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« Clean », « naturel », « vert » : des mots de marketing face à la science

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

Dans n’importe quelle allée de soins de la peau, les mots sautent aux yeux : clean, naturel, vert, non toxique, sans produits chimiques. Ils ont l’air de catégories, comme si quelqu’un avait vérifié. Personne ne l’a fait. Ce sont des termes de marketing, et la science de ce qui est vraiment bon pour votre peau ne cadre pas très bien avec eux. Voici comment voir au-delà des mots.

Aucun de ces mots n’est défini par la loi

Commençons par le fait tout simple. Au Canada, aucun règlement ne définit « clean », « naturel » ou « vert » pour les cosmétiques. La règle de Santé Canada est générale : les allégations sur une étiquette ou dans une publicité doivent être exactes pour ne pas induire les gens en erreur, et si le ministre de la Santé soupçonne qu’une allégation est fausse, l’entreprise peut devoir fournir des preuves. C’est tout. Il n’y a pas de liste de ce qui compte comme naturel ni de seuil pour la part de la formule qui doit se qualifier.

Aux États-Unis, c’est pareil. La FDA dit que le terme « biologique » n’est pas défini dans les lois qu’elle applique (un programme distinct du département de l’Agriculture certifie l’agriculture biologique), et un éditorial de 2019 dans JAMA Dermatology, une grande revue de dermatologie, l’a dit sans détour : la FDA n’a pas défini « clean » ni « naturel », laissant les détaillants, les blogueurs et les vedettes définir la beauté clean à leur façon.

Alors quand deux produits disent tous deux « naturel », le mot peut vouloir dire « fait d’extraits de plantes », « contient un extrait de plante », « sans les ingrédients d’une liste que nous avons choisie », ou rien du tout. Chaque marque écrit sa propre définition, et aucune n’a à vous la montrer.

Les ingrédients naturels peuvent être des allergènes

L’idée la plus répandue derrière « naturel », c’est « doux ». La dermatologie dit autre chose.

La dermatite de contact allergique est une éruption rouge, qui pique, parfois avec des cloques, qui apparaît un jour ou deux après que la peau a touché une substance à laquelle le système immunitaire a appris à réagir. L’éditorial de JAMA Dermatology note que bien des produits dits naturels contiennent de fortes concentrations d’extraits végétaux, et que ces extraits sont une cause majeure de dermatite de contact, irritative comme allergique.

Les huiles essentielles en sont l’exemple le plus clair. DermNet, une référence en dermatologie utilisée par les cliniciens, cite les huiles d’arbre à thé, d’ylang-ylang, de citronnelle, de bois de santal, de clou de girofle, de jasmin et de narcisse parmi celles qui déclenchent souvent des réactions. Chaque huile peut contenir plus d’une centaine de constituants, ce qui explique que les personnes allergiques à l’une réagissent souvent à plusieurs. L’allergène est parfois un composant oxydé, c’est-à-dire que l’huile est devenue plus réactive après avoir été exposée à l’air. C’est pourquoi un flacon ouvert depuis des mois peut causer des ennuis alors qu’un flacon neuf n’en causait pas.

La FDA fait la même remarque à propos des ingrédients biologiques : l’origine d’un ingrédient ne détermine pas sa sécurité, et bien des plantes, cultivées de façon biologique ou non, contiennent des substances toxiques ou allergènes. La page de Santé Canada sur l’étiquetage ajoute qu’il n’existe aucun cosmétique non allergène. « Naturel » décrit une origine, pas la réaction de votre peau.

Les ingrédients synthétiques peuvent être sûrs

Le revers de « naturel, donc doux », c’est « chimique, donc nocif ». Tout est chimique, y compris l’eau et les huiles de votre peau, alors le mot ne dit rien. La question est toujours : quelle substance, en quelle quantité, sur quelle peau.

L’éditorial de JAMA Dermatology a passé en revue les ingrédients le plus souvent mis à l’index par le mouvement de la beauté clean. Il rapporte que le Cosmetic Ingredient Review, un groupe d’experts indépendant qui évalue la sécurité des ingrédients cosmétiques, a conclu que le propylèneglycol, les parabènes, les sulfates et bien d’autres ingrédients diabolisés sont non toxiques et non cancérogènes. Les parabènes, une famille d’agents de conservation, ont même été nommés « non-allergène de l’année » 2019 par l’American Contact Dermatitis Society, parce que leur taux d’allergie aux tests épicutanés est très bas, entre un demi pour cent et environ un et demi pour cent.

Ça ne veut pas dire que chaque ingrédient synthétique convient à tout le monde. Certaines personnes réagissent à certains agents de conservation ou à des ingrédients de parfum synthétiques. Mais le taux de réaction aux « méchants » habituels de la beauté clean est bas, et souvent plus bas que celui des extraits de plantes vendus pour les remplacer. Retirer un agent de conservation a aussi un prix : sans lui, un produit à base d’eau laisse pousser bactéries et moisissures.

