La liste d’ingrédients est la partie la plus honnête d’un emballage de cosmétique. Le devant fait des promesses ; le dos, en petits caractères, dit ce qu’il y a vraiment dedans, dans un format fixé par la loi. Une fois qu’on connaît les quelques règles derrière ce format, le charabia devient une lecture rapide et fiable.
Les règles derrière la liste
Au Canada, les cosmétiques relèvent de la Loi sur les aliments et drogues et du Règlement sur les cosmétiques, qui précise comment les ingrédients doivent être présentés. Santé Canada résume ce que toute étiquette de cosmétique doit porter : une liste d’ingrédients selon le système INCI, l’identité du produit en français et en anglais, la quantité nette en unités métriques, des coordonnées, le nom et l’adresse du fournisseur, ainsi que les mises en garde et le mode d’emploi, dans les deux langues.
La liste doit figurer sur l’étiquette extérieure. Le Règlement sur les cosmétiques exige la divulgation de tous les ingrédients, à quelques exceptions près. Ces règles ne visent que les cosmétiques : un produit avec un DIN ou un NPN est étiqueté selon d’autres règlements, ce qui explique qu’une crème médicamenteuse sépare ses ingrédients médicinaux et non médicinaux, alors qu’un cosmétique n’en a jamais le droit.
Pourquoi les noms ont l’air latins
Chaque ingrédient doit être listé par son nom INCI, pour International Nomenclature for Cosmetic Ingredients. Santé Canada le décrit comme un système de nomenclature multilingue, à base de latin, créé par un comité international (où elle siège) pour qu’un même ingrédient soit identifié de la même façon partout.
C’est pourquoi vous lisez « butyrospermum parkii » plutôt que beurre de karité, et pourquoi les ingrédients végétaux ressemblent à un manuel de botanique. Le règlement exige que les substances végétales soient listées avec au moins le genre et l’espèce de leur nom INCI, comme dans « Citrus aurantium dulcis (orange) peel extract ». Quelques ingrédients courants, inscrits à une annexe du règlement, doivent apparaître avec leur équivalent français, d’où le « water/eau » qui ouvre tant de listes.
L’avantage, c’est la constance : une fois que vous connaissez le nom INCI de ce qui vous fait réagir, vous le retrouverez sur n’importe quelle étiquette au Canada.
L’ordre compte, jusqu’à ce qu’il ne compte plus
Les ingrédients doivent être listés en ordre décroissant de prédominance, selon leur concentration en poids. Le premier est la plus grande part de la formule, le deuxième vient ensuite, et ainsi de suite. Pour la plupart des crèmes, ça veut dire l’eau d’abord, puis les huiles et les émollients (les ingrédients qui assouplissent).
Vient ensuite la règle qui piège tout le monde. Les ingrédients présents à 1 % ou moins peuvent être listés dans n’importe quel ordre après ceux qui dépassent 1 %. Les colorants aussi, quelle que soit leur concentration. La liste a donc deux zones : un début classé et une fin non classée. Impossible de savoir, à partir de l’étiquette, où tombe la ligne du 1 %, et dans la fin de liste, l’ordre ne veut rien dire.
C’est pourtant là que vivent les choses intéressantes. Les agents de conservation, qui empêchent bactéries et moisissures de se développer dans les produits à base d’eau, sont utilisés à faible concentration et se trouvent donc vers la fin ; DermNet fait cette remarque au sujet de la méthylisothiazolinone. Même chose pour le parfum et bien des extraits végétaux. Pour une peau sensible, lisez la liste à partir de la fin.
Pourquoi « parfum » tient en un mot
Le parfum est l’exception à la règle de divulgation. Le règlement permet d’insérer le mot « parfum » à la fin de la liste pour indiquer que des ingrédients ont été ajoutés afin de produire ou de masquer une odeur, sans les nommer. Même chose pour « aroma », l’équivalent pour les arômes des produits pour les lèvres, par exemple.
Le guide est précis sur l’orthographe. « Parfum » seul est acceptable, tout comme « parfum/fragrance » et « fragrance (parfum) » ; « fragrance » seul ne l’est pas. Une entreprise peut aussi lister chaque ingrédient parfumant individuellement, mais peu le font.
Remarquez « masquer une odeur ». Un parfum peut n’avoir pour rôle que de couvrir l’odeur des matières premières, et DermNet note que des produits « non parfumés » peuvent contenir un parfum de masquage. C’est pourquoi « sans parfum » et « non parfumé » ne sont pas la même allégation, et pourquoi « parfum » peut figurer sur un produit qui ne sent rien. Vous pouvez parcourir les produits examinés sous l’étiquette sans parfum pour éviter la question.
La nouvelle règle sur les allergènes de parfum
C’est le plus grand changement aux listes d’ingrédients canadiennes depuis des années. Certains ingrédients parfumants sont des allergènes de contact reconnus : ils peuvent déclencher une dermatite de contact allergique, une éruption immunitaire qui démange, chez les personnes sensibilisées. Le Canada reprend la liste européenne de ces ingrédients et exige qu’ils soient nommés.
