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« Non testé sur les animaux » ou « sans cruauté » : que promet l’étiquette ?

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

Un logo de lapin, les mots « sans cruauté », la mention « non testé sur les animaux ». On dirait la même promesse, mais non. Ces formules n’ont pas de sens normalisé, et deux produits portant les mêmes mots peuvent avoir des histoires très différentes.

Pourquoi ces mots n’ont pas de sens fixe

Ni « sans cruauté » ni « non testé sur les animaux » n’est défini dans un règlement. La Food and Drug Administration américaine le dit sans détour : les entreprises utilisent ces formules librement parce qu’elles n’ont aucune définition légale. Le Canada n’en avait pas non plus avant la fin de 2023, et la loi ne définit toujours pas les mots : elle fixe une règle sur les preuves.

L’allégation veut donc dire ce que l’entreprise a décidé. Les mêmes mots peuvent décrire trois situations très différentes. C’est le cœur du problème, et la raison pour laquelle tout le reste revient à demander : testé où, par qui, et quand ?

Produit fini, ingrédients ou fournisseurs ?

Imaginez un cosmétique comme une chaîne : le produit fini dans le flacon, les ingrédients qui le composent, et les fournisseurs qui ont fabriqué ces ingrédients. Des tests sur des animaux ont pu avoir lieu à n’importe quel maillon.

Le produit fini

La version la plus étroite : l’entreprise n’a pas testé la formule finale sur des animaux. C’est la promesse la plus facile à tenir, parce que les tests sur produits finis sont rares aujourd’hui. Elle ne dit rien des ingrédients.

Les ingrédients

Une allégation plus large : l’entreprise n’a pas non plus testé chaque ingrédient sur des animaux. La FDA souligne le piège : beaucoup d’ingrédients ont été testés sur des animaux il y a des années, à leur introduction, et ces données servent encore. Une entreprise peut dire honnêtement qu’elle ne teste pas « actuellement » tout en s’appuyant sur ces vieux résultats.

Les fournisseurs

L’allégation la plus large : l’entreprise vérifie que ses fournisseurs et ses laboratoires contractuels ne testent pas non plus sur des animaux. La FDA note qu’une entreprise peut écrire « non testé sur les animaux » même quand ses fournisseurs ont fait les tests. Seule une allégation qui couvre les fournisseurs ferme cette porte.

La vraie question est donc de savoir lequel de ces trois niveaux l’allégation couvre. La plupart des étiquettes ne le disent pas.

Pourquoi « produit fini non testé » est une petite promesse

Il faut savoir comment la sécurité est réellement établie. La FDA décrit ce que font les entreprises à la place des tests animaux : littérature scientifique publiée, méthodes d’essai sans animaux, données de sécurité des matières premières et essais contrôlés chez des volontaires humains. Tout ça est normal, et rien de ça n’implique de tests animaux par l’entreprise.

Mais « données de sécurité des matières premières », c’est là que l’histoire se cache. Le dossier d’un ingrédient peut contenir des études animales vieilles de plusieurs décennies, faites par quelqu’un d’autre. Une entreprise qui dit « nous ne testons pas » dit généralement la vérité sur son propre laboratoire tout en profitant de ce dossier.

Ce n’est pas un scandale ; c’est ainsi que fonctionne la science de la sécurité des ingrédients. Ça veut dire que « notre produit fini n’est pas testé sur les animaux » est une petite promesse, pas une grande. L’allégation que vous voudriez probablement, « aucun test animal, nulle part, par personne, dans la fabrication de ce produit », est bien plus difficile à faire honnêtement.

Ce que la loi canadienne exige depuis décembre 2023

Le projet de loi C-47, la Loi no 1 d’exécution du budget de 2023, a modifié la Loi sur les aliments et drogues, et les nouveaux articles sont entrés en vigueur le 22 décembre 2023. L’un d’eux, l’article 16.3, porte directement sur les allégations.

En langage simple : personne ne peut inscrire sur l’étiquette ou dans la publicité d’un cosmétique une allégation qui donne l’impression que le produit n’a pas été testé sur les animaux après le 22 décembre 2023, sans en détenir la preuve. Le ministre de la Santé peut la demander, et Santé Canada dit enquêter sur les plaintes.

Le document d’orientation de Santé Canada explique comment il lit l’allégation :

  • Une allégation sans date, comme « sans cruauté », est évaluée à partir du 22 décembre 2023.
  • Une allégation datée, comme « aucun test animal depuis 2025 », est évaluée à partir de cette date, jamais avant l’interdiction.
  • Les plaintes sur ce qu’une entreprise faisait avant l’interdiction peuvent plutôt être transmises au Bureau de la concurrence.

Il énumère aussi les preuves acceptées : une déclaration sous serment attestant qu’aucun test n’a eu lieu et que la sécurité repose seulement sur des données permises, un système de surveillance des fournisseurs, des audits indépendants et des procédures écrites montrant des vérifications régulières.

