« Exfoliant chimique », ça sonne inquiétant jusqu’à ce qu’on comprenne que c’est simplement un acide qui décolle les cellules mortes au lieu d’un gommage qui les frotte. Les deux familles sur les étiquettes sont les AHA et les BHA, et elles ne font pas le même travail. Voici comment chacune agit, à qui elle convient, pourquoi l’écran solaire devient incontournable, et ce que Santé Canada permet en tablette.
C’est quoi, exfolier, au juste ?
La couche la plus externe de votre peau est faite de cellules mortes aplaties, collées ensemble et constamment éliminées par le dessus à mesure que de nouvelles arrivent du dessous. Quand cette élimination ralentit ou devient inégale, la peau paraît terne et rugueuse, les pores se bouchent et l’hydratant reste sur une couche de vieilles cellules.
Les exfoliants accélèrent l’élimination. Les exfoliants physiques (gommages, brosses) le font par friction. Les exfoliants chimiques desserrent la « colle » entre les cellules mortes pour qu’elles se détachent d’elles-mêmes. Fait en douceur, c’est tout ce qu’un exfoliant chimique est. Fait trop fort ou trop souvent, c’est un irritant.
Les AHA : acides glycolique et lactique
AHA signifie acide alpha-hydroxylé. Les deux que vous croiserez le plus sont l’acide glycolique et l’acide lactique. Les deux se dissolvent dans l’eau, ce qui veut dire qu’ils agissent surtout en surface, sur la couche externe morte. Ils n’entrent pas dans les pores gras.
Ce qu’ils font :
- Décoller les cellules mortes de surface pour qu’elles tombent, d’où une peau plus lisse en quelques semaines. La FDA américaine décrit simplement les AHA comme des ingrédients qui exfolient en faisant peler la surface de la peau. La biologie précise est encore à l’étude.
- Les AHA ont un deuxième rôle : ce sont des humectants, des ingrédients qui attirent et retiennent l’eau dans la couche externe. DermNet les classe avec la glycérine et l’urée dans cette catégorie. C’est en partie pourquoi l’acide lactique est si fréquent dans les lotions pour le corps destinées à la peau rugueuse et sèche.
Les AHA sont le choix pour la texture rugueuse, le teint terne, les dommages solaires légers et le teint inégal. Ils conviennent mieux à la peau normale, sèche ou abîmée par le soleil qu’à la peau grasse et sujette aux boutons.
Le BHA : l’acide salicylique
BHA signifie acide bêta-hydroxylé, et en soins de la peau ça désigne un seul ingrédient : l’acide salicylique. Sa caractéristique clé, c’est qu’il se dissout dans l’huile plutôt que dans l’eau. Une revue de 2015 le décrit comme « miscible avec les lipides de l’épiderme et des glandes sébacées », une façon technique de dire qu’il peut suivre le sébum jusque dans vos pores.
Dans un pore, il fait deux choses :
- Il desserre les liens entre les cellules mortes qui tapissent le follicule, pour que les bouchons se défassent. La revue prend soin de parler d’action « desmolytique » (il perturbe les jonctions entre cellules) plutôt que de dissolution de la kératine.
- Il ralentit l’élimination des cellules à l’intérieur du follicule qui, autrement, s’accumuleraient en nouveaux bouchons, comme le décrit DermNet.
Cette combinaison fait de l’acide salicylique l’exfoliant des points noirs, points blancs, peaux grasses et acné légère. La revue de 2015 note qu’il aide aussi contre les marques foncées que l’acné laisse derrière.
Le compromis : il peut assécher. Dans la revue de 2015, la sécheresse était l’effet secondaire le plus souvent noté des peelings à l’acide salicylique, avec une rougeur et une desquamation passagères qui se calmaient en une semaine environ.
Irritation et sensibilité au soleil
Les deux acides peuvent piquer, rougir, assécher et faire peler la peau, surtout à forte concentration, sur une peau abîmée ou combinés à d’autres actifs.
Les AHA ont un problème de plus. Des études commanditées par la FDA américaine ont trouvé qu’après quatre semaines d’application d’une crème AHA, la peau des volontaires était 18 pour cent plus sensible à la rougeur causée par les UV, et que les dommages cellulaires dus aux UV avaient à peu près doublé. Bonne nouvelle : l’effet était réversible ; une semaine après l’arrêt, il n’y avait plus de différence significative. Entre 1992 et 2004, la FDA a aussi enregistré 114 rapports d’effets indésirables pour des produits AHA : brûlures, dermatite, enflure, cloques et brûlures chimiques.
C’est pourquoi les produits AHA doivent porter des mises en garde au Canada, et pourquoi le conseil pratique est simple : si vous utilisez un AHA, portez un écran solaire chaque jour, et continuez au moins une semaine après avoir arrêté.
Quelques précautions de plus :
- L’acide salicylique traverse la peau. Sur de grandes surfaces, à forte concentration ou sur une peau lésée, ça peut s’accumuler. DermNet indique qu’il ne convient pas aux enfants de moins de deux ans et que les personnes enceintes ou qui allaitent devraient d’abord en parler à leur médecin.
