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Qui surveille les allergies cutanées ? Comment on recueille les données

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

Quand on dit qu’un agent de conservation ou un ingrédient de parfum est un « allergène courant », quelqu’un a dû compter. Ce décompte se fait dans les cliniques de dermatologie, un test épicutané à la fois, et il est regroupé d’une clinique à l’autre pour faire ressortir les tendances. Voici qui s’en charge, comment, et comment ces chiffres finissent par changer ce qui est permis dans votre shampooing.

D’où viennent les chiffres

Le test épicutané (ou test cutané d’allergie, « patch test ») permet au dermatologue de découvrir à quoi votre peau est allergique. De petites quantités d’allergènes courants sont collées sur votre dos pendant quelques jours, et on vérifie la réaction de la peau dans les jours qui suivent. (Nous expliquons le test lui-même dans notre article sur les tests épicutanés.)

Les résultats d’une seule clinique ne renseignent que sur ses propres patients. Le portrait utile apparaît quand plusieurs cliniques testent de la même façon et mettent leurs résultats en commun. Ces données regroupées forment le principal système d’alerte précoce pour les allergies cutanées.

Qui fait le suivi en Amérique du Nord

Au Canada et aux États-Unis, le groupe le plus connu est le North American Contact Dermatitis Group, ou NACDG. C’est un groupe de recherche formé de dermatologues de cliniques spécialisées, dont des membres à Toronto, à Ottawa et à Québec. Ils testent leurs patients de la même manière, avec la même série de dépistage, et publient des résultats combinés environ tous les deux ans.

Leur plus récent rapport complet, publié en 2025, porte sur 2021 et 2022 :

  • 12 centres d’Amérique du Nord y ont participé.
  • Chaque patient a été testé avec une série de dépistage de 80 allergènes, préparés et appliqués de façon standardisée.
  • 3 056 patients ont été testés.
  • 72 % ont eu au moins une réaction positive, et 46,6 % ont reçu un diagnostic principal de dermatite allergique de contact (une éruption qui démange, causée par une allergie à quelque chose qui touche la peau).

Les réactions positives les plus fréquentes : le nickel (un métal), l’agent de conservation méthylisothiazolinone, les hydroperoxydes de linalol (un allergène lié aux parfums) et le cobalt, un autre métal.

Ce que ces données font bien

Le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC), qui conseille la Commission européenne sur la sécurité des cosmétiques, a résumé ce qu’apportent les tests épicutanés faits en clinique :

  • le premier signe qu’une exposition à une substance cause des allergies dans la population ;
  • une façon de comparer l’importance des allergènes, selon la fréquence des réactions ;
  • une façon de suivre l’évolution des allergies dans le temps.

Les tendances sont leur vraie force. Comme les mêmes allergènes sont testés de la même façon année après année, une hausse ou une baisse ressort, même si les chiffres absolus ne reflètent pas tout le monde.

Ce qu’elles ne peuvent pas dire

Le même avis du CSSC est tout aussi clair sur les limites. Les données de clinique ne prouvent pas quels produits ont causé l’allergie d’une personne, ne montrent pas quelle exposition il a fallu, et ne disent pas quel niveau serait sûr.

Quelques autres mises en garde :

  • Ce ne sont pas des taux pour la population générale. Les personnes testées ont été envoyées chez un spécialiste parce qu’elles avaient une éruption d’allure allergique. Donc « 11,5 % ont réagi à la méthylisothiazolinone » veut dire 11,5 % des patients testés dans ces cliniques, pas 11,5 % des Canadiens.
  • Les patients ne reflètent pas la population. Une analyse du NACDG publiée en 2026, portant sur plus de 32 000 patients testés de 2007 à 2020, a constaté que 86,5 % étaient blancs. Les auteurs ont souligné cette limite : une population de patients dirigés vers des spécialistes, où les groupes raciaux et ethniques sont inégalement représentés. Ils ont aussi trouvé que certains allergènes étaient plus fréquents dans certains groupes, probablement parce que les expositions quotidiennes diffèrent.
  • La série de dépistage ne voit pas tout. En 2021-2022, 21,1 % des patients ont eu au moins une réaction pertinente à une substance absente de la série de 80 allergènes. Les cliniques ajoutent d’autres allergènes selon le métier et les produits de chacun.
  • Le matériel de test peut lui-même faire bouger les chiffres. Une étude du NACDG a montré que les réactions positives à la propolis (un produit des abeilles utilisé dans certains cosmétiques naturels) ont bondi à 14,7 % en 2020, quand le matériel de test provenait d’une autre source, avant de retomber à 2,2 % en 2021-2022. Les auteurs ont conclu que ce changement de source expliquait le bond, et qu’un changement inattendu doit être examiné avant d’être traité comme une vraie tendance.

Comment les données ont changé les règles : l’histoire de la méthylisothiazolinone

L’exemple le plus clair de données de tests épicutanés qui changent la réglementation concerne la méthylisothiazolinone, ou MI, un agent de conservation qui était très utilisé dans les cosmétiques, y compris les lingettes humides.