Remarquez ce que cette liste sous-entend : les preuves les plus solides touchent les fournisseurs et les audits. « Nous n’avons pas testé le produit final » est une preuve mince pour une étiquette que la plupart des gens lisent comme « aucun animal, nulle part ».

La Loi sur la concurrence et le test de l’« impression générale »

Une deuxième loi entre en jeu. La Loi sur la concurrence, appliquée par le Bureau de la concurrence, interdit les allégations fausses ou trompeuses sur un point important, c’est-à-dire une information qui pourrait influencer ce que vous achetez.

Le point clé, c’est que les tribunaux regardent à la fois le sens littéral et l’impression générale que crée l’allégation. Une phrase peut être littéralement vraie et quand même enfreindre la loi si le message d’ensemble induit en erreur. Un logo de lapin sur un produit dont les ingrédients viennent de fournisseurs qui testent pourrait soulever exactement cette question.

La page de Santé Canada sur l’étiquetage des cosmétiques ajoute la règle générale : les allégations doivent être exactes pour ne pas induire les gens en erreur, et le ministre peut demander des preuves.

Ce qu’ajoutent les logos de tiers, et ce qu’ils n’ajoutent pas

Les programmes de certification externes existent justement parce que les allégations autodéclarées sont vagues. Les meilleurs exigent qu’une entreprise vérifie ses fournisseurs, tienne des registres et accepte des audits, ce qui correspond aux preuves que Santé Canada dit accepter.

Mais un logo n’est pas une norme légale au Canada, et les programmes diffèrent. Certains vérifient les fournisseurs ; d’autres se contentent de la parole de l’entreprise. Un logo vous dit que l’entreprise a adhéré à quelque chose, pas à quoi, à moins de chercher le programme.

Rappelez-vous aussi que depuis 2023, tout nouveau test animal pour la sécurité d’un cosmétique est interdit au Canada, logo ou pas, mais que les données anciennes et les produits déjà en vente restent permis. On explique ces exceptions dans notre article sur l’interdiction.

Comment lire l’allégation en magasin

Une courte liste :

  • Demandez-vous quel maillon de la chaîne l’allégation couvre : produit fini, ingrédients ou fournisseurs. Si l’étiquette ne le dit pas, supposez le plus étroit.
  • Traitez un logo de lapin comme une invitation à chercher le programme, pas comme une preuve.
  • Souvenez-vous que « nous ne testons pas » veut dire « pas maintenant », et que les vieilles données sur les ingrédients servent encore.
  • Si vous croyez qu’une étiquette est fausse, Santé Canada reçoit les plaintes sur les allégations liées aux tests animaux, et le Bureau de la concurrence s’occupe de la publicité trompeuse en général.

« Non testé sur les animaux » a aujourd’hui un vrai poids légal au Canada, mais c’est une allégation sur des preuves, pas une garantie sur l’histoire. Le savoir vous permet d’acheter selon les faits plutôt que selon l’image du lapin.

Questions liées

Y a-t-il une différence légale entre « non testé sur les animaux » et « sans cruauté » ?

Non. Aucune des deux formules n’a de définition normalisée. Au Canada comme aux États-Unis, les organismes de réglementation les traitent comme des allégations faites par une entreprise, pas comme des catégories définies. Ce qui compte, c’est ce que l’entreprise peut prouver : produit fini seulement, ingrédients aussi, ou toute la chaîne d’approvisionnement.

Un produit « non testé sur les animaux » peut-il contenir des ingrédients qui l’ont été ?

Oui, assez souvent. Beaucoup d’ingrédients cosmétiques courants ont été testés sur des animaux il y a des décennies, à leur introduction, et ces données existent toujours. Une entreprise peut aussi acheter ses matières premières d’un fournisseur qui a fait des tests. L’allégation veut généralement dire que l’entreprise n’a pas fait de nouveaux tests sur son produit fini.

Qu’exige la loi canadienne pour cette allégation ?

Depuis le 22 décembre 2023, la Loi sur les aliments et drogues interdit d’alléguer qu’un cosmétique n’a pas été testé sur les animaux sans en détenir la preuve et pouvoir la remettre au ministre de la Santé sur demande. En parallèle, la Loi sur la concurrence interdit les allégations fausses ou trompeuses sur un point important, jugées selon leur impression générale.

Les logos de certification valent-ils quelque chose ?

Ils peuvent. Un programme qui audite l’entreprise et ses fournisseurs va plus loin qu’une allégation autodéclarée, et Santé Canada compte les audits indépendants par des tiers parmi les preuves qu’il accepte. Mais un logo ne vaut que ce que vaut le programme derrière lui, alors vérifiez ce que ce programme vérifie réellement avant de lui faire confiance.

Sources

  1. Guidance document: Animal testing ban on cosmeticsHealth Canada, 2024
  2. Cosmetic advertising, labelling and ingredientsHealth Canada, 2025
  3. “Cruelty-free” / “Not tested on animals” labeling on cosmeticsUS Food and Drug Administration, 2022
  4. False or misleading representationsCompetition Bureau Canada, 2024

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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