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Articles Comment les affirmations sont testées

Toutes les preuves ne se valent pas : de l’éprouvette à l’essai clinique

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

« Augmente la production de collagène de 300 %. » Impressionnant, jusqu’à ce qu’on apprenne que le test a été fait sur des cellules dans une boîte de plastique. En soins de la peau, les preuves se classent par échelons, et une allégation vraie sur un échelon peut ne rien vouloir dire sur un autre. Voici l’échelle, du bas vers le haut.

Pourquoi une échelle ?

Certains devis d’étude trompent plus facilement que d’autres. Une revue de 2011 dans Plastic and Reconstructive Surgery fait remonter l’idée à un groupe de travail canadien de 1979 : au sommet, les grands essais randomisés et les revues qui les regroupent ; au bas, les séries de cas sans témoin et l’opinion d’experts.

Le problème, c’est quand une allégation emprunte l’assurance d’un échelon élevé alors qu’elle se tient sur un échelon bas.

Échelon 1 : l’éprouvette (in vitro)

In vitro veut dire « dans le verre ». L’ingrédient est appliqué sur des cellules cultivées, un morceau de peau donnée ou un substitut de peau de laboratoire, et on mesure quelque chose : les cellules ont-elles produit plus d’une protéine, l’ingrédient a-t-il traversé l’échantillon ?

C’est utile, peu coûteux et éthique, et c’est là que commencent la plupart des histoires d’ingrédients. Mais la question est étroite. Une revue de 2023 dans Frontiers in Pharmacology explique que ces systèmes sont conçus pour « imiter l’environnement in vivo » et se sont beaucoup améliorés, mais énumère ce qui leur échappe : le métabolisme de la peau (la peau vivante peut transformer chimiquement un ingrédient) et toute la complexité de la barrière cutanée, « difficile à reproduire in vitro ».

Un résultat en éprouvette dit donc qu’un ingrédient peut agir sur les cellules qu’il touche, pas si l’ingrédient d’une crème finie, à cette concentration, traverse la couche cornée (la couche externe de cellules mortes qui bloque presque tout) en quantité suffisante.

« En laboratoire », « sur des cellules cutanées », un pourcentage sans personne derrière : c’est l’échelon un.

Échelon 2 : les animaux

Les études animales placent l’ingrédient dans un corps vivant. Mais ce n’est pas votre corps.

Un article de 2018 dans le Journal of Translational Medicine le dit sans détour : même après des décennies d’amélioration des modèles animaux, « les différences entre espèces continueraient de rendre l’extrapolation de l’animal à l’humain peu fiable ». Une revue de 2019 dans la même revue a réuni les études comparant résultats animaux et humains et a trouvé des taux de concordance « de 0 % à 100 % » : un succès difficile à prédire d’avance.

Détail canadien : depuis le 22 décembre 2023, Santé Canada interdit de tester des cosmétiques sur des animaux au Canada et de vendre un cosmétique dont la sécurité repose sur de nouvelles données animales ; les entreprises doivent aussi pouvoir prouver toute allégation « non testé sur les animaux ». Vous verrez donc rarement des données animales derrière un hydratant.

Échelon 3 : les petites études ouvertes chez l’humain

Nous voilà sur de la vraie peau humaine. Une étude ouverte signifie que tout le monde sait qui a reçu quoi, et souvent que tout le monde a eu le produit. Vingt personnes utilisent une crème pendant quatre semaines et leur peau est mesurée avant et après.

C’est là que vivent la plupart des allégations « testé cliniquement ». Ce qui manque, c’est une comparaison. La peau change avec les saisons, avec l’attention qu’on lui porte, avec le geste d’étaler n’importe quoi deux fois par jour. Sans groupe témoin, impossible de séparer le produit du calendrier. Et avec 20 personnes, le hasard seul peut produire un résultat « significatif ».

La revue de 2011 place les séries de cas sans témoin au plus bas niveau. Ça ne les rend pas inutiles ; ça en fait une raison de faire une meilleure étude.

Échelon 4 : l’essai randomisé contrôlé

Un essai randomisé contrôlé (ECR) ajoute ce qui manquait à l’échelon trois : un groupe de comparaison, et un tirage au sort pour décider qui y atterrit. L’insu, où ni participants ni évaluateurs ne savent qui a reçu quoi, ferme la dernière brèche. C’est le devis qui peut montrer que le produit a causé le changement.

Deux réserves. D’abord, la revue de 2011 prévient que l’étiquette ne garantit pas la qualité : « des ECR mal conçus ont le même niveau de preuve qu’une étude de cohorte », et un petit essai peut rater un effet réel. Ensuite, une revue de 2014 sur la dermatologie fondée sur les preuves note que les ECR ne sont « pas une bonne source pour repérer les effets indésirables rares mais importants » : trop courts et trop petits pour ce qui arrive à une personne sur mille.

Pour un cosmétique, un ECR est inhabituel et c’est un signe fort de sérieux. Cherchez le nombre de personnes, la durée, la mesure et l’insu.

Échelon 5 : la revue systématique

Une revue systématique est une étude d’études : un plan rédigé d’avance, une recherche de tous les essais sur une question, un jugement sur la qualité de chacun, et un regroupement des résultats quand les essais sont assez semblables. La revue de 2014 explique pourquoi elle occupe le sommet : elle « cherche à inclure toutes les études pertinentes plutôt que celles choisies selon leurs résultats ou leur facilité d’accès ».

