« Riche en vitamines. » « Plein de protéines. » « Infusé de minéraux. » Les étiquettes de soins empruntent le vocabulaire de la nutrition : si c’est bon à manger, ça doit être bon pour la peau. Parfois, c’est vrai. Souvent non, parce que votre peau est conçue pour bloquer. Voici ce qui passe, ce qui reste en surface, et comment lire ces mots.
Votre peau est faite pour bloquer
La couche externe de votre peau, la couche cornée, est un mur de cellules mortes aplaties tenues ensemble par des gras. Son travail : empêcher l’eau de sortir et tout le reste d’entrer. Excellent pour la survie, moins pour les soins.
Les chercheurs ont une règle approximative : les molécules de plus d’environ 500 daltons n’atteignent généralement pas de niveaux significatifs dans la peau. (Le dalton est l’unité de poids d’une molécule; l’eau pèse 18 daltons.) La règle a des exceptions, surtout pour les molécules en partie « amies des gras », mais elle explique beaucoup : les vitamines passent, les protéines généralement pas.
La première question devant un « riche en » n’est donc pas de savoir si l’ingrédient est bon pour vous, mais s’il peut se rendre là où il devrait agir.
La vitamine C : elle entre, sous conditions
La vitamine C (acide L-ascorbique) est une petite molécule qui fait de vraies choses dans la peau. Les enzymes qui fabriquent le collagène en ont besoin, elle neutralise les radicaux libres (des molécules instables produites par le soleil et la pollution, qui abîment les cellules), et elle freine l’enzyme du pigment.
Le hic, c’est la formulation. L’acide L-ascorbique aime l’eau et porte une charge électrique : il traverse mal la couche externe si le produit n’est pas assez acide, sous un pH de 3,5. La recherche montre un effet autour de 10 à 20 %; sous 8 %, pas grand-chose, et au-delà de 20 %, plus d’irritation sans plus de bénéfice. Il s’oxyde aussi facilement, d’où les sérums qui brunissent et perdent leur efficacité.
Autre point clair : manger plus de vitamine C n’en livre pas beaucoup plus à la peau, parce que seule une petite fraction de ce qu’on avale s’y rend. Pour la peau, la voie topique est la bonne.
La niacinamide : la bonne élève
La niacinamide (ou nicotinamide) est une forme de vitamine B3. Elle est petite, stable, peu sensible au pH et bien tolérée aux concentrations des produits, généralement de 2 à 5 %. Cette combinaison rare explique sa présence dans tant d’hydratants.
En laboratoire, elle augmente la production de céramides, les gras qui tiennent la couche externe ensemble, ce qui aide la barrière à retenir l’eau. Chez des personnes, un hydratant à 5 % de niacinamide a réduit les taches pigmentées en 4 à 8 semaines (2 % n’a pas atteint un effet significatif), et 4 % a réduit les ridules en 8 semaines par rapport à la même crème sans niacinamide. Des changements modestes, mais mesurés. Si la niacinamide figure en haut de la liste d’ingrédients, l’allégation tient debout.
La vitamine E : un antioxydant qui s’épuise
La vitamine E (tocophérol) est soluble dans les gras et s’installe volontiers dans les parties grasses de la couche externe. Même à 0,1 %, elle en augmente le niveau dans la peau. Là, elle agit comme antioxydant : chez l’humain, elle a réduit l’oxydation des gras en surface et la rougeur après une exposition aux ultraviolets.
Deux bémols. Une bonne partie de la vitamine E appliquée est détruite par le soleil en faisant son travail : elle protège sur le moment, sans constituer de réserve, et fonctionne mieux jumelée à la vitamine C. Et la forme stable de bien des produits, l’acétate de tocophérol, doit être convertie par des cellules vivantes pour devenir active, ce que les cellules mortes de surface font mal. Certaines personnes font aussi une dermatite de contact allergique (une éruption qui pique, par allergie à ce qui touche la peau) avec la vitamine E; ce n’est pas automatiquement l’option « douce ».
Les protéines : surtout un effet de surface
Collagène, kératine, soie, protéines de lait ou de blé apparaissent sur les étiquettes comme des matériaux de construction pour la peau. De l’extérieur, ça ne l’est pas. Les protéines entières pèsent des milliers à des centaines de milliers de daltons, bien au-delà du seuil de 500. Même le collagène hydrolysé, découpé en morceaux, reste en grande partie trop gros pour traverser une peau intacte.
Ça ne les rend pas inutiles. En surface, ils forment un léger film qui retient l’eau et adoucit la peau, un effet cosmétique honnête. Certaines très courtes chaînes d’acides aminés, les peptides, sont assez petites pour entrer, et quelques-unes sont attachées à un acide gras pour mieux pénétrer. Les preuves dépendent du peptide exact et restent en construction. Mais « contient du collagène » ne veut pas dire « ajoute du collagène à votre peau ».
Les minéraux : quelques vrais rôles, beaucoup de marketing
Les minéraux forment un groupe hétéroclite : demandez ce que fait chacun.
