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« 0 % de blanchiment au chlore » : ce que ça veut dire sur une couche

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

Sur bien des paquets de couches ou de lingettes, vous lirez « 0 % de blanchiment au chlore », « sans chlore » ou « TCF » quelque part sur le devant. C’est rassurant, et ça renvoie à une vraie histoire. Mais la mention décrit une étape de fabrication de la ouate, pas la couche au complet, et rien de ce qui irrite vraiment la peau d’un bébé.

Pourquoi on blanchit les couches

Le cœur absorbant de la plupart des couches jetables, et le tissu de bien des lingettes, contient de la pâte de bois : du bois cuit et réduit en fibres de cellulose. La pâte brute est brune, parce qu’elle contient encore de la lignine, la colle naturelle qui tient le bois ensemble. Le blanchiment retire cette lignine et sa couleur, et laisse la ouate blanche, douce et absorbante que vous connaissez. Ça n’a jamais été une question d’hygiène, mais de blancheur, de douceur et d’absorption.

D’où vient l’inquiétude sur les dioxines

Pendant presque tout le vingtième siècle, la pâte était blanchie au chlore gazeux, ou chlore élémentaire. En réagissant avec la lignine, il crée une famille de sous-produits chlorés, dont des dioxines et des furanes.

Les dioxines et les furanes forment un groupe d’environ 210 composés apparentés. Santé Canada les décrit comme des substances toxiques présentes en quantités infimes partout dans l’environnement ; la plus connue, abrégée TCDD, est la plus toxique. Des expositions élevées ont été associées à une maladie de peau appelée chloracné, à des atteintes du foie, à des effets immunitaires et reproductifs et à certains cancers.

Une revue publiée en 2020 dans Chemosphere décrit l’« empreinte » de dioxines unique de la pâte blanchie au chlore gazeux, dominée par la TCDD et son cousin furane, et comment la quantité formée augmentait de façon exponentielle avec la quantité de chlore gazeux utilisée. C’est l’origine de la mention « sans chlore » : dans les années 1980, on a trouvé ces composés en aval des usines de blanchiment, puis dans certains produits de papier.

Ce que le Canada a fait

Le Canada a agi tôt. Depuis le 1er juillet 1992, un règlement fédéral interdit à toute fabrique de pâte dotée d’une usine de blanchiment au chlore de rejeter un effluent contenant une quantité mesurable de TCDD ou de son équivalent furane. Santé Canada indique que ce règlement exigeait la « quasi-élimination » des rejets des fabriques de pâte, et que les émissions canadiennes de ces composés, toutes sources confondues, ont baissé de 60 % entre 1990 et le milieu des années 2000. En pratique, respecter la règle voulait dire abandonner le chlore gazeux.

ECF ou TCF : deux façons de dire « pas de chlore gazeux »

Les usines ont remplacé le chlore gazeux de deux manières, toutes deux visibles sur les emballages.

  • La pâte sans chlore élémentaire (ECF) est blanchie au dioxyde de chlore, un composé différent qui contient encore des atomes de chlore mais qui réagit autrement. La revue de Chemosphere conclut que remplacer le chlore gazeux par du dioxyde de chlore (contenant moins de 0,3 % de chlore gazeux en impureté) élimine la formation de la TCDD et de son cousin furane. C’est de loin le procédé le plus courant.
  • La pâte totalement sans chlore (TCF) n’utilise aucun composé chloré, à aucune étape. Elle mise sur des agents de blanchiment à base d’oxygène, comme le peroxyde d’hydrogène.

Le piège de l’expression « 0 % de blanchiment au chlore », c’est qu’elle peut décrire l’un ou l’autre : TCF pour certains fabricants, « sans chlore gazeux » (donc ECF, comme presque toute la pâte) pour d’autres. Si la nuance compte pour vous, cherchez les lettres « TCF » ou les mots « totalement sans chlore » plutôt qu’un pourcentage.

Alors, les couches contiennent-elles encore des dioxines ?

À l’état de traces, oui, comme presque tout ce qui vient des plantes. La revue de Chemosphere rappelle que ces composés existent à des niveaux de fond dans l’air, le sol, la nourriture et même la pâte non blanchie ; une trace dans un produit ne prouve donc pas qu’elle vient du blanchiment.

La mesure la plus citée vient d’une étude publiée en 2002 dans Environmental Health Perspectives. Les chercheurs ont analysé quatre marques de couches et quatre de tampons. Aucune ne contenait de TCDD, la plus puissante, mais d’autres dioxines étaient détectables dans chaque échantillon, tout coton ou coton et pâte. Avec des hypothèses réalistes sur le passage à travers la peau, ils ont estimé qu’un nourrisson allaité absorbe de 30 000 à 2,2 millions de fois plus de dioxines par la nourriture que par les couches. Santé Canada fait le même constat : environ 90 % de l’exposition aux dioxines vient de l’alimentation, surtout la viande, les produits laitiers et le poisson.

L’enquête française et ce qu’elle a trouvé

La question est revenue en 2019, quand l’ANSES, l’agence française de sécurité sanitaire, a publié une évaluation de couches jetables testées entre 2016 et 2018. Ses laboratoires ont détecté des dioxines, des furanes, des PCB de type dioxine, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP, des sous-produits de combustion) et des parfums ajoutés, et l’agence a conclu que ses seuils sanitaires étaient dépassés pour plusieurs substances dans le scénario le plus réaliste, en rappelant qu’un bébé porte environ 4 000 couches en trois ans.

