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Comment on vérifie qu’un produit reste propre : le challenge test

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

Chaque fois que vous plongez un doigt dans un pot de crème, vous y ajoutez quelques bactéries et spores de champignons. Un produit bien conçu est fait pour y faire face. La façon dont les entreprises le vérifient est étonnamment directe : un laboratoire contamine volontairement le produit, puis observe s’il se défend. C’est ce qu’on appelle un challenge test, ou test d’efficacité des agents de conservation.

Pourquoi une crème doit-elle combattre les microbes ?

Les produits à base d’eau, ce qui comprend la plupart des lotions, crèmes, shampoings et nettoyants, sont un milieu confortable pour les microbes. La Food and Drug Administration américaine indique que la contamination microbienne est une cause fréquente de rappels de cosmétiques, et que des produits pour les yeux et des lotions contaminés ont causé des infections graves.

Les agents de conservation, les ingrédients qui empêchent les bactéries et les champignons de se multiplier, sont la défense habituelle. Mais en ajouter un ne prouve pas qu’il fonctionne. Son effet peut être affaibli par d’autres ingrédients, par l’emballage ou par le pH du produit (son degré d’acidité ou d’alcalinité). Une revue de 2018 sur la conservation des cosmétiques, publiée dans la revue Molecules, note que les tensioactifs, l’activité de l’eau, la quantité de matières solides et même le contenant peuvent changer l’efficacité d’un agent de conservation. La seule façon de le savoir, c’est de tester le produit fini.

Comment se déroule un challenge test

L’idée est simple, même si le travail de laboratoire est minutieux. Selon la revue de Molecules :

  • Une quantité mesurée du produit est inoculée, c’est-à-dire ensemencée volontairement, avec des quantités connues de bactéries, de levures et de moisissures.
  • Dans la mesure du possible, le produit est testé dans son emballage d’origine.
  • Les contenants sont gardés à l’abri de la lumière, à la température ambiante, pendant 28 jours.
  • À des moments fixes, on prélève des échantillons et on compte les microbes survivants.
  • La baisse est comparée aux critères d’acceptation de la méthode utilisée.

Un bon résultat signifie que le nombre de microbes chute fortement et ne remonte pas plus tard. Un mauvais résultat signifie que les organismes survivent ou se multiplient, et la formule retourne à l’étape de développement.

Les cinq suspects habituels

Les laboratoires n’utilisent pas n’importe quels germes. Ils utilisent des souches de référence provenant de collections officielles, choisies pour représenter les organismes qui causent de vrais problèmes. La revue décrit l’équipe type :

  • Staphylococcus aureus, une bactérie qui vit sur la peau et dans le nez. Sa présence dans un produit peut signaler une contamination d’origine humaine.
  • Pseudomonas aeruginosa, une bactérie très répandue dans l’environnement, que la revue décrit comme très résistante à de nombreux agents de conservation.
  • Escherichia coli, une bactérie intestinale utilisée comme indicateur de contamination fécale.
  • Candida albicans, une levure qui représente les levures en général.
  • Aspergillus, une moisissure et une cause majeure de détérioration. La revue nomme Aspergillus niger ; l’étude citée plus bas a utilisé son proche parent, Aspergillus brasiliensis.

Une étude publiée en 2024 dans Scientific Reports a utilisé exactement ces cinq organismes, selon la méthode ISO 11930, une norme internationale pour évaluer la protection antimicrobienne d’un cosmétique.

ISO 11930 et les autres méthodes

Il n’existe pas une méthode mondiale unique. La revue de Molecules en énumère plusieurs : les pharmacopées européenne, américaine et japonaise (des recueils officiels de normes pour les médicaments), des méthodes d’associations de l’industrie, et ISO 11930, la norme internationale conçue précisément pour les cosmétiques. Les auteurs de Scientific Reports soulignent qu’il n’y a pas de méthode universellement reconnue pour mener ces tests et interpréter les résultats, mais que pour les cosmétiques, ISO 11930 et les méthodes apparentées de l’industrie sont celles qu’on utilise couramment.

Les méthodes diffèrent sur des détails, comme les jours de prélèvement et l’ampleur de la baisse exigée. Elles reposent toutes sur la même mesure, la réduction logarithmique : l’écart entre le compte de départ et le compte à chaque étape, sur une échelle où chaque échelon représente dix fois moins de microbes.

La revue recommande aussi de tester à plus d’un moment : sur un lot frais préparé en laboratoire, après l’entreposage dans le contenant final (pour détecter une interaction avec l’emballage) et sur le premier lot de production, pour repérer ce que le procédé en usine pourrait changer.

Les règles canadiennes : le résultat, pas la recette

La Loi sur les aliments et drogues du Canada pose les règles de base pour les cosmétiques en deux courts articles. L’article 16 interdit de vendre un cosmétique qui contient une substance susceptible de nuire à la santé de l’utilisateur. L’article 18 interdit de fabriquer, préparer, conserver, emballer ou entreposer un cosmétique destiné à la vente dans des conditions non hygiéniques.

