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Ce que « biodégradable » veut vraiment dire sur un savon ou un détergent

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

« Biodégradable » sonne comme une promesse claire : vous l’utilisez, vous rincez, la nature fait le reste. Mais presque toute substance organique finit par se dégrader, si on lui laisse le temps. Le mot n’a de sens que lorsqu’un test le soutient, avec un chronomètre et un seuil de réussite. Voici ce test, ce qu’il dit des savons et des détergents, et ce que la loi canadienne attend de l’allégation.

Pourquoi « biodégradable » a besoin d’une définition

La biodégradation, c’est la décomposition d’une substance par des êtres vivants, surtout des bactéries, en molécules plus simples. Poussée jusqu’au bout, elle donne du gaz carbonique, de l’eau et des minéraux. Les scientifiques appellent ça la « biodégradation ultime ». Une version plus faible, la « biodégradation primaire », signifie seulement que la molécule d’origine s’est transformée en autre chose, inoffensive ou non.

Le problème, c’est le temps. Un t-shirt de coton est biodégradable. Un arbre tombé aussi, en quelques décennies. « Biodégradable » sans délai ni test ne vous dit pas grand-chose. La question utile n’est pas « est-ce que ça se dégrade ? » mais « à quelle vitesse, jusqu’où, et dans quelles conditions ? »

Le test de référence : OCDE 301

La référence la plus utilisée est un ensemble d’essais de laboratoire publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques, la série OCDE 301 (adoptée en 1992). C’est elle qu’invoquent les organismes de réglementation et les fabricants quand ils disent qu’une substance est « facilement biodégradable ».

La ligne directrice décrit six méthodes, de 301 A à 301 F. Certaines suivent la disparition du carbone organique dissous dans l’eau, d’autres mesurent le gaz carbonique produit ou l’oxygène consommé pendant que les microbes « mangent » la substance. Toutes suivent le même principe : on dissout la substance dans une eau minérale, on ajoute des microbes (généralement des boues activées d’une usine d’épuration), on aère, on garde à l’obscurité, et on observe.

Les 28 jours et le seuil de réussite

Le test dure normalement 28 jours. Pour être dite facilement biodégradable, la substance doit atteindre un seuil : 70 pour cent d’élimination du carbone organique dissous, ou 60 pour cent de la demande théorique en gaz carbonique ou en oxygène pour les méthodes qui mesurent la « respiration ». Le seuil de 60 pour cent est plus bas parce qu’une partie du carbone sert à fabriquer de nouvelles cellules bactériennes au lieu d’être libérée en gaz.

Deuxième condition, la fenêtre de 10 jours : une fois la dégradation rendue à 10 pour cent, la substance doit atteindre le seuil dans les 10 jours suivants, le tout à l’intérieur des 28. Une substance qui n’y arrive qu’après le jour 28 n’est explicitement pas classée facilement biodégradable.

Ce que le test est, et n’est pas

La ligne directrice précise elle-même que les méthodes sont sévères, et qu’un faible résultat ne veut pas forcément dire que la substance ne se biodégradera pas dans l’environnement, seulement qu’il faudra d’autres travaux pour le montrer. Les vraies rivières et les vraies usines d’épuration ont plus de microbes, plus de temps et d’autres conditions qu’une fiole. Le test est volontairement exigeant pour qu’une réussite veuille dire quelque chose.

Comment les tensioactifs de votre détergent se dégradent vraiment

Les tensioactifs sont les molécules nettoyantes du savon et du détergent. Une extrémité aime l’eau, l’autre aime le gras, ce qui leur permet de décoller la graisse du tissu ou de la peau et de l’emporter au rinçage.

Une revue scientifique évaluée par les pairs décrit la suite. Les tensioactifs arrivent aux usines d’épuration, où ils sont en partie décomposés par des bactéries qui utilisent l’oxygène, et en partie adsorbés sur les boues d’épuration, la matière solide qui se dépose. Une partie de ces boues est ensuite épandue sur des terres.

La revue conclut que les tensioactifs anioniques les plus courants (le type à charge négative de la plupart des détergents à lessive et de bien des gels douche) posent peu de risque dans un sol riche en oxygène, avec des marges de sécurité estimées à plus de cent fois. Deux réserves :

  • Certains produits de dégradation comptent plus que la molécule de départ. Une ancienne famille de tensioactifs non ioniques, les alkylphénols éthoxylés, se dégrade en substances à activité semblable aux œstrogènes, une des raisons pour lesquelles on les a retirés des produits ménagers dans bien des pays.
  • L’oxygène compte. En conditions anaérobies, comme dans les boues profondes ou les sédiments, la biodégradation est plus lente et moins bien comprise, et la revue signale un manque de données pour les tensioactifs cationiques (à charge positive), ceux des assouplissants.

Dire que « les tensioactifs modernes se biodégradent » est donc globalement vrai, avec la même réserve que tout le reste ici : dans une usine d’épuration, avec de l’oxygène, en quelques jours ou semaines.

