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Articles Comment les affirmations sont testées

« Testé » ou « recommandé » par des dermatologues : quelle différence ?

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

Deux petites phrases reviennent sur une foule d’hydratants, de nettoyants et de lingettes pour bébé : « testé par des dermatologues » et « recommandé par des dermatologues ». Elles se ressemblent, mais elles ne veulent pas dire la même chose, et aucune ne signifie autant que l’emballage voudrait vous le laisser croire.

Ces mentions sont-elles réglementées au Canada ?

Réponse courte : non. La page de Santé Canada sur les termes de marketing des cosmétiques est claire. « Testé par des dermatologues » signifie qu’un test a été réalisé pour s’assurer que le produit n’irrite pas, ou irrite moins, la peau ou les yeux, et qu’un dermatologue a participé au test à un moment donné. Puis vient l’essentiel : aucune réglementation ne normalise le type ou le nombre de tests nécessaires pour utiliser cette mention.

Même chose pour « recommandé par des dermatologues ». Les lignes directrices de l’industrie publiées par les Normes canadiennes de la publicité avec Santé Canada placent « Dermatologist tested » et « Recommended/Developed by doctors/dermatologists » sous la rubrique « Endorsement » (endossement). Elles figurent dans la colonne des allégations non thérapeutiques : une entreprise peut donc les utiliser sans demander la permission à Santé Canada. Une seule condition : l’allégation doit être vraie et vérifiable, et l’entreprise doit pouvoir la justifier si on le lui demande.

Ce sont donc des promesses que l’entreprise fait seule, sans que personne ne vérifie d’avance.

Ce que « testé par des dermatologues » implique habituellement

Derrière la plupart de ces étiquettes, il y a un test de tolérance cutanée, et le plus fréquent est le test épicutané (patch test). On applique une petite quantité de produit sur la peau sous un timbre pendant un temps donné, puis une personne formée cherche des rougeurs, de l’enflure ou des démangeaisons.

La version la plus poussée s’appelle le test épicutané à applications répétées, ou HRIPT en anglais. Une revue publiée en 2009 dans Cutaneous and Ocular Toxicology en décrit le protocole type : environ 100 à 200 volontaires, neuf applications sur trois semaines, une pause de deux semaines, puis un dernier timbre « de provocation » pour voir si la peau s’est sensibilisée (a appris à réagir). Un dermatologue peut concevoir l’étude, évaluer les réactions ou simplement l’approuver : chacun de ces rôles suffit pour la mention « testé ».

Trois choses à savoir sur ces tests :

  • Ils portent sur la sécurité, pas sur la performance. Un test réussi indique que le produit n’a pas irrité le groupe. Il ne dit rien sur son pouvoir hydratant ou apaisant.
  • Ils utilisent des conditions exagérées. Le produit reste sous un timbre occlusif pendant 24 ou 48 heures, rien à voir avec une crème qu’on étale le matin. C’est voulu : c’est un test de résistance.
  • Ils peuvent rater les réactions rares. La même revue note qu’avec une centaine de personnes, une réaction touchant moins de 1 % des utilisateurs a peu de chances d’apparaître.

Le test n’est pas inutile ; c’est un filtre raisonnable contre l’irritation courante. Il ne répond simplement pas à « est-ce que ça va marcher pour moi ? ».

Ce que « recommandé par des dermatologues » implique habituellement

Ici, c’est une autre histoire. La plupart du temps, cette mention vient d’un sondage. Une entreprise (ou une firme qu’elle engage) demande à des dermatologues quels produits ils suggèrent à leurs patients. Si assez d’entre eux nomment le produit, la phrase se retrouve sur la boîte.

Les lignes directrices ne précisent ni combien de médecins doivent être interrogés ni comment formuler la question. La même phrase peut donc reposer sur un grand sondage national bien mené, ou sur une poignée de médecins à qui on a posé une question orientée.

Point plus subtil : le guide de la Federal Trade Commission américaine sur les produits de santé indique qu’un annonceur qui s’appuie sur un expert doit s’assurer que celui-ci a réellement examiné ou testé le produit d’une manière jugée suffisante dans son domaine. Le guide est américain, mais la logique voyage bien : une recommandation vaut ce que valent ses raisons. Les médecins ont-ils vu des données, ou seulement reconnu un nom ?

Une recommandation est une opinion, pas une mesure. Elle peut être bien informée. Vous ne pouvez tout simplement pas le savoir en lisant l’étiquette.

Ce que la loi exige vraiment

Au Canada, le filet de sécurité est la Loi sur la concurrence. Le Bureau de la concurrence explique qu’on ne peut pas faire d’allégation sur le rendement ou l’efficacité d’un produit à moins qu’elle ne repose sur une « épreuve suffisante et appropriée », réalisée avant que l’allégation soit faite. C’est à l’entreprise de le prouver.

Le Bureau décrit une épreuve appropriée : conditions contrôlées, subjectivité minimale, usage réel du produit, et un résultat qui appuie l’impression générale de la publicité. Il met aussi en garde contre les résultats isolés, les conclusions sans signification statistique et les études faites sur un produit semblable plutôt que sur le produit lui-même.

