se comporte sur votre peau. La douceur des agents nettoyants et le temps qu’ils restent sur la peau comptent aussi.

Un pH élevé cause-t-il l’eczéma ou en est-il la conséquence ?

Probablement les deux, en boucle. La peau eczémateuse a souvent moins d’acides naturels qui gardent le pH bas, et un pH plus élevé affaiblit la barrière et favorise les staphylocoques qui aggravent les poussées. Les chercheurs pensent que le pH fait vraiment partie du problème. Si l’eczéma n’est pas maîtrisé avec des soins doux, consultez votre médecin.

Sources

  1. Skin pH: From Basic Science to Basic Skin CareActa Dermato-Venereologica, 2013
  2. Natural skin surface pH is on average below 5, which is beneficial for its resident floraInternational Journal of Cosmetic Science (Europe PMC), 2006
  3. pH in nature, humans and skinJournal of Dermatology (Europe PMC), 2018
  4. The Effect of Water Hardness on Surfactant Deposition after Washing and Subsequent Skin Irritation in Atopic Dermatitis Patients and Healthy Control SubjectsJournal of Investigative Dermatology (Europe PMC), 2018
  5. Guidelines for Canadian Drinking Water Quality: Guideline Technical Document – pHHealth Canada, 2015

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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