Ce que la loi canadienne attend de l’allégation

Le Canada ne définit pas « biodégradable » dans un règlement. Le mot est plutôt une allégation environnementale, et ces allégations relèvent de la Loi sur la concurrence, appliquée par le Bureau de la concurrence.

Le guide du Bureau, « Les allégations environnementales et la Loi sur la concurrence », a été publié le 5 juin 2025. Son premier principe : les allégations doivent être véridiques, dans leur sens littéral comme dans l’impression générale qu’elles créent. Son deuxième : les allégations sur les avantages environnementaux d’un produit doivent reposer sur des essais suffisants et appropriés, faits avant l’allégation et adaptés à celle-ci. Le guide note que les tribunaux ont jugé qu’une longue expérience des consommateurs, par exemple, n’est pas un essai.

Le Bureau met aussi en garde contre le flou. Son exemple est « écologique » : un mot qui peut laisser croire que le produit est bon pour l’environnement sur tout son cycle de vie, alors que les preuves n’en couvrent peut-être qu’une partie. « Biodégradable » sans délai, sans conditions et sans test comporte le même risque. Une allégation précise, comme « tensioactifs facilement biodégradables selon OCDE 301 », respecte mieux ces principes.

Un changement récent : la page du Bureau sur l’écoblanchiment note qu’en mars 2026, le Parlement a retiré une exigence distincte, ajoutée en 2024, voulant que les allégations sur les activités environnementales d’une entreprise reposent sur une « méthodologie reconnue à l’échelle internationale ». L’exigence d’essais pour les allégations sur un produit s’applique toujours à votre bouteille de détergent.

Lire l’étiquette à la maison

Quelques traductions pratiques :

  • « Biodégradable » tout seul : une allégation sans chronomètre. Pas fausse, mais pas informative.
  • « Facilement biodégradable » ou « biodégradable selon OCDE 301 » : le fabricant pointe vers un test normalisé avec un seuil à 28 jours. C’est une vraie allégation, qui l’engage.
  • « Tensioactifs biodégradables » : ça parle des agents nettoyants, pas du parfum, des agents de conservation ni des colorants.
  • « À base de plantes » : ça dit d’où vient le carbone, pas à quelle vitesse il se dégrade. Un tensioactif d’origine végétale ou pétrolière peut réussir ou échouer le test.

Rien de tout ça ne change la façon d’utiliser le produit. La biodégradation prend des jours et exige des microbes et de l’oxygène : l’eau de lavage va dans le drain, pas dans un ruisseau, quoi que dise l’étiquette. Si vous comparez des produits, vous pouvez parcourir les produits pour la lessive en gardant la règle des 28 jours en tête.

En résumé : « biodégradable » est une promesse sur ce qui se passe après le rinçage, et elle ne vaut que ce que vaut le test derrière. Cherchez un délai et une norme, attendez-vous à ce que l’allégation vise les tensioactifs plutôt que toute la formule, et traitez les mots sans l’un ni l’autre comme de la décoration.

Questions liées

Le mot « biodégradable » est-il réglementé au Canada ?

Le mot lui-même n’a pas de définition légale. Mais c’est une allégation environnementale, et la Loi sur la concurrence exige qu’une allégation sur les avantages environnementaux d’un produit repose sur des essais suffisants et appropriés faits avant l’allégation. Le guide 2025 du Bureau de la concurrence met aussi en garde contre les allégations vagues qui exagèrent un avantage.

Que veut dire « facilement biodégradable » ?

C’est un résultat de laboratoire précis. Dans les essais OCDE 301, une substance est facilement biodégradable si elle atteint le seuil de réussite, 60 ou 70 pour cent selon la méthode, en 28 jours, et ce dans une fenêtre de 10 jours une fois la dégradation amorcée. Une substance plus lente n’a pas droit à ce qualificatif, même si elle finit par se dégrader.

Les tensioactifs des détergents ordinaires se biodégradent-ils ?

Les principaux utilisés aujourd’hui, en grande partie oui, dans les conditions riches en oxygène d’une usine d’épuration. Une revue publiée note que les tensioactifs anioniques courants y sont en partie dégradés et en partie adsorbés sur les boues, et que certains anciens tensioactifs non ioniques donnent des produits de dégradation préoccupants. Sans oxygène, c’est plus lent.

« Biodégradable » veut-il dire que je peux le verser dans un lac ?

Non. La biodégradation prend des jours ou des semaines et dépend des microbes, de l’oxygène et de la dilution. Un produit qui réussit un test en laboratoire peut quand même nuire aux poissons ou aux plantes à la concentration d’un seau d’eau de lavage. C’est une allégation sur une dégradation éventuelle dans un système d’épuration, pas une permission d’éviter le drain.

Sources

  1. Test No. 301: Ready Biodegradability (OECD Guideline for Testing of Chemicals)OECD, 1992
  2. Environmental claims and the Competition ActCompetition Bureau Canada, 2025
  3. Environmental claims and greenwashingCompetition Bureau Canada, 2026
  4. The biodegradation of surfactants in the environmentBiochimica et Biophysica Acta (Scott MJ, Jones MN), 2000

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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