Deux choses à savoir. D’abord, l’ANSES n’a pas dit aux parents d’arrêter les couches ; elle a demandé aux fabricants de retirer les parfums et de mieux contrôler matières premières et fabrication, puis a demandé à l’Union européenne de fixer des limites. Ensuite, une réanalyse publiée en 2022 dans une revue scientifique a soutenu que les hypothèses du pire cas de l’ANSES (par exemple, que 100 % d’une substance atteint le corps) surestimaient beaucoup l’exposition. Elle notait que les niveaux étaient bien plus bas qu’il y a 30 ans, que le lait maternel contient nettement plus de dioxines que les couches sans que personne ne le juge dangereux, et que le blanchiment n’utilise plus du tout de chlore gazeux. Le vrai risque entre ces deux lectures reste débattu ; les deux s’entendent sur le fait que les niveaux actuels sont faibles.

Ce que la mention ne dit pas

Une mention « 0 % de blanchiment au chlore » parle d’une usine de pâte. Elle ne dit rien sur :

  • Le parfum ou la lotion, bien plus susceptibles d’irriter la peau qu’un résidu de blanchiment. Une couche sans chlore peut être parfumée ; cherchez « sans parfum » séparément.
  • L’absorption et l’ajustement, qui déterminent combien de temps la peau reste mouillée, première cause de l’érythème fessier.
  • D’autres résidus comme les HAP, qui viennent de la transformation et non du blanchiment.
  • Le fait que le produit soit « sans dioxines » : vu les niveaux de fond, aucun produit en fibres végétales ne l’est vraiment.

Une couche en pâte non blanchie, brunâtre, n’est pas non plus automatiquement plus douce ; elle a sauté une étape. Et une couche plus blanche n’est pas « plus chlorée » : avec l’ECF et le TCF, la blancheur n’a aucun lien avec les dioxines.

Nos produits pour bébés se filtrent par « sans parfum », la mention qui compte vraiment pour la peau.

Si la pâte TCF vous plaît pour des raisons environnementales, c’est légitime, et la mention vous aide à la trouver. Mais pour la peau de votre bébé, la question du chlore a été réglée par la réglementation il y a une génération. Regardez plutôt ce qui touche la peau chaque jour : des produits sans parfum, un bon ajustement, des changements rapides, et une visite chez le médecin ou le pharmacien si une rougeur revient sans cesse.

Questions liées

Quelle est la différence entre « sans chlore élémentaire » et « totalement sans chlore » ?

La pâte sans chlore élémentaire (ECF) est blanchie au dioxyde de chlore plutôt qu’au chlore gazeux ; la recherche montre que ce changement élimine la formation de la dioxine et du furane les plus toxiques. La pâte totalement sans chlore (TCF) n’utilise aucun composé chloré et mise sur des agents à base d’oxygène comme le peroxyde d’hydrogène. Une mention « 0 % de blanchiment au chlore » peut vouloir dire l’un ou l’autre.

Les couches jetables contiennent-elles des dioxines ?

À l’état de traces, comme presque tout ce qui est fait de fibres végétales. Une étude qui a analysé quatre marques de couches n’a trouvé aucune trace de la dioxine la plus puissante, mais d’autres dioxines étaient détectables dans tous les échantillons, y compris ceux en coton. Les chercheurs ont estimé que l’apport en dioxines d’un nourrisson par l’alimentation était des dizaines de milliers à des millions de fois supérieur à celui des couches.

Le blanchiment sans chlore est-il réglementé au Canada ?

La mention elle-même, non. Ce que le Canada réglemente, c’est la pollution : depuis juillet 1992, les fabriques de pâte dotées d’une usine de blanchiment au chlore ne peuvent rejeter aucun effluent contenant une quantité mesurable des deux dioxine et furane les plus toxiques. Cette règle a fait abandonner le chlore gazeux aux usines canadiennes il y a des décennies.

Une couche « sans chlore » est-elle plus douce pour la peau ?

Pas en soi. Le procédé de blanchiment n’a rien à voir avec ce qui irrite vraiment les fesses d’un bébé : l’humidité, le frottement, le parfum et les lotions. Une couche sans chlore peut quand même être parfumée. Cherchez séparément la mention « sans parfum » et une bonne absorption, et changez les couches rapidement.

Sources

  1. Dioxins and FuransHealth Canada, 2005
  2. Pulp and Paper Mill Effluent Chlorinated Dioxins and Furans Regulations (SOR/92-267)Government of Canada, Justice Laws, 1992
  3. The effect of the transition from elemental chlorine bleaching to chlorine dioxide bleaching in the pulp industry on the formation of PCDD/FsChemosphere (PubMed), 2020
  4. Exposure assessment to dioxins from the use of tampons and diapersEnvironmental Health Perspectives (PMC), 2002
  5. ANSES recommends improving baby diaper safetyANSES (French Agency for Food, Environmental and Occupational Health & Safety), 2019
  6. Dermal Exposure to Hazardous Chemicals in Baby Diapers: A Re-Evaluation of the Quantitative Health Risk Assessment Conducted by ANSESInternational Journal of Environmental Research and Public Health (PMC), 2022

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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