Son exemple donne à réfléchir : sept petits essais d’un traitement pour les femmes en travail prématuré ont semblé « contradictoires » pendant des années ; regroupés en 1989, le traitement s’est révélé clairement efficace, et le délai avait coûté des vies. À moindre enjeu, cinq petites études sur une crème qui se contredisent peuvent, combinées, pointer dans une direction.

Le hic : une revue vaut ce que valent les études qu’elle trouve. Si tous les essais d’un ingrédient étaient petits, courts et menés par le fabricant, la revue le dira ; « preuves insuffisantes » est un résultat légitime.

Où se situent habituellement les allégations

La plupart des allégations sur les soins de la peau sans ordonnance viennent des échelons un et trois : un résultat en éprouvette sur un ingrédient, plus un petit test ouvert du produit fini. C’est la norme pour des produits censés nettoyer, hydrater et améliorer l’apparence, pas traiter une maladie. Pour situer une allégation :

  • « Stimule », « active » + un processus cellulaire (collagène, renouvellement) : presque toujours l’échelon un.
  • Un pourcentage sans personnes ni durée : échelon un, ou un très petit échelon trois.
  • « Testé cliniquement », « testé par des dermatologues » : échelon trois, généralement un test d’irritation plutôt que de performance.
  • « Dans une étude randomisée contrôlée de N personnes sur N semaines » : échelon quatre. Rare, et ça mérite qu’on s’y arrête.
  • Une référence à une revue systématique publiée : échelon cinq. Plus rare encore ; vérifiez qu’elle porte sur le produit, pas seulement sur un ingrédient.

Des ingrédients avec de vraies preuves d’échelons quatre et cinq existent, surtout ceux étudiés comme médicaments. Pour un ingrédient testé seulement en éprouvette, la phrase juste est « ça pourrait faire quelque chose ; personne n’a vérifié sur la peau ». Si vous gérez une affection cutanée, eczéma (dermatite atopique, cette éruption rouge qui démange), acné ou rosacée, cette incertitude compte davantage. Si ce n’est pas mieux après deux semaines, consultez votre médecin ou votre pharmacien.

À retenir : l’échelle va de l’éprouvette à l’animal, à la petite étude ouverte, à l’essai randomisé contrôlé, à la revue systématique. Seuls les deux échelons du haut peuvent dire qu’un produit a causé un effet sur de la vraie peau. Devant une allégation, trouvez l’échelon sur lequel elle se tient, et ne laissez pas un résultat d’échelon un parler avec la voix de l’échelon quatre.

Questions liées

Que veut dire « in vitro » sur une allégation ?

In vitro signifie « dans le verre » en latin : le test a été fait dans une boîte de laboratoire ou sur des échantillons de peau, pas sur une personne vivante. Il peut montrer qu’un ingrédient atteint des cellules ou les modifie en conditions de laboratoire. Il ne dit pas si l’ingrédient traverse la couche externe de votre peau à la dose contenue dans le produit, ni si vous verriez une différence.

Si ça marche chez l’animal, ça marchera sur ma peau ?

Pas nécessairement. Une revue de 2018 soutient que les différences entre espèces ne peuvent jamais être entièrement surmontées, et une revue de 2019 des études comparant résultats animaux et humains a trouvé des taux de concordance allant de 0 % à 100 %. Une donnée animale est une raison de faire une étude chez l’humain, pas un substitut.

Un essai randomisé contrôlé est-il toujours la meilleure preuve ?

C’est le meilleur devis pour montrer qu’un produit cause un effet, mais un essai mal mené ne vaut pas plus qu’une bonne étude d’observation. Les revues sur la hiérarchie des preuves préviennent que l’étiquette « ECR » ne garantit pas la qualité : des essais petits, courts ou mal menés à l’insu peuvent tromper. Regardez comment il a été fait, pas seulement son nom.

Qu’est-ce qu’une revue systématique ?

Une étude d’études. Des chercheurs cherchent tous les essais sur une question selon un plan publié d’avance, évaluent la qualité de chacun et combinent les résultats. Parce qu’elle utilise toutes les preuves pertinentes plutôt qu’une sélection, elle occupe le sommet de l’échelle. Cochrane, un organisme international sans but lucratif, en publie beaucoup, dont des centaines sur les maladies de peau.

Sources

  1. The levels of evidence and their role in evidence-based medicine (Plastic and Reconstructive Surgery 128(1):305–310)Burns PB, Rohrich RJ, Chung KC, 2011
  2. Strengths and limitations of evidence-based dermatology (Indian Journal of Dermatology 59(2):127–133)Williams HC, 2014
  3. In vitro percutaneous penetration test overview (Frontiers in Pharmacology 14:1102433)Shahinfar S, Maibach H, 2023
  4. Is it possible to overcome issues of external validity in preclinical animal research? Why most animal models are bound to fail (Journal of Translational Medicine 16:304)Pound P, Ritskes-Hoitinga M, 2018
  5. Animal to human translation: a systematic scoping review of reported concordance rates (Journal of Translational Medicine 17:223)Leenaars CHC, Kouwenaar C, Stafleu FR, et al., 2019
  6. Animal testing ban on cosmeticsHealth Canada, 2023

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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