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« pH équilibré » : le pH d’un nettoyant compte-t-il pour votre peau ?

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

« pH équilibré », ça sonne scientifique et rassurant, et c’est justement pour ça qu’on le retrouve sur tant de bouteilles de nettoyant. L’idée derrière est réelle : votre peau est légèrement acide, et certains nettoyants la déséquilibrent. Mais l’expression elle-même promet moins qu’elle en a l’air. Voici ce qu’il y a derrière, et comment la lire.

Petit rappel : le pH et le manteau acide

Le pH est une échelle de 0 à 14 qui mesure à quel point une substance est acide ou alcaline. Sept, c’est neutre, comme l’eau pure. Plus le chiffre est bas, plus c’est acide ; plus il est haut, plus c’est alcalin. Chaque échelon représente un facteur de dix : un pH de 5 est dix fois plus acide qu’un pH de 6.

La couche externe de la peau (la couche cornée, cette mince couche de cellules aplaties en surface) est légèrement acide. Une revue publiée en 2024 dans les Annals of Dermatology la situe généralement entre pH 4,5 et 5,5, alors que la peau vivante en dessous tourne autour de 7,4. Ce film acide, on l’appelle souvent le manteau acide. Nous traitons du savon dans notre article sur la peau sèche et le savon ; ici, on s’attarde à l’allégation elle-même.

Pourquoi cette acidité compte : les enzymes qui construisent votre barrière cutanée fonctionnent mieux à ce pH bas. La même revue explique que lorsque le pH de surface monte, les enzymes qui transforment les lipides de la barrière ralentissent, tandis que d’autres enzymes, les sérine-protéases (des protéines qui découpent d’autres protéines), deviennent plus actives et s’attaquent aux liens entre les cellules. Résultat, surtout démontré en laboratoire et chez l’animal : une barrière qui se répare plus lentement et une peau plus fragile, qui pèle davantage.

À quoi ressemble vraiment le pH de la peau ?

C’est ici que les chiffres deviennent intéressants. Une étude financée par un fabricant, menée auprès de 330 personnes, a mesuré le pH de l’intérieur de l’avant-bras avant et après 24 heures sans douche ni produit de soin. Le pH moyen est passé d’environ 5,1 à 4,9 en une seule journée. Les chercheurs en ont déduit qu’une peau laissée tranquille se situe en moyenne autour de 4,7, donc sous 5.

Ils ont aussi constaté que :

  • L’eau du robinet (en Europe, où l’étude a été faite, généralement autour de pH 8) faisait monter le pH de la peau jusqu’à six heures avant qu’il revienne à la normale.
  • La peau dont le pH était sous 5 était en meilleur état, selon des mesures de la fonction barrière, de l’hydratation et de la desquamation, que la peau au-dessus de 5.
  • Les bactéries normales de la peau restaient bien accrochées à pH acide (4 à 4,5), alors qu’un pH alcalin (8 à 9) favorisait leur détachement.

Votre peau se fait donc constamment bousculer par le lavage, et se rééquilibre d’elle-même. La question, c’est à quel point un nettoyant la pousse.

Le pH d’un nettoyant fait-il une différence ?

Il y a de bonnes raisons de le croire. Dans une étude mexicaine de 2002, des chercheurs ont testé 29 nettoyants, 17 vendus pour peau sèche et 12 savons ordinaires, sur l’avant-bras de 30 personnes à la peau sensible pendant cinq jours. Ils ont mesuré le pH de chaque produit et noté l’irritation causée.

Deux constats ressortent :

  • L’irritation augmentait avec le pH. Plus le nettoyant était alcalin, plus il irritait, et le lien était statistiquement significatif.
  • « Pour peau sèche » ne voulait pas dire doux. La plupart des produits recommandés pour peau sensible causaient une irritation considérable. Ceux qui irritaient le moins étaient surtout des syndets (détergents synthétiques, des nettoyants sans savon dont on peut ajuster le pH).

Les chercheurs réclamaient que les étiquettes indiquent le pH et le type de nettoyant. C’était il y a plus de 20 ans, et ce n’est toujours pas la norme. Une étude indienne de 2014, qui a mesuré des savons et des shampooings achetés dans des commerces locaux, note que la plupart n’indiquent pas leur pH ; la majorité des savons testés se situaient entre 9 et 10.

Là où ça compte le plus : l’eczéma

Les personnes atteintes d’eczéma (dermatite atopique, cette éruption rouge qui démange) ont tendance à avoir un pH cutané plus élevé, surtout là où l’éruption est active. La revue de 2024 relie cette hausse à des changements dans les acides et les lipides naturels de la peau, et note qu’un pH plus élevé va de pair avec des symptômes plus sévères.