Ces articles décrivent le résultat qui compte, pas une méthode de laboratoire précise. Le challenge test est la façon dont une entreprise responsable démontre que son produit restera sûr à l’usage.

Réussir le test n’est pas la fin de l’histoire

Un challenge test vous dit que le système de conservation était solide au moment où le produit a été conçu. Il n’arrête pas le temps. Le guide de la FDA sur la durée de conservation énumère ce qui use un produit une fois ouvert :

  • Plonger les doigts ajoute des bactéries et des champignons que les agents de conservation doivent ensuite contrôler.
  • Les agents de conservation peuvent se dégrader avec le temps.
  • Les brosses à mascara et autres applicateurs ramassent des microbes à chaque usage.
  • L’humidité de la salle de bain et la chaleur facilitent la croissance des microbes.

L’emballage aide. La revue de Molecules note que les pots et les flacons à large ouverture sont plus difficiles à protéger, alors que les systèmes fermés comme les pompes sans air et les tubes à ouverture étroite sont moins exposés à la contamination.

Le même test s’applique aux produits qui se passent des agents de conservation classiques. L’équipe de Scientific Reports a préparé des shampoings, des gels douche et une lotion protégés par une combinaison d’ingrédients multifonctionnels, c’est-à-dire des ingrédients qui ont un autre rôle principal, mais qui freinent aussi la croissance microbienne. Tous ont réussi le test avec des résultats semblables à ceux des versions conservées de façon conventionnelle. Quelle que soit la stratégie, le test est le même.

Ce que ça change quand vous magasinez

  • Un produit à base d’eau sans aucun système de conservation serait un risque. Un produit bien testé ne l’est pas.
  • Les pompes et les tubes ménagent mieux une formule que les pots ouverts, surtout pour un produit que vous utiliserez lentement.
  • N’ajoutez pas d’eau à un produit et ne partagez pas votre maquillage pour les yeux.
  • Jetez tout produit qui a changé de couleur, qui s’est séparé ou qui dégage une odeur inhabituelle.

Si un produit cause de la rougeur, de la douleur ou de l’enflure, surtout autour des yeux, cessez de l’utiliser et consultez votre médecin ou votre pharmacien.

Ce qu’il faut retenir : la conservation n’est pas une devinette. Les entreprises peuvent contaminer volontairement leurs produits avec des microbes coriaces et bien connus, puis compter ce qui survit pendant quatre semaines. Un produit qui réussit est conçu pour supporter l’usage quotidien, et vos habitudes d’entreposage font le reste.

Questions liées

Tous les cosmétiques vendus au Canada doivent-ils réussir un challenge test ?

La Loi sur les aliments et drogues fixe le résultat plutôt que la méthode : personne ne peut vendre un cosmétique contenant une substance susceptible de nuire à l’utilisateur, ni en fabriquer dans des conditions non hygiéniques. Le challenge test est la méthode sur laquelle l’industrie et les normes internationales s’appuient pour montrer qu’un système de conservation fonctionne, alors il fait partie du développement courant des produits à base d’eau.

Les produits « sans agent de conservation » passent-ils aussi ce test ?

Ils le devraient, parce que la question est la même : le produit résiste-t-il aux microbes ? Une étude publiée en 2024 dans Scientific Reports a préparé des shampoings, des gels douche et des lotions protégés par des ingrédients multifonctionnels plutôt que par des agents de conservation classiques, et ils ont réussi le test avec des résultats semblables à ceux des versions conventionnelles.

Que veut dire une « réduction logarithmique » ?

C’est une façon de compter les microbes éliminés. Une réduction de 1 log signifie que le nombre a été divisé par dix (90 % de moins), 2 log par cent (99 % de moins) et 3 log par mille (99,9 % de moins). Les challenge tests fixent l’ampleur de la baisse exigée à chaque étape.

Si un produit a réussi un challenge test, puis-je le garder indéfiniment ?

Non. La FDA américaine note que les agents de conservation peuvent se dégrader avec le temps, et que les doigts, les applicateurs, l’humidité de la salle de bain et la chaleur ajoutent tous à la charge. Un test réussi veut dire que le produit était bien protégé à sa conception, pas qu’il dure pour toujours une fois ouvert.

Sources

  1. Cosmetics preservation: a review on present strategiesMolecules (Halla et al.), 2018
  2. Preparation of self-preserving personal care cosmetic products using multifunctional ingredients and other cosmetic ingredientsScientific Reports (Senthilkumar et al.), 2024
  3. Food and Drugs Act (R.S.C., 1985, c. F-27), sections 16 and 18Justice Laws Website, Government of Canada, 2025
  4. Microbiological safety and cosmeticsUS Food and Drug Administration, 2024
  5. Shelf life and expiration dating of cosmeticsUS Food and Drug Administration, 2022

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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