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Le savon assèche-t-il la peau ? Pain de savon, syndets et pH

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

Vous sortez d’une douche chaude un matin de février, et en une minute vos jambes tiraillent et vos mains ont l’air crayeuses. Le savon est-il coupable ? Souvent, oui, mais pas pour la raison que le marketing suggère. Ce n’est pas une question de pain contre bouteille, ni de « naturel » contre « chimique ». C’est une question de deux choses invisibles : le pH du nettoyant et le type de détergent qu’il contient.

Ce qu’est vraiment le savon

Le vrai savon est l’un des plus vieux produits chimiques qui soient. On prend un gras ou une huile (suif, palme, coco, olive) et on le fait réagir avec une base forte, comme l’hydroxyde de sodium, ou soude caustique. La réaction, la saponification, transforme le gras en sel de sodium de ses acides gras, plus de la glycérine. Sur une liste d’ingrédients, ces sels s’appellent tallowate, palmate, cocoate ou olivate de sodium.

Ces sels d’acides gras sont des tensioactifs : des molécules dont une extrémité aime l’eau et l’autre aime le gras. C’est ce qui permet au savon d’attraper la graisse et la saleté et de les rincer. Ça fonctionne très bien. Le problème, c’est ce qu’il fait d’autre au passage.

Pourquoi le pH compte plus que le format

La surface d’une peau saine est légèrement acide : autour de pH 4 à 6, typiquement près de 5,5 chez l’adulte. Les dermatologues parlent du manteau acide, et ce n’est pas un détail cosmétique. Les enzymes qui fabriquent les gras tenant vos cellules de surface ensemble ne fonctionnent bien qu’à cette acidité, ces gras y restent organisés, et une surface légèrement acide favorise vos bactéries normales au détriment des fauteurs de troubles comme Staphylococcus aureus.

Le vrai savon, par sa chimie, est alcalin : la plupart des pains de savon ont un pH d’environ 8,5 à 11. Lavez-vous avec, et le pH de votre peau grimpe. Des recherches sur le lavage des mains ont montré qu’un savon alcalin faisait monter le pH d’environ trois unités, pendant jusqu’à 90 minutes. La peau se rétablit, mais si vous vous lavez les mains dix fois par jour, elle passe une bonne partie de la journée loin de l’acidité pour laquelle elle est conçue.

Ce décalage a des conséquences qui s’additionnent au fil des semaines :

  • À pH alcalin, les acides gras de la barrière deviennent ionisés (chargés électriquement), ce qui désorganise les couches de gras et laisse le cholestérol et d’autres lipides partir au rinçage.
  • Les protéines des cellules de surface gonflent et peuvent être abîmées, davantage avec un nettoyant alcalin qu’avec un nettoyant acide.
  • Les enzymes qui dégradent les protéines de la barrière deviennent plus actives, et la couche externe pèle et craque plus facilement.

Rien de tout ça ne dépend de la forme du produit. Un savon liquide « de Castille » fait d’huile d’olive saponifiée est un vrai savon, aussi alcalin qu’un pain.

Voici le syndet

Au milieu du 20e siècle, des chimistes ont trouvé comment fabriquer des tensioactifs sans saponifier de gras. Ces détergents synthétiques, syndets en abrégé, sont construits à partir de gras ou de pétrochimie par d’autres réactions : cocoyl iséthionate de sodium, lauroyl sarcosinate de sodium, cocamidopropyl bétaïne, sulfates d’alkyle. La grande différence pratique, c’est que le pH d’un syndet se règle où le formulateur le veut : la plupart des nettoyants syndets sont formulés entre environ pH 5,5 et 7, près de la peau.

Les syndets existent sous toutes les formes : pains (souvent appelés pains de beauté ou pains dermatologiques, justement parce qu’ils ne peuvent pas être appelés « savon » dans certains marchés), gels douche, nettoyants pour le visage, savons à mains liquides. Comme ils ne font pas basculer le pH de la peau aussi loin ni aussi longtemps, ils perturbent moins le manteau acide et causent moins de sécheresse et d’irritation que le vrai savon, surtout sur une peau sensible ou sujette à l’eczéma.

Ça ne rend pas tous les syndets doux pour autant. Le tensioactif lui-même compte aussi.

Tous les détergents ne se valent pas

Les tensioactifs sont classés par leur charge électrique, qui prédit en bonne partie leur agressivité.

  • Les tensioactifs anioniques (chargés négativement) nettoient et moussent le mieux, et décapent aussi le plus. Le savon est anionique; le laurylsulfate de sodium aussi, un ingrédient courant des gels douche et des shampooings, et celui que les dermatologues utilisent en laboratoire pour irriter la peau exprès.
  • Les tensioactifs amphotères, comme la cocamidopropyl bétaïne, sont plus doux et souvent jumelés à un anionique pour l’adoucir.
  • Les tensioactifs non ioniques (sans charge) sont les plus doux et moussent le moins, ce qui explique pourquoi les nettoyants les plus doux sont souvent « crémeux » plutôt que mousseux.

Les formulateurs remettent aussi une partie de ce que le nettoyage enlève : acides gras, glycérine, huiles végétales ou pétrolatum. Un nettoyant qui laisse un peu de lipides derrière lui, ou qui contient des humectants retenant l’eau, décape moins que le même tensioactif seul. Ces produits portent souvent la mention « hydratant » ou « pour peau sèche », et ici, l’étiquette correspond généralement à la chimie.

