Retournez presque n’importe quel nettoyant, lotion ou écran solaire et vous tomberez sur un « PEG-100 stearate », un « PEG-40 hydrogenated castor oil » ou un « ceteareth-20 ». Tous font partie de la même famille : les polyéthylèneglycols, ou PEG. Ce sont des ingrédients parmi les plus courants en soins de la peau, et parmi les plus discutés.
C’est quoi, un PEG ?
Un polyéthylèneglycol est une chaîne formée d’unités répétées d’une petite molécule, l’oxyde d’éthylène. Les chimistes appellent ce procédé l’éthoxylation, et c’est pour ça que vous verrez aussi des cousins des PEG avec « -eth- » dans leur nom, comme laureth-4 ou steareth-2, ainsi que les polysorbates et tout ce qui finit en « -oxynol ».
Le chiffre après PEG indique à peu près la longueur de la chaîne. PEG-4, c’est une chaîne courte et un liquide fluide. PEG-100 ou PEG-150, c’est une longue chaîne en cire ou en solide. Ce chiffre n’est ni une concentration ni une note de sécurité; il décrit plutôt la texture.
Accrochez un PEG, qui aime l’eau, à une molécule grasse comme l’acide stéarique, et vous obtenez une tête qui aime l’eau et une queue qui aime l’huile. C’est ce qui les rend si utiles.
À quoi servent les PEG dans un produit ?
- Émulsifiants. Un émulsifiant garde l’huile et l’eau mélangées au lieu de les laisser se séparer. La plupart des crèmes et lotions sont des émulsions, souvent tenues ensemble par des stéarates de PEG ou des cétéareths.
- Humectants. Un humectant est un ingrédient qui attire et retient l’eau. Les PEG à chaîne courte attirent l’humidité dans la formule et à la surface de la peau, ce qui rend le produit moins collant.
- Solvants. Les PEG aident à dissoudre des ingrédients qui n’aiment pas l’eau, comme les huiles de parfum, les extraits de plantes ou certains actifs, pour qu’ils se répartissent uniformément.
De là vient l’idée que « les PEG aident d’autres ingrédients à pénétrer ». C’est en partie vrai. Une revue de 2016 du Cosmetic Ingredient Review, un comité d’experts américain, cite des expériences où certains esters de PEG ont légèrement augmenté le passage d’un médicament à travers une peau de souris, alors que des PEG très proches ne l’ont pas fait. Aucune règle générale ne veut que les PEG « ouvrent » votre peau.
Qu’ont conclu les régulateurs et les experts ?
L’historique de sécurité est long. Une revue publiée en 2005 dans la revue Toxicology, qui couvre les PEG de nombreuses longueurs de chaîne ainsi que leurs éthers et esters, conclut qu’ils causent peu ou pas d’irritation de la peau ou des yeux, ont une toxicité très faible, ne traversent pas facilement une peau intacte et sont sûrs pour l’usage cosmétique.
La même revue note que les rares cas d’allergie publiés concernaient surtout des personnes exposées aux PEG dans des médicaments, ou par une peau lésée ou chroniquement enflammée. Sur une peau saine, elle qualifie de négligeable le potentiel de sensibilisation (le processus par lequel votre système immunitaire apprend à réagir à une substance).
Santé Canada permet les PEG dans les cosmétiques vendus ici, et sa page sur la sécurité des ingrédients aborde directement la principale inquiétude, le 1,4-dioxane. Aux États-Unis, le Cosmetic Ingredient Review a évalué des dizaines d’ingrédients PEG et les a jugés sûrs tels qu’utilisés.
La question du 1,4-dioxane, et comment le Canada la gère
C’est le cœur des inquiétudes. Quand on fait réagir l’oxyde d’éthylène pour fabriquer un PEG, une petite quantité d’un sous-produit appelé 1,4-dioxane peut se former. C’est un solvant, pas un ingrédient qu’on ajoute, et à fortes doses il a causé des dommages au foie et aux reins ainsi que des cancers chez des animaux de laboratoire.
Comme c’est un contaminant, il n’apparaît pas sur l’étiquette. C’est ce qui dérange bien des gens, et il est légitime de vouloir savoir comment on le contrôle :
- Santé Canada a évalué l’exposition au 1,4-dioxane par les cosmétiques dans le cadre du Plan de gestion des produits chimiques et l’a jugée sûre. Il précise que la présence possible de dioxane dans ces matières est bien connue et peut être contrôlée par des étapes de purification, et qu’il retirerait du marché un produit dont les niveaux seraient inacceptables. Il renvoie les fabricants aux recommandations de la FDA américaine.
- La FDA américaine encourage depuis les années 1980 une technique d’extraction sous vide pour retirer le 1,4-dioxane des matières premières. Ses analyses montrent la tendance : une moyenne de 50 parties par million (ppm) dans les produits échantillonnés en 1981, 19 ppm en 1997 et, en 2008, aucun niveau détectable dans 80 % des produits testés. Dans une enquête de 2018 sur des produits pour enfants, seulement 2 % dépassaient 10 ppm.
- Le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC), dans un avis de 2015, a conclu qu’une trace de 10 ppm ou moins dans un cosmétique fini est sûre et devrait devenir la cible de toute l’industrie. Cet avis s’appuyait sur les travaux d’un groupe de régulateurs du Brésil, du Canada, de l’Union européenne, du Japon et des États-Unis.
