Vos joues rosissent après un café bien chaud, une nouvelle crème pique et le vent froid vous laisse le visage en feu. Peau sensible ou rosacée ? Les deux se recoupent beaucoup, et bien des gens atteints de rosacée parlent pendant des années de « peau sensible ». La différence compte : la rosacée est une affection de la peau qui a de vrais traitements, alors que la peau sensible se gère surtout avec une routine plus douce.
Ce que « peau sensible » veut dire pour un dermatologue
Un groupe d’experts de la démangeaison et de la peau s’est entendu sur une définition, publiée en 2017. Ils décrivent la peau sensible comme des sensations désagréables, comme des picotements, des brûlures, de la douleur, des démangeaisons ou des fourmillements, en réaction à des choses qui ne devraient normalement pas les provoquer. La peau peut sembler normale ou un peu rouge.
Le point clé : ces sensations « ne peuvent pas être expliquées par des lésions attribuables à une maladie de la peau ». Autrement dit, la peau sensible, c’est ce qui reste quand rien d’autre n’explique les symptômes. Si vous avez une rosacée, de l’eczéma ou une dermatite de contact, les picotements appartiennent à cette affection, et c’est elle qui doit être prise en charge.
Qu’est-ce que la rosacée ?
La rosacée est une affection inflammatoire chronique de la peau qui touche surtout le centre du visage : joues, nez, menton et front. Selon DermNet, elle commence en général entre 30 et 60 ans et touche environ 5 % des adultes dans le monde. L’Association canadienne de dermatologie indique qu’elle touche plus de 3 millions de Canadiens.
Elle se voit plus facilement chez les personnes à la peau claire, surtout d’origine européenne du Nord et de l’Est, mais elle peut apparaître sur toutes les couleurs de peau. On ne sait pas exactement ce qui la cause, précise le NHS, même si plusieurs déclencheurs peuvent l’aggraver.
Les signes qui orientent vers la rosacée
Voici les indices qui distinguent la rosacée d’une simple peau sensible. Plus vous en reconnaissez, plus la rosacée est probable.
- Des bouffées de rougeur faciles. L’AAD indique que la rosacée commence souvent par une tendance à rougir, une rougeur ou un assombrissement avec sensation de chaleur qui va et vient.
- Une rougeur qui s’installe. Avec le temps, la rougeur peut durer des semaines, des mois ou plus. DermNet cite une rougeur persistante au centre du visage, qui s’intensifie avec les déclencheurs, comme l’un des deux signes qui, à eux seuls, orientent vers la rosacée.
- Des boutons sans points noirs. De petits boutons rouges et des pustules peuvent ressembler à de l’acné, mais l’Association canadienne de dermatologie note qu’il n’y a ni points noirs ni points blancs.
- Des vaisseaux visibles. De minuscules vaisseaux en forme de fils sur les joues et le nez, qu’on appelle télangiectasies.
- Des symptômes aux yeux. Selon l’AAD, environ la moitié des personnes atteintes ont les yeux touchés : yeux irrités, secs, qui démangent ou brûlent, sensibilité à la lumière, paupières douloureuses ou croûtées.
- Une peau épaissie. Plus rarement, la peau du nez s’épaissit et devient bosselée, plus souvent chez les hommes.
La peau sensible, elle, ne laisse pas de traces durables. Elle peut rougir brièvement ou piquer, mais vous ne verrez ni boutons, ni vaisseaux éclatés, ni épaississement, et elle ne touche pas les yeux.
Sur une peau foncée, la rosacée peut être plus difficile à repérer. L’AAD note que la bouffée de rougeur peut se ressentir seulement comme de la chaleur et que les vaisseaux sont moins visibles : les boutons et les taches plus foncées peuvent alors être les principaux signes. DermNet estime que la rosacée est peut-être sous-diagnostiquée chez les personnes à la peau foncée.
Les déclencheurs : là où les deux se ressemblent
Les deux peuvent s’enflammer avec les mêmes choses du quotidien, d’où la confusion. Parmi les déclencheurs de la rosacée cités par l’Association canadienne de dermatologie, le NHS et DermNet :
- Les boissons chaudes, la caféine, les plats épicés et l’alcool, surtout le vin rouge
- Le soleil
- Les températures extrêmes, dont le vent froid et les pièces surchauffées
- L’exercice intense
- Le stress, que l’Association canadienne de dermatologie considère comme l’un des déclencheurs les plus fréquents
- Certains produits de soins, surtout ceux qui contiennent du parfum, de l’alcool ou des particules exfoliantes
- Certains médicaments, dont les crèmes à la cortisone
La différence tient à ce qui se passe ensuite. Avec une peau sensible, les picotements s’estompent et la peau revient à la normale. Avec la rosacée, l’AAD explique qu’avec le temps la rougeur peut cesser de disparaître et rester des semaines, des mois ou plus.
Pourquoi la rosacée mérite un diagnostic
Il n’existe pas de test de laboratoire pour la rosacée. Le médecin la diagnostique en examinant votre peau et en vous posant des questions sur vos symptômes. Selon DermNet et l’Association canadienne de dermatologie, une rougeur persistante au centre du visage ou un épaississement de la peau suffit à évoquer la rosacée, tout comme deux des autres signes, par exemple les bouffées de rougeur, les boutons, les vaisseaux visibles ou les symptômes oculaires.