Un nettoyant sans savon, acide ou neutre, est donc un choix sensé pour une peau sujette à l’eczéma. Mais la revue admet aussi que la plupart des données sur la correction du pH viennent d’études chez la souris, et que les preuves chez l’humain sont limitées, surtout de petites études sur le bain en eau acide. Abaisser le pH est une aide plausible, pas un traitement prouvé. Ça ne remplace ni l’hydratation ni un traitement prescrit par votre médecin.

Alors, que promet vraiment « pH équilibré » ?

Pas grand-chose, à lui seul. Quelques points à connaître :

  • Il n’y a pas de définition. Aucune règle canadienne ne dit quel pH doit avoir un produit « pH équilibré ». Équilibré par rapport à quoi ? Au pH de la peau, autour de 5 ? Au neutre, 7 ? À autre chose ?
  • C’est une allégation cosmétique. Les lignes directrices élaborées par Normes de la publicité avec Santé Canada classent « produit au pH équilibré » parmi les allégations cosmétiques ordinaires, qui n’ont pas à être examinées par Santé Canada. À l’inverse, une allégation comme « pH équilibré pour prévenir les infections » bascule du côté des médicaments. Comme toute allégation cosmétique, elle doit quand même être vraie et vérifiable.
  • Elle vient rarement avec un chiffre. Si le produit indique son pH, vous pouvez comparer. S’il dit seulement « équilibré », non.
  • Le pH n’est pas toute l’histoire. Un nettoyant à pH 5,5 fait avec un détergent agressif peut quand même décaper la peau. Le type de détergent, la durée du lavage, la température de l’eau et l’hydratation qui suit comptent aussi.

Comment choisir un nettoyant en tenant compte de tout ça

  • Préférez un pH indiqué proche de celui de la peau (environ 4,5 à 5,5) à un vague « équilibré ».
  • Cherchez « sans savon » ou « syndet » sur l’étiquette si votre peau est sèche, sensible ou sujette à l’eczéma. Le vrai savon est alcalin par nature.
  • Choisissez sans parfum si votre peau réagit facilement. Vous pouvez parcourir les nettoyants en gardant ça en tête.
  • Hydratez après le lavage, surtout pendant l’hiver canadien.

Si votre peau reste tendue, rouge ou irritée malgré un nettoyant doux, la réponse n’est pas le pH sur la bouteille. Si ça ne s’améliore pas après deux semaines, consultez votre médecin ou votre pharmacien.

À retenir : la surface naturelle de la peau est légèrement acide, et les nettoyants alcalins la déséquilibrent et peuvent irriter. Cette partie de l’idée du « pH équilibré » est bien appuyée. Mais l’expression elle-même n’a pas de définition, vient rarement avec un chiffre et ne dit rien de la douceur du détergent. Un pH indiqué proche de celui de la peau, dans une formule sans savon ni parfum, vous en dit beaucoup plus.

Questions liées

Quel pH devrait avoir un nettoyant « pH équilibré » ?

Personne ne l’a fixé. L’expression peut vouloir dire proche de la légère acidité de la peau, ou simplement neutre (pH 7), ce qui est « équilibré » au sens chimique, mais moins acide que la peau. Selon la recherche, la surface naturelle de la peau adulte se situe autour de pH 4,5 à 5,5, et une grande étude l’estime sous 5. Un nettoyant qui indique un chiffre dans cette zone vous en dit plus qu’un simple « équilibré ».

L’eau du robinet change-t-elle le pH de ma peau ?

Oui, brièvement. Une étude financée par un fabricant, menée auprès de 330 personnes, a constaté que l’eau du robinet, qui tourne autour de pH 8 en Europe, faisait monter le pH de la peau jusqu’à six heures avant qu’il revienne à la normale. Ce n’est pas une raison d’éviter l’eau. C’est un rappel que la peau se rééquilibre après chaque lavage, et qu’un nettoyant très alcalin lui complique la tâche.

Un nettoyant acide est-il meilleur pour l’eczéma ?

C’est un choix raisonnable, mais les preuves chez l’humain sont minces. La peau atteinte d’eczéma a tendance à avoir un pH de surface plus élevé, et un pH plus élevé active des enzymes qui dégradent la barrière cutanée. Une revue de 2024 souligne toutefois que ces données viennent surtout d’études animales. Un nettoyage doux, sans savon ni parfum, et une hydratation régulière restent la base.

Sources

  1. Natural skin surface pH is on average below 5, which is beneficial for its resident floraInternational Journal of Cosmetic Science, 2006
  2. Importance of Stratum Corneum Acidification to Restore Skin Barrier Function in Eczematous DiseasesAnnals of Dermatology, 2024
  3. Correlation between pH and irritant effect of cleansers marketed for dry skinInternational Journal of Dermatology, 2002
  4. Evaluation of pH of Bathing Soaps and Shampoos for Skin and Hair CareIndian Journal of Dermatology, 2014
  5. Guidelines for the Nonprescription and Cosmetic Industry Regarding Non-therapeutic Advertising and Labelling ClaimsAd Standards (with Health Canada), 2016

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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