Vous avez décidé d’éviter le parfum, vous retournez le flacon, et le mot « parfum » n’y est pas. Réglé ? Pas tout à fait. Sur une étiquette canadienne, le parfum porte plusieurs noms, et certains ne ressemblent pas du tout à du parfum. Voici ses cachettes.
Pourquoi un seul mot peut représenter des dizaines de molécules
Une senteur n’est presque jamais un seul ingrédient. C’est un mélange, souvent vaste : le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs a recensé environ 2 500 ingrédients de parfum dans la base de données européenne des ingrédients cosmétiques. Une formule de parfum puise dans une sélection de ceux-ci.
Le Règlement sur les cosmétiques du Canada permet aux entreprises de sauter les détails. L’article 21.4 précise que les mots « parfum » et « aroma » peuvent être insérés à la fin de la liste d’ingrédients pour indiquer que des ingrédients ont été ajoutés pour produire ou masquer une odeur ou une saveur. Santé Canada explique la raison : énumérer chaque composant rendrait les étiquettes interminables.
Les États-Unis font pareil pour une autre raison : la Food and Drug Administration explique que les formules de parfum sont des secrets commerciaux que la loi ne force pas à divulguer, alors tout le mélange peut être inscrit comme « fragrance ».
Le résultat est le même. Un seul mot sur l’étiquette peut représenter une recette de dizaines de molécules que vous ne voyez pas.
Nom 1 : « parfum », « fragrance » et « aroma »
« Parfum » est le nom évident, habituellement à la fin de la liste ou tout près. Le guide d’étiquetage de Santé Canada pour l’industrie permet « parfum » seul ou accompagné de « fragrance », mais pas « fragrance » tout seul, d’où la petite différence avec les étiquettes américaines.
Ce qui compte, c’est le sens que Santé Canada donne au mot : si « parfum » ou « fragrance » figure dans la liste d’ingrédients, le produit contient un parfum ou un agent masquant. Point.
« Aroma » est le cousin gustatif de « parfum ». Selon le même article du Règlement, il couvre les ingrédients ajoutés pour produire ou masquer un goût dans un baume à lèvres ou un dentifrice. C’est un autre mot collectif pour des ingrédients non détaillés, alors si vos lèvres ou le contour de la bouche réagissent, « aroma » mérite la même attention.
Nom 2 : l’agent masquant d’un produit « non parfumé »
Voici le plus sournois. Un produit peut être étiqueté « non parfumé » et contenir quand même du parfum. La FDA le dit clairement : même certains produits « non parfumés » peuvent contenir des ingrédients de parfum, ajoutés en quantité juste suffisante pour masquer l’odeur désagréable des autres ingrédients sans donner de senteur perceptible.
Santé Canada est tout aussi clair : un produit annoncé « sans parfum » ou « non parfumé » signifie soit qu’aucun parfum n’a été ajouté, soit que les odeurs ont été cachées par un agent masquant. Le devant de l’emballage ne peut donc pas trancher. Seule la liste d’ingrédients le peut, et l’agent masquant y figurera sous « parfum ».
Nom 3 : les huiles essentielles
Les huiles essentielles sont du parfum sous sa forme la plus concentrée, et rien ne l’indique sur l’étiquette. Elles apparaissent sous leur nom botanique, selon la nomenclature INCI (une liste standard de noms d’ingrédients utilisée partout dans le monde) : « Lavandula angustifolia (lavender) oil », « Citrus limon (lemon) peel oil », « Melaleuca alternifolia (tea tree) leaf oil », « Mentha piperita (peppermint) oil ».
Elles ne sont pas douces par défaut. DermNet note que chaque huile essentielle peut contenir plus de 100 constituants et cite l’arbre à thé, l’ylang-ylang, la citronnelle, le bois de santal, le clou de girofle, le jasmin et le narcisse parmi celles qui causent couramment une dermatite de contact allergique, cette éruption rouge et qui pique qui apparaît quand le système immunitaire a appris à réagir à une substance. Tout nom latin de plante suivi de « oil » est un ingrédient de parfum, avec ou sans « parfum » sur l’étiquette.
Nom 4 : les extraits de plantes et le « parfum naturel »
Les extraits sont une zone plus grise. Certains sont ajoutés pour leur odeur, d’autres pour le marketing ou un vrai rôle en soin de la peau, et tous se ressemblent sur l’étiquette : « Rosa damascena flower extract », « Citrus aurantium dulcis (orange) peel extract », « Chamomilla recutita (matricaria) flower extract ». Si vous reconnaissez la plante à son odeur, l’extrait porte presque sûrement cette odeur, avec les mêmes molécules sensibilisantes que les huiles essentielles.
Les travaux du comité européen sur les extraits naturels servent d’avertissement : l’extrait de mousse de chêne, un classique de la parfumerie, doit son pouvoir allergène à deux composés, l’atranol et le chloroatranol, et les tentatives de les retirer ont largement échoué. Les ingrédients naturels complexes restent des substances chimiques, et leurs allergènes voyagent avec eux.