Obtenir ce diagnostic en vaut la peine pour plusieurs raisons :
- Elle se traite. Le NHS et l’Association canadienne de dermatologie décrivent des crèmes et des gels sur ordonnance, des antibiotiques par la bouche et, pour les vaisseaux visibles et la rougeur persistante, des traitements au laser ou à la lumière. Rien de tout ça ne se trouve au rayon des soins de la peau.
- Certains traitements maison se retournent contre vous. L’Association canadienne de dermatologie rappelle que la rosacée n’est pas de l’acné et qu’il faut éviter les traitements contre l’acné. DermNet déconseille aussi les crèmes à base de stéroïdes sur la rosacée.
- Les yeux ont besoin de soins aussi. Le NHS indique qu’une douleur à l’œil, une vision floue ou une sensibilité à la lumière exigent des soins urgents, car elles peuvent signaler une inflammation de la cornée, la partie transparente à l’avant de l’œil.
- D’autres affections se ressemblent. DermNet cite l’eczéma, la dermite séborrhéique, l’acné, les dommages du soleil et d’autres encore, qui peuvent imiter la rosacée.
Consultez votre médecin si votre visage reste rouge, si vous avez des boutons qui ne se comportent pas comme de l’acné ordinaire ou si vos yeux sont souvent douloureux et irrités.
Une routine douce qui convient aux deux
Bonne nouvelle : la routine quotidienne recommandée pour la rosacée est aussi bienveillante pour la peau sensible. En combinant les conseils de l’Association canadienne de dermatologie, de DermNet et du NHS :
- Nettoyez en douceur. Utilisez un nettoyant doux sans savon et de l’eau tiède, sans frotter.
- Évitez ce qui pique. Laissez de côté les produits contenant de l’alcool, des astringents, du parfum et des particules exfoliantes.
- Hydratez souvent. Un hydratant appliqué régulièrement aide contre la sécheresse et les picotements. Pour en choisir un, vous pouvez parcourir les hydratants et filtrer les options sans parfum.
- Mettez de l’écran solaire tous les jours. FPS 30 ou plus. DermNet suggère des filtres minéraux comme l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane.
- Protégez votre visage en hiver. L’Association canadienne de dermatologie conseille de couvrir la peau et de l’hydrater quand il fait froid, ce qui colle bien à nos hivers canadiens.
- Testez d’abord les nouveaux produits. Essayez-en un peu sur une petite zone pendant quelques jours avant de l’appliquer partout.
Tenir un petit journal de vos poussées peut aussi vous aider, vous et votre médecin, à repérer vos déclencheurs personnels.
En résumé : la peau sensible pique et brûle sans maladie visible, et elle se calme quand le déclencheur disparaît. La rosacée est une affection à part entière, avec des bouffées de rougeur, une rougeur qui s’installe, des boutons sans points noirs, des vaisseaux visibles et souvent des symptômes aux yeux. Une routine douce et sans parfum aide dans les deux cas, mais si la rougeur persiste, faites-la examiner : la rosacée a des traitements qu’un hydratant ne peut pas remplacer.
Questions liées
Peut-on avoir à la fois une rosacée et une peau sensible ?
Oui, et on ressent souvent les deux. DermNet note que les brûlures et les picotements font partie de la rosacée elle-même. Mais selon la définition des experts, on ne parle de « peau sensible » que lorsqu’aucune maladie de la peau n’explique les symptômes. Si vous avez une rosacée, les picotements en font partie, et traiter la rosacée aide souvent.
La rosacée, c’est de l’acné adulte ?
Non. L’Association canadienne de dermatologie range cette idée parmi les mythes. La rosacée peut causer des boutons rouges et des pustules, mais pas de points noirs ni de points blancs, et certains traitements contre l’acné peuvent l’aggraver. C’est une des raisons d’obtenir un diagnostic avant de traiter vos boutons vous-même.
La rosacée peut-elle toucher les yeux ?
Souvent. L’AAD et l’Association canadienne de dermatologie indiquent qu’environ la moitié ou plus des personnes atteintes ont des symptômes oculaires : yeux secs, irrités, injectés de sang ou qui brûlent, paupières douloureuses et croûtées. Le NHS précise qu’une douleur à l’œil, une vision floue ou une sensibilité à la lumière exigent des soins urgents.
La rosacée paraît-elle différente sur une peau foncée ?
Oui, parfois. L’AAD note que sur une peau foncée, la bouffée de rougeur peut se ressentir comme une chaleur sans changement de couleur évident, et que les vaisseaux sont moins visibles. Les boutons et les taches plus foncées peuvent alors être les principaux signes. DermNet estime que la rosacée est peut-être sous-diagnostiquée chez les personnes à la peau foncée.
Sources
- Rosacea
- Rosacea: Signs and symptoms
- Rosacea
- Rosacea
- Definition of sensitive skin: an expert position paper from the Special Interest Group on Sensitive Skin of the International Forum for the Study of Itch
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.