Ce que les allégations « vert » et « écolo » doivent prouver

« Vert » est un mot d’une autre nature, parce qu’il parle de la planète plutôt que de votre peau. Il relève donc de la Loi sur la concurrence, appliquée par le Bureau de la concurrence, plutôt que de Santé Canada.

Le guide du Bureau sur les allégations environnementales, publié le 5 juin 2025, énonce des principes. Les allégations doivent être véridiques dans leur sens littéral comme dans l’impression générale qu’elles créent. Les allégations sur les avantages environnementaux d’un produit doivent reposer sur des essais suffisants et appropriés, faits avant l’allégation. Et les allégations vagues sont risquées : l’exemple du Bureau est « écologique », qui peut suggérer qu’un produit est bon pour l’environnement sur tout son cycle de vie alors que les preuves n’en couvrent qu’une partie.

C’est une lunette utile devant une bouteille de shampooing. « Vert » tout seul, c’est la version vague. « Bouteille faite à 50 pour cent de plastique recyclé » ou « tensioactifs facilement biodégradables », ce sont des allégations précises qui engagent l’entreprise.

Comment lire au-delà des mots

Si les étiquettes ne vous disent pas ce qu’il y a dans le flacon, la liste d’ingrédients le fera. Au Canada, les cosmétiques doivent lister leurs ingrédients selon une nomenclature normalisée, l’INCI, et à partir de 2026, les allergènes de parfum les plus courants devront être nommés un à un plutôt que cachés sous « parfum ». C’est plus utile que n’importe quel mot en façade.

Quelques habitudes qui aident :

  • Retournez le produit et lisez la liste. Les ingrédients y figurent à peu près par ordre de quantité, alors les cinq ou six premiers vous disent de quoi le produit est surtout fait.
  • Si vous avez déjà réagi à un soin, cherchez les noms précis des huiles essentielles et des allergènes de parfum au lieu de vous fier à « naturel ».
  • Traitez les listes « sans » comme une description des choix marketing de la marque, pas comme une preuve que ce qui reste est plus doux.
  • Pour les allégations environnementales, cherchez un chiffre, une norme ou une certification plutôt qu’un adjectif.
  • Si une éruption revient sans cesse, un médecin ou un dermatologue peut faire des tests épicutanés, qui identifient l’ingrédient exact auquel vous réagissez. C’est bien plus fiable que de deviner à partir des étiquettes.

Vous n’avez pas à renoncer aux produits que vous aimez parce qu’ils disent « naturel » ou « clean ». Ne laissez simplement pas le mot décider à votre place. Votre peau réagit à des molécules précises en quantités précises, et le seul endroit où elles sont écrites, c’est la liste d’ingrédients.

Questions liées

« Naturel » est-il une allégation réglementée sur les cosmétiques au Canada ?

Non. Ni le Canada ni les États-Unis ne définissent « naturel », « clean » ou « biologique » pour les cosmétiques. Santé Canada exige seulement que les allégations soient exactes et non trompeuses, et peut demander des preuves. La FDA américaine dit clairement que « biologique » n’est pas défini dans les lois qu’elle applique et que l’origine d’un ingrédient ne détermine pas sa sécurité.

Les ingrédients naturels peuvent-ils causer des réactions cutanées ?

Oui, et souvent. Les huiles essentielles comme l’arbre à thé, l’ylang-ylang, la citronnelle, le clou de girofle et le bois de santal sont des causes reconnues de dermatite de contact allergique, une éruption qui pique et apparaît avec retard, déclenchée par le système immunitaire. Un éditorial de JAMA Dermatology note que les extraits végétaux sont une cause majeure de dermatite de contact, irritative et allergique.

Les ingrédients que la « beauté clean » évite sont-ils vraiment dangereux ?

Selon les preuves, en général non. Le même éditorial rapporte que le Cosmetic Ingredient Review a jugé le propylèneglycol, les parabènes, les sulfates et bien d’autres ingrédients visés non toxiques et non cancérogènes, et que les parabènes ont été nommés « non-allergène de l’année » en 2019 parce qu’ils causent rarement des allergies. Les éviter est un choix, pas une exigence de sécurité.

Et les allégations « vert » ou « écolo » ?

Ce sont des allégations environnementales, qui relèvent au Canada de la Loi sur la concurrence. Le guide 2025 du Bureau de la concurrence dit qu’elles doivent être véridiques dans leur impression générale et, pour un produit, appuyées par des essais suffisants et appropriés. Il avertit que des mots vagues comme « écologique » peuvent suggérer un avantage sur tout le cycle de vie que les preuves ne soutiennent pas.

Sources

  1. Natural does not mean safe: the dirt on clean beauty productsJAMA Dermatology (Rubin CB, Brod B), 2019
  2. Allergic contact dermatitis to essential oilsDermNet, 2023
  3. “Organic” cosmeticsUS Food and Drug Administration, 2022
  4. Cosmetic advertising, labelling and ingredientsHealth Canada, 2025
  5. Environmental claims and the Competition ActCompetition Bureau Canada, 2025

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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