Au début des années 2010, des cliniques européennes ont remarqué une forte hausse des allergies à la MI. Dans son avis de 2013 (révisé en 2014), le CSSC a qualifié de « sans précédent en Europe » la hausse des cas signalés, détectés par les tests épicutanés. Il a conclu que la hausse venait surtout de l’exposition croissante des consommateurs à la MI par les cosmétiques, et qu’une augmentation aussi évidente des allergies montrait un échec de l’évaluation ou de la gestion du risque. Aucun niveau sûr n’avait été démontré pour les produits sans rinçage, lingettes humides comprises.

Les cliniques nord-américaines ont vu la même vague. Au Canada, Santé Canada a agi par sa Liste critique des ingrédients des cosmétiques, la liste officielle des ingrédients interdits ou restreints dans les cosmétiques. En 2018, il a interdit la MI dans les produits sans rinçage et réduit la quantité permise dans les produits à rincer, en précisant que le changement était dû au risque de sensibilisation (la sensibilisation, c’est quand le système immunitaire apprend à réagir à une substance, la première étape vers une allergie).

Et les données montrent que ça fonctionne. Le rapport 2021-2022 du NACDG indique que les réactions positives à la MI continuent de baisser depuis leur sommet de 2017-2018, et décrit l’épidémie d’allergie à la MI en Amérique du Nord comme toujours en recul. Elle reste parmi les réactions positives les plus fréquentes, mais la tendance est à la baisse.

Ce que ça veut dire pour vous

Ces données aident à comprendre pourquoi certains ingrédients reviennent sans cesse sur les listes « à éviter » pour peau sensible, et pourquoi d’autres ont disparu des produits avec le temps. Ça ne veut pas dire que tout le monde doit éviter tous les allergènes de la liste. La plupart des gens ne réagiront pas à la plupart d’entre eux.

Ce qui compte, c’est votre propre peau. Si une éruption revient sans cesse aux endroits touchés par des produits, comme les mains, les paupières, le visage ou le cuir chevelu, le test épicutané est la façon de savoir à quoi vous êtes vraiment allergique. Si ça ne s’améliore pas après deux semaines de soins doux et sans parfum, consultez votre médecin ou votre pharmacien et demandez si une demande de consultation pour un test épicutané serait utile.

À retenir : les tendances en allergie cutanée sont suivies en regroupant les tests épicutanés de cliniques spécialisées, dont des cliniques canadiennes. Ces données excellent à repérer les allergènes en hausse et à suivre l’évolution, mais disent mal à quel point une allergie est courante dans l’ensemble de la population. Elles ont signalé l’épidémie de méthylisothiazolinone, l’Europe et le Canada l’ont restreinte, et les chiffres baissent depuis.

Questions liées

Le Canada a-t-il son propre registre des allergies cutanées ?

Pas de registre gouvernemental national. Une grande partie des données nord-américaines vient du North American Contact Dermatitis Group, un groupe de recherche formé de dermatologues de cliniques aux États-Unis et au Canada, dont des membres à Toronto, à Ottawa et à Québec. Ils testent leurs patients avec la même série d’allergènes et publient des résultats regroupés environ tous les deux ans.

Ces chiffres disent-ils à quel point les allergies cutanées sont courantes dans la population ?

Non. Les personnes testées avaient été dirigées vers une clinique spécialisée parce qu’elles avaient une éruption qui semblait allergique, donc les taux sont bien plus élevés que dans la population générale. Ces données servent surtout à montrer quels allergènes comptent le plus chez les gens qui ont des problèmes de peau, et si un allergène devient plus ou moins fréquent avec le temps.

Comment les tests épicutanés ont-ils changé les règles sur la méthylisothiazolinone ?

Des cliniques d’Europe, puis d’Amérique du Nord, ont vu les allergies à cet agent de conservation grimper en flèche dans les années 2010. Le comité scientifique européen sur la sécurité des consommateurs a qualifié la hausse de sans précédent. En 2018, Santé Canada l’a interdit dans les produits sans rinçage et a réduit la limite dans les produits à rincer, en invoquant le risque de sensibilisation.

Sources

  1. North American Contact Dermatitis Group Patch Test Results: 2021-2022Dermatitis, 2025
  2. Comparison Between Brazilian Propolis and Chinese Propolis: Results From the North American Contact Dermatitis Group 2019-2022Dermatitis, 2025
  3. The association of race and ethnicity with patch test results: North American Contact Dermatitis Group data, 2007-2020Journal of the American Academy of Dermatology, 2026
  4. Opinion on Methylisothiazolinone (P94), Submission II (Sensitisation only), SCCS/1521/13European Commission, Scientific Committee on Consumer Safety, 2014
  5. Changes to the Cosmetic Ingredient HotlistHealth Canada, 2025

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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