- L’oxyde de zinc et le dioxyde de titane sont des filtres solaires et, dans les crèmes contre l’érythème fessier, des barrières physiques. Des usages bien établis.
- Les sels du facteur naturel d’hydratation, comme le PCA de sodium et le lactate de sodium, aident la peau à retenir l’eau.
- Les eaux « riches en minéraux », argiles et sels de mer apportent du magnésium, du calcium et compagnie, mais rien de solide n’indique qu’une trace de minéral sur la peau fasse quoi que ce soit de nutritionnel. Votre peau tire ses minéraux de votre sang.
Un minéral présent pour un usage précis, très bien. S’il est là pour faire « sain », c’est tout ce qu’il fait.
Ce que « riche en » veut dire sur une étiquette canadienne
Légalement, pas grand-chose. Santé Canada exige que les allégations d’un cosmétique soient exactes et non trompeuses, et interdit les allégations thérapeutiques (traiter ou prévenir une maladie, modifier une fonction du corps) sur les cosmétiques; celles-là demandent une licence de médicament ou de produit de santé naturel. Mais aucun seuil ne définit « riche en », « infusé de » ou « plein de ». Ce sont des mots de marketing, utilisables avec une quantité infime de l’ingrédient.
La liste d’ingrédients est plus utile que le devant du flacon. Au Canada, les cosmétiques doivent lister leurs ingrédients par leur nom INCI standard, en ordre décroissant de poids, sauf que tout ce qui est à 1 % ou moins peut apparaître dans n’importe quel ordre à la fin. Donc :
- Un ingrédient dans les premières positions est présent en quantité significative. L’eau, la glycérine et les huiles ouvrent souvent la liste.
- Un ingrédient placé après les agents de conservation et le parfum est presque certainement à 1 % ou moins. Pour la niacinamide, ça peut suffire; pour le collagène, ça ne change rien de toute façon.
- Une vitamine listée sous forme d’ester ou de dérivé (palmitate d’ascorbyle, acétate de tocophérol) est plus stable, mais pas forcément aussi active que la forme simple.
Pour comparer, parcourez les sérums et traitements par leur liste complète d’ingrédients.
Même les ingrédients qui entrent produisent un changement graduel et modéré, pas une transformation, et ils ne remplacent ni l’écran solaire ni, pour une maladie de peau, un traitement. Pour une rougeur persistante, une tache qui change ou une lésion qui ne guérit pas, consultez votre médecin ou votre pharmacien plutôt que d’acheter un sérum.
Les petites molécules comme la vitamine C, la niacinamide et la vitamine E traversent la barrière cutanée et ont des effets mesurables, mais modestes. Les protéines restent en surface; les minéraux nutritionnels ne font rien de l’extérieur. « Riche en », c’est une ambiance, pas une mesure : retournez le flacon et lisez la liste.
Questions liées
Le collagène d’une crème entre-t-il dans la peau ?
Pas de façon significative. Le collagène est une très grosse protéine, et les molécules de plus d’environ 500 daltons traversent rarement la couche externe intacte de la peau. Une crème au collagène peut laisser un film lisse qui retient l’eau en surface, mais elle n’ajoute pas de collagène à la couche du dessous.
Quelles vitamines agissent vraiment sur la peau ?
Les mieux étudiées sont la vitamine C (acide L-ascorbique, à environ 10 à 20 % et à pH bas), la niacinamide (une forme de vitamine B3, habituellement à 2 à 5 %) et la vitamine E (tocophérol). Toutes trois pénètrent la couche externe, et des essais cliniques montrent des effets mesurables sur la pigmentation, les ridules, la barrière ou les dommages liés au soleil. Les résultats sont graduels et modestes.
Que veut dire « riche en vitamines » sur une étiquette ?
Rien de précis. Au Canada, les allégations cosmétiques doivent être exactes et non trompeuses, mais il n’existe aucun seuil défini pour des mots comme « riche en ». Les ingrédients sont listés par ordre décroissant de poids, ceux à 1 % ou moins pouvant apparaître dans n’importe quel ordre à la fin. Une vitamine en fin de liste est donc généralement présente en petite quantité.
Les minéraux comme le zinc ou le magnésium font-ils quelque chose sur la peau ?
Certains ont un rôle précis : l’oxyde de zinc est un filtre solaire et une barrière dans les crèmes pour l’érythème fessier, par exemple. Mais les minéraux qu’on mange pour se nourrir ne « nourrissent » pas la peau de l’extérieur. Une trace de magnésium ou de calcium dans une crème n’a aucun effet prouvé : c’est du marketing, pas une raison d’acheter.
Sources
- Topical Vitamin C and the Skin: Mechanisms of Action and Clinical Applications
- Mechanistic Basis and Clinical Evidence for the Applications of Nicotinamide (Niacinamide) to Control Skin Aging and Pigmentation
- Vitamin E and Skin Health
- Application of Single Molecule Fluorescence Microscopy to Characterize the Penetration of a Large Amphiphilic Molecule in the Stratum Corneum of Human Skin
- Industry Guide for the labelling of cosmetics
- Cosmetic advertising, labelling and ingredients
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.