Nom 5 : les allergènes inscrits sous leur propre nom
L’indice le plus récent est aussi le plus utile. Depuis le 12 avril 2026, Santé Canada exige que 24 allergènes de parfum soient nommés individuellement dans la liste d’ingrédients au-delà d’un seuil : plus de 0,001 % dans les produits sans rinçage comme les lotions et plus de 0,01 % dans les produits à rincer comme les nettoyants. La liste passe à 81 allergènes pour les nouveaux produits dès le 1er août 2026, et les produits existants ont jusqu’au 1er août 2028.
Vous verrez donc de plus en plus des mots comme limonene, linalool, citral, geraniol, citronellol, eugenol, coumarin ou benzyl alcohol inscrits seuls, souvent juste après « parfum ». Chacun est une molécule de parfum connue pour causer des allergies. Si vous en voyez un, le produit contient du parfum, même sans le mot « parfum », puisque le guide de Santé Canada permet aussi d’inscrire les ingrédients de parfum un à un. Le guide ferme d’ailleurs une échappatoire : un allergène doit être divulgué même s’il arrive dans un extrait botanique.
Si des tests épicutanés (de petites quantités d’allergènes collées sur le dos pendant quelques jours) vous ont déjà dit à quelle molécule votre peau réagit, ce changement vous permet enfin de la trouver sur une étiquette.
Un balayage rapide à faire en magasin
- Commencez par la fin de la liste, là où se trouvent habituellement « parfum », « aroma » et les colorants.
- Cherchez « parfum », « fragrance » ou « aroma » : n’importe lequel signifie qu’il y a du parfum.
- Repérez les noms latins de plantes suivis de « oil » ou « extract », surtout les fleurs, les herbes et les agrumes.
- Cherchez les allergènes nommés comme limonene, linalool, citral, geraniol et eugenol.
- Traitez « non parfumé », « parfum naturel » et « senteur botanique » comme des allégations, pas des preuves.
Notre filtre de produits sans parfum applique ces mêmes vérifications, ce qui vous évite de plisser les yeux devant les petits caractères.
Si vous évitez le parfum et qu’une éruption continue d’aller et venir, l’un de ces noms cachés est une cause probable, mais d’autres ingrédients, comme les agents de conservation, peuvent aussi être en cause. Si ça ne va pas mieux après deux semaines de produits vraiment sans parfum, consultez votre médecin ou votre pharmacien.
Ce qu’il faut retenir : le parfum s’annonce rarement. Il se cache derrière « parfum », « aroma », les agents masquants, les noms botaniques et, de plus en plus, une courte liste de noms d’allergènes. Apprenez ces mots une fois, et toutes les étiquettes du magasin deviennent lisibles.
Questions liées
Pourquoi l’étiquette dit-elle seulement « parfum » au lieu d’énumérer les ingrédients du parfum ?
Le Règlement sur les cosmétiques du Canada permet d’écrire le seul mot « parfum » à la fin de la liste d’ingrédients pour représenter tous les ingrédients ajoutés pour produire ou masquer une odeur. Santé Canada explique qu’énumérer chaque composant rendrait les étiquettes interminables, et la FDA américaine note que les formules de parfum sont protégées comme secrets commerciaux.
« Aroma », est-ce la même chose que « parfum » ?
Pas tout à fait. Selon le Règlement sur les cosmétiques, « parfum » désigne le parfum et « aroma » désigne la saveur, c’est-à-dire les ingrédients qui donnent un goût à un baume à lèvres ou à un dentifrice. Les deux sont des mots collectifs qui couvrent des ingrédients non détaillés, et les deux méritent votre attention si votre peau réagit au parfum.
Les huiles essentielles comptent-elles comme du parfum sur une étiquette ?
Oui. Une huile essentielle est une senteur végétale concentrée, et DermNet note qu’une seule peut contenir plus de 100 constituants, dont beaucoup sont des sensibilisants connus. Sur l’étiquette, elles apparaissent sous leur nom botanique, comme Lavandula angustifolia oil ou Citrus limon peel oil, ce qui les rend faciles à manquer si vous ne cherchez que « parfum ».
Que font des mots comme limonene et linalool sur mon étiquette ?
Ce sont des allergènes de parfum individuels que le Canada exige maintenant de nommer lorsqu’ils dépassent un petit seuil. Depuis avril 2026, 24 allergènes doivent être inscrits, et la liste passe à 81 pour les nouveaux produits à partir d’août 2026. Si vous les voyez, le produit contient du parfum, même si « parfum » n’y figure pas.
Sources
- Cosmetic advertising, labelling and ingredients
- Cosmetic Regulations (C.R.C., c. 869), section 21.4
- Fragrances in Cosmetics
- Industry guide for the labelling of cosmetics
- Perfume allergies: are the current European regulations on fragrance allergens adequate? (lay summary of the SCCS opinion)
- Allergic contact dermatitis to essential oils
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.