- Ne combinez pas les acides avec des rétinoïdes, du peroxyde de benzoyle, des toniques à l’alcool ou des gommages le même soir.
- N’utilisez ni l’un ni l’autre sur une poussée d’eczéma, un coup de soleil ou une peau lésée.
Les règles canadiennes sur la concentration
Santé Canada encadre les acides hydroxylés par deux listes, et les chiffres valent la peine d’être connus.
La Liste critique des ingrédients cosmétiques, qui fixe ce que les cosmétiques peuvent contenir, permet :
- Les AHA dans les produits grand public de 3 à 18 pour cent, à un pH de 3,5 ou plus. Entre 18 et 30 pour cent, ou à un pH entre 3,0 et 3,5, c’est réservé à l’usage professionnel.
- Des mises en garde obligatoires sur les produits AHA : utiliser seulement selon le mode d’emploi, éviter le contact avec les yeux, cesser si l’irritation persiste, et couvrir d’un écran solaire les zones traitées avant l’exposition au soleil.
- L’acide salicylique dans les cosmétiques à un maximum de 2 pour cent.
La Liste des drogues sur ordonnance prend le relais en haut de l’échelle : les AHA au-delà de 30 pour cent ou sous un pH de 3,0, et l’acide salicylique au-delà de 20 pour cent ou sous un pH de 3,0, sont des médicaments d’ordonnance (avec des exceptions pour les produits contre les verrues, cors et durillons).
Un « tonique glycolique à 10 pour cent » est donc un cosmétique ; un peeling à 30 pour cent a sa place en clinique. Et un produit à 2 pour cent d’acide salicylique est aussi fort qu’un cosmétique peut l’être, ce qui suffit amplement pour un usage quotidien.
À quelle fréquence, et comment commencer
- Choisissez un seul acide pour commencer. AHA pour la texture et la sécheresse, BHA pour les pores et les boutons.
- Commencez deux ou trois soirs par semaine. Un léger picotement est normal ; une brûlure, non.
- Appliquez sur une peau propre et sèche, attendez une minute, puis hydratez. L’hydratant après réduit la sécheresse.
- Écran solaire chaque matin, surtout avec les AHA, l’hiver canadien comme l’été.
- Si l’irritation dure plus de quelques jours après l’arrêt, ou si l’acné empire plutôt que de s’améliorer après deux mois, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Des options plus fortes existent sur ordonnance.
Vous pouvez parcourir les exfoliants évalués par le comité ou filtrer les produits adaptés à la peau acnéique.
En résumé : les AHA agissent en surface et conviennent à la peau rugueuse, sèche ou abîmée par le soleil ; l’acide salicylique agit dans le pore et convient à la peau grasse et congestionnée. Les deux sont efficaces à des concentrations modestes, les deux demandent du respect, et les AHA exigent un écran solaire. Allez-y doucement, un à la fois, et laissez les limites de Santé Canada vous rassurer : les produits en tablette sont conçus pour la maison.
Questions liées
Devrais-je utiliser un AHA ou un BHA ?
Ça dépend du problème. Pour une peau terne, rugueuse ou d’apparence sèche et pour les ridules, un AHA comme l’acide glycolique ou lactique agit en surface. Pour les points noirs, les pores bouchés et la peau grasse sujette à l’acné, l’acide salicylique (un BHA) se dissout dans l’huile et entre dans le pore. La peau sensible tolère généralement mieux l’acide lactique ou l’acide salicylique à faible concentration.
À quelle fréquence exfolier avec des acides ?
Moins souvent que vous pensez. Commencez deux ou trois fois par semaine et n’augmentez que si votre peau reste calme. L’usage quotidien convient à certaines personnes et pas à d’autres. Un picotement qui passe en une minute est courant ; une rougeur, une brûlure ou une desquamation persistantes signifient que vous en faites trop. Ne superposez pas un acide avec un rétinoïde ou un gommage le même soir.
Les acides font-ils vraiment brûler plus vite au soleil ?
Les AHA, oui. Dans des études commanditées par la FDA américaine, quatre semaines d’AHA ont augmenté de 18 pour cent la sensibilité de la peau à la rougeur causée par les UV et doublé les dommages cellulaires dus aux UV. L’effet a disparu dans la semaine suivant l’arrêt. C’est pourquoi les étiquettes canadiennes d’AHA doivent vous dire d’utiliser un écran solaire. Avec une routine AHA, l’écran solaire quotidien n’est pas facultatif.
Quelle concentration puis-je acheter sans ordonnance au Canada ?
Pour les AHA, Santé Canada permet des produits grand public de 3 à 18 pour cent à un pH de 3,5 ou plus ; au-delà de 30 pour cent ou sous un pH de 3, c’est sur ordonnance seulement. Pour l’acide salicylique, les cosmétiques sont plafonnés à 2 pour cent. Les concentrations plus élevées sont des peelings professionnels ou des médicaments, pas des produits à utiliser à la maison.
Sources
- Cosmetic Ingredient Hotlist
- Prescription Drug List: list related to drugs for human use
- Alpha Hydroxy Acids
- Salicylic acid as a peeling agent: a comprehensive review
- Salicylic acid
- Emollients and moisturisers
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.