Si l’impression donnée est « efficacité prouvée » et que la preuve est un petit test d’irritation, il y a un écart. En pratique, toutefois, la loi s’applique après coup, généralement quand quelqu’un porte plainte. Personne n’examine l’allégation avant que le produit arrive en tablette.

Les questions à poser

Pas besoin de sarrau. Quelques questions font l’essentiel du travail :

  • Testé pour quoi ? L’irritation ? L’allergie ? L’hydratation ? Si l’étiquette ne le dit pas, supposez qu’il s’agit d’un test de sécurité seulement.
  • Sur combien de personnes ? Un chiffre est bon signe ; une formule vague sans chiffre, un signe faible.
  • Recommandé par combien de médecins, et interrogés comment ? « Recommandé par des dermatologues » peut vouloir dire trois. « Dans un sondage auprès de 400 dermatologues » en dit beaucoup plus.
  • Qui a payé ? Presque toujours l’entreprise. Le résultat n’est pas faux pour autant, mais l’étude visait à montrer le produit sous son meilleur jour.
  • Y a-t-il une allégation distincte sur les résultats ? Un test de sécurité et un test de performance sont deux études différentes. Une seule phrase sur l’étiquette ne couvre pas les deux.

Si vous avez la peau sensible ou de l’eczéma (dermatite atopique, cette affection où la peau est sèche, rouge et démange), « testé par des dermatologues » est un premier filtre raisonnable, pas une garantie. Essayez tout nouveau produit sur une petite zone de peau pendant quelques jours. Et si une irritation ne se calme pas deux semaines après avoir cessé le produit, consultez votre médecin ou votre pharmacien.

Ce qu’ajoute un examen indépendant

Puisque personne ne vérifie ces allégations avant la mise en vente, la pièce manquante, c’est quelqu’un qui lit les preuves. Un examen indépendant, c’est quand des gens sans intérêt dans le produit lisent les rapports de test, vérifient la conception de l’étude (combien de personnes, quelle mesure, quelle durée, quelle comparaison) et confrontent tout ça aux mots sur l’étiquette.

Ce n’est ni une garantie de sécurité ni une approbation gouvernementale. Ça répond à la seule question que l’étiquette ne pose jamais : le test était-il assez bon pour appuyer l’allégation ?

À retenir : « testé par des dermatologues » veut généralement dire qu’un médecin a supervisé un test de sécurité contre l’irritation, pas un test d’efficacité. « Recommandé par des dermatologues » veut généralement dire un sondage de médecins, de taille et de méthode inconnues. Aucune des deux n’est réglementée au Canada ; les deux doivent être vraies, mais personne ne vérifie d’avance. Demandez ce qui a été testé, sur combien de personnes et qui a payé, et voyez ces phrases comme un point de départ plutôt qu’une réponse.

Questions liées

La mention « testé par des dermatologues » est-elle réglementée au Canada ?

Non. Santé Canada explique qu’elle signifie généralement qu’un test a été fait pour vérifier que le produit n’irrite pas (ou irrite moins) la peau ou les yeux, et qu’un dermatologue y a participé à un moment donné. Mais aucune règle ne précise le type de test, le nombre de personnes ni le résultat exigé. La mention doit seulement être vraie et vérifiable.

« Testé par des dermatologues » veut-il dire que le produit fonctionne ?

Pas en soi. Le test derrière cette mention porte presque toujours sur la sécurité : le produit irrite-t-il la peau ou déclenche-t-il une réaction allergique ? Savoir s’il hydrate, apaise les rougeurs ou améliore quoi que ce soit demande une autre étude. Cherchez une mention qui précise ce qui a été mesuré et sur combien de personnes.

Que cache habituellement « recommandé par des dermatologues » ?

Le plus souvent, un sondage. Une entreprise demande à un groupe de dermatologues quels produits ils suggèrent, et si assez d’entre eux répondent oui, la phrase se retrouve sur l’emballage. Au Canada, les Normes de la publicité la classent comme une allégation d’endossement qui n’exige aucune approbation préalable, mais qui doit être vraie et vérifiable.

Qu’apporte un examen indépendant ?

Quelqu’un d’extérieur à l’entreprise lit les vraies données du test, vérifie la conception de l’étude et compare la formulation de l’étiquette avec ce qui a réellement été démontré. Ça ne rend pas un produit sûr ou efficace, mais ça vous dit si l’allégation sur la boîte correspond aux preuves, ce que vous ne pouvez pas voir en magasin.

Sources

  1. Cosmetic advertising, labelling and ingredientsHealth Canada, 2023
  2. Guidelines for the Nonprescription and Cosmetic Industry Regarding Non-therapeutic Advertising and Labelling ClaimsAdvertising Standards Canada, with Health Canada, 2016
  3. Performance claims not based on an adequate and proper testCompetition Bureau Canada, 2022
  4. Health Products Compliance GuidanceUS Federal Trade Commission, 2022
  5. The human repeated insult patch test in the 21st century: A commentary (Cutaneous and Ocular Toxicology 28(2):49–53)Basketter DA, 2009

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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