Qui sent la différence le plus ?

Si votre peau est grasse et sans problème, vous pouvez vous laver au savon alcalin pendant des années sans rien remarquer. Ceux qui remarquent :

  • Les personnes atteintes d’eczéma (dermatite atopique), cette maladie de peau sèche, rouge et qui pique, dont la barrière fuit déjà et dont le pH de surface est plus élevé que la normale.
  • Les personnes à la peau sèche ou sensible, et les aînés, dont la surface de la peau est moins acide au départ.
  • Ceux qui traitent l’acné avec du peroxyde de benzoyle ou un rétinoïde, qui augmentent tous deux la perte d’eau de la peau; un nettoyant agressif par-dessus aggrave la sécheresse et les picotements.
  • Le personnel de la santé, les parents de jeunes enfants et tous ceux qui se lavent les mains très souvent.
  • Tout le monde, pendant l’hiver canadien. L’air sec du chauffage et le vent froid tirent déjà l’eau de la peau; le décapage d’un lavage alcalin se voit plus vite.

Comment choisir un nettoyant

Pas besoin de mémoriser la chimie. Quelques habitudes couvrent l’essentiel :

  1. Retournez le produit. Si les premiers ingrédients sont le tallowate, le palmate ou le cocoate de sodium, ou des « huiles saponifiées », c’est un vrai savon. Très bien pour ceux qui le tolèrent. Pour une peau sèche, sensible ou sujette à l’eczéma, cherchez plutôt un syndet : iséthionates, glycinates, sarcosinates, bétaïnes ou glucosides en tête de liste.
  2. Cherchez « pH équilibré » ou un pH indiqué autour de 5 à 6. Ce n’est pas une allégation réglementée, mais ça signale un pH réglé près de celui de la peau.
  3. « Sans parfum » vaut mieux que « non parfumé », qui peut encore contenir un parfum masquant. Le parfum est la cause la plus fréquente de réaction allergique aux nettoyants.
  4. Eau tiède et moins de produit. L’eau chaude et les longues douches enlèvent plus de gras, peu importe le nettoyant.
  5. Hydratez dans les minutes qui suivent, pendant que la peau est encore humide, pour remplacer ce que le lavage a enlevé.

Le format pain a de vrais avantages : moins d’emballage, pas de phase aqueuse pleine d’agents de conservation, facile à transporter. Un pain syndet vous donne tout ça sans le pH alcalin. Vous pouvez comparer les nettoyants doux de ce site par leur liste d’ingrédients.

Si votre peau reste rouge, crevassée ou irritée malgré un nettoyant doux et un hydratant, et que ça ne va pas mieux après deux semaines, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Une sécheresse persistante peut être de l’eczéma ou une allergie à un ingrédient, et les deux se traitent.

Le savon assèche la peau parce que le vrai savon est alcalin et que ses tensioactifs enlèvent les gras et font gonfler les protéines qui gardent votre barrière intacte. Les syndets peuvent être fabriqués au pH légèrement acide de votre peau, avec des tensioactifs plus doux, en pain ou en liquide. Ignorez la forme du produit et vérifiez sa chimie : un pH près de 5,5, des tensioactifs doux, pas de parfum, et un hydratant ensuite.

Questions liées

Le pain de savon est-il pire que le gel douche pour la peau sèche ?

Pas parce que c’est un pain. Un pain peut être un vrai savon (alcalin) ou un pain syndet (détergent synthétique, proche du pH de la peau), et un gel douche peut être l’un ou l’autre aussi. Ce qui assèche, c’est un pH alcalin et des tensioactifs agressifs, pas la forme du produit. Lisez la liste d’ingrédients plutôt que le format.

Quel pH devrait avoir un nettoyant ?

La surface d’une peau saine se situe autour de pH 4 à 6, et la plupart des nettoyants syndets sont formulés entre environ 5,5 et 7. Les vrais savons tournent autour de 8,5 à 11. Un nettoyant proche du pH de la peau perturbe moins la surface et moins longtemps, ce qui compte surtout si votre peau est sèche, sensible ou sujette à l’eczéma.

Combien de temps le savon change-t-il le pH de ma peau ?

Se laver les mains avec un savon alcalin peut faire monter le pH de la peau d’environ trois unités pendant jusqu’à 90 minutes. La peau se rétablit, mais avec des lavages fréquents, elle passe une bonne partie de la journée loin de son acidité normale, celle qui fait fonctionner les enzymes de la barrière et tient les bactéries indésirables en respect.

Qu’est-ce qu’un syndet ?

L’abréviation de « détergent synthétique » (synthetic detergent). Au lieu d’être fabriqués en saponifiant des gras, les nettoyants syndets utilisent des tensioactifs construits à partir de gras ou de pétrochimie, ce qui permet de régler le pH près de celui de la peau. On les vend en pains, en gels et en « pains de beauté ». Cherchez l’absence de tallowate, palmate ou cocoate de sodium en tête de liste.

Sources

  1. Skin Cleansing without or with Compromise: Soaps and SyndetsMolecules (PMC), 2022
  2. Acid mantle: What we need to knowIndian Journal of Dermatology, Venereology and Leprology, 2023
  3. Soaps and cleansersDermNet, 1999
  4. The Role of Skin Care as an Integral Component in the Management of Acne Vulgaris: Part 1Journal of Clinical and Aesthetic Dermatology (PMC), 2013

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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