Dix ppm, c’est dix grammes dans une tonne de produit, et la plupart des produits sont bien en dessous. La revue de 2005 ajoute une mise en garde sensée : les fabricants doivent continuer d’éliminer l’oxyde d’éthylène et le 1,4-dioxane, parce que la conclusion de sécurité repose sur des impuretés qui restent faibles.
Les PEG posent-ils problème sur une peau sensible ou abîmée ?
Pendant des décennies, les évaluations de sécurité disaient de ne pas appliquer de PEG sur une peau lésée. Cette mise en garde venait d’anciens rapports de toxicité rénale chez des grands brûlés traités avec des crèmes à base de PEG, absorbées à travers de grandes surfaces de peau gravement blessée.
En 2010, le Cosmetic Ingredient Review a réexaminé les données et retiré cette mise en garde, concluant qu’il n’y avait pas de préoccupation aux concentrations cosmétiques. Le conseil pratique en cas de poussée d’eczéma (cette affection où la peau est enflammée et démange) reste le même que pour la plupart des ingrédients : gardez le produit simple, et si ça pique, arrêtez.
L’allergie aux PEG est rare, mais réelle. On la voit plus souvent avec les médicaments qu’avec les soins de la peau, et elle ressemble à n’importe quelle dermatite de contact, une éruption causée par une substance qui touche la peau. Si une éruption revient toujours avec un produit précis et ne s’améliore pas deux semaines après l’avoir cessé, consultez votre médecin ou votre pharmacien.
Pourquoi certains produits affichent « sans PEG »
Les raisons de s’en passer méritent d’être prises au sérieux, même si les données ne pointent pas vers un risque à l’usage normal :
- L’origine. Les PEG sont fabriqués à partir de dérivés du pétrole. Certaines personnes préfèrent des ingrédients d’origine végétale.
- Les impuretés. Certains préfèrent ne pas dépendre des étapes de purification des fabricants et éviter toute la famille. C’est un choix, pas une erreur.
- Le minimalisme. Les peaux réactives se portent souvent mieux avec des listes d’ingrédients courtes.
- La texture. Les produits sans émulsifiants PEG peuvent sembler plus riches ou plus cireux, ce que certains aiment sur une peau très sèche.
Ce que « sans PEG » ne veut pas dire, c’est « plus doux » ou « plus sûr » par défaut. Les ingrédients de remplacement ont chacun leur historique, souvent plus court. C’est la formule entière, et la réaction de votre peau, qui comptent.
À retenir : les PEG sont des ingrédients à tout faire avec un long historique de sécurité, jugés sûrs tels qu’utilisés par Santé Canada, la FDA et le CSSC européen. Le vrai enjeu, c’est une impureté en traces que les fabricants doivent éliminer et que les régulateurs surveillent. Si vous préférez les éviter, vous avez des options; si vous les utilisez, vous ne jouez pas à la loterie.
Questions liées
Que veut dire le chiffre après PEG ?
C’est une mesure approximative de la longueur de la chaîne : combien d’unités d’oxyde d’éthylène ont été enchaînées pour former la molécule. Un petit chiffre, comme PEG-4, donne un liquide fluide qui se mélange facilement. Un grand chiffre, comme PEG-100, donne une cire ou un solide qui forme plutôt un film sur la peau. Ce chiffre n’est ni une concentration ni une note de sécurité.
Le 1,4-dioxane figure-t-il sur l’étiquette ?
Non. Personne ne l’ajoute volontairement, alors il n’apparaît pas dans la liste d’ingrédients. Il peut se former en très petite quantité pendant la fabrication des PEG et d’autres ingrédients éthoxylés. Les fabricants doivent l’éliminer par une étape de purification, et les organismes de réglementation testent les produits finis pour vérifier que les niveaux restent bas.
Les PEG peuvent-ils causer une allergie ?
Rarement. Les revues de la littérature décrivent des ingrédients peu ou pas irritants, et seuls quelques cas d’allergie cutanée ont été publiés, le plus souvent chez des personnes exposées aux PEG dans des médicaments ou sur une peau lésée et enflammée. Si un produit contenant des PEG pique ou cause une éruption, cessez de l’utiliser et consultez votre pharmacien ou votre médecin si ça ne se calme pas.
Les produits « sans PEG » sont-ils plus sûrs ?
Pas automatiquement. Éviter les PEG est un choix personnel raisonnable si vous préférez vous passer d’ingrédients dérivés du pétrole ou d’impuretés en traces, mais les émulsifiants et humectants de remplacement ont leur propre historique, parfois beaucoup plus court. Jugez la formule entière et la réaction de votre peau, pas une seule famille d’ingrédients.
Sources
- Safety of cosmetic ingredients
- 1,4-Dioxane in cosmetics: a manufacturing byproduct
- Opinion on the report of the ICCR Working Group: considerations on acceptable trace level of 1,4-dioxane in cosmetic products (SCCS/1570/15)
- Safety assessment on polyethylene glycols (PEGs) and their derivatives as used in cosmetic products
- Amended safety assessment of PEG propylene glycol derivatives as used in cosmetics
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.