Le règlement fixe les seuils : un allergène de parfum doit être listé s’il dépasse 0,01 % dans un produit à rincer (nettoyant, shampoing) ou 0,001 % dans un produit sans rinçage (hydratant, maquillage). Il apparaît comme entrée distincte, en dehors du mot « parfum », même s’il arrive dans un extrait végétal ou une huile essentielle. L’exemple du guide est la rose : si l’huile et l’extrait de fleur de rose d’un produit sans rinçage dépassent ensemble le seuil, le nom de groupe « Rose Flower Oil/Extract » doit être listé.
Le calendrier est progressif. Depuis le 12 avril 2026, les cosmétiques nouveaux et existants doivent divulguer une première liste de 24 allergènes. À partir du 1er août 2026, les nouveaux produits doivent aussi divulguer une seconde liste élargie, et les produits existants ont jusqu’au 1er août 2028. Le linalol et le limonène, deux ingrédients parfumants très répandus de la liste européenne, comptent parmi les noms que vous verrez écrits en toutes lettres. Pour qui a une allergie au parfum, la liste passe de boîte noire à outil utile.
« Peut contenir », petits emballages et autres exceptions
Le maquillage et le vernis à ongles existent en dizaines de teintes, et imprimer une liste par teinte n’est pas pratique. Le règlement permet de lister une seule fois les colorants utilisés dans toute une gamme, précédés de « ± » ou de « may contain/peut contenir ». Votre teinte en contient certains. Les colorants s’écrivent généralement sous forme de numéros CI, comme CI 42090, parfois avec un nom de couleur comme Blue 1 ; les deux désignent le même colorant.
Parfois, il n’y a pas de liste sur le contenant. C’est permis pour les petits emballages comme un rouge à lèvres : la liste peut se trouver sur une étiquette volante, un ruban ou une carte fixée au produit, ou sur un site Web, pourvu qu’une mention bilingue vous y renvoie. Les entreprises peuvent aussi omettre les ingrédients accessoires : des auxiliaires de fabrication retirés ou transformés, ou des traces sans fonction dans le produit fini.
Une routine rapide en magasin
- Regardez les trois premiers. C’est l’essentiel du produit.
- Lisez la fin à rebours. C’est là que se trouvent agents de conservation, parfum et extraits.
- Cherchez « parfum », et tout allergène de parfum maintenant nommé à côté.
- Cherchez vos propres déclencheurs par leur nom INCI, surtout ce qui finit en « -isothiazolinone » et ce qu’un test épicutané a signalé chez vous.
- Voyez « ± » comme une gamme, pas comme une garantie que chaque couleur est dans votre teinte.
Si un produit continue de vous donner une éruption malgré une lecture attentive, gardez l’emballage et parlez de test épicutané à votre médecin ou à votre pharmacien.
À retenir : un cosmétique canadien doit nommer chaque ingrédient par son nom INCI, en ordre décroissant de poids, les ingrédients à 1 % ou moins et les colorants pouvant venir dans n’importe quel ordre à la fin. « Parfum » cache un mélange parfumant, même si les allergènes de parfum nommés doivent maintenant apparaître à part, et « ± / peut contenir » couvre une gamme de teintes. Le dos de l’emballage ne vous dira pas si un produit vous conviendra, mais c’est le seul endroit sans langage de marketing, et ça vaut bien trente secondes.
Questions liées
Pourquoi les noms d’ingrédients sont-ils si bizarres ?
La loi canadienne exige que les cosmétiques listent leurs ingrédients par leur nom INCI, un système international de nomenclature à base de latin, créé pour qu’un même ingrédient se lise de la même façon dans tous les pays. C’est pourquoi l’eau devient « water/eau » ou « aqua », le beurre de karité « butyrospermum parkii » et un extrait d’orange « citrus aurantium dulcis (orange) peel extract ». Les ingrédients végétaux doivent indiquer au moins le genre et l’espèce.
Que m’apprend l’ordre des ingrédients ?
Les ingrédients doivent apparaître en ordre décroissant de poids : les premiers forment l’essentiel du produit. L’exception, c’est la ligne du 1 % : tout ce qui est à 1 % ou moins, et tous les colorants, peuvent être listés dans n’importe quel ordre après les ingrédients au-dessus de 1 %. La fin de la liste n’est donc pas classée, et un agent de conservation ou un parfum qui s’y trouve peut être présent en quantité infime ou non.
Que veut dire « parfum » sur une étiquette ?
C’est le nom INCI du parfum. Les règles canadiennes permettent d’écrire le seul mot « parfum » (ou « parfum/fragrance ») à la place des ingrédients parfumants individuels, ajoutés pour donner une odeur au produit ou en masquer une. « Fragrance » seul n’est pas permis. Depuis avril 2026, certains allergènes de parfum doivent être nommés séparément, en dehors du mot « parfum », au-delà de seuils très bas.
Que veut dire « peut contenir » ou « ± » ?
C’est une règle pour le maquillage et le vernis à ongles vendus en plusieurs teintes. Plutôt que d’imprimer une liste différente pour chaque teinte, l’entreprise peut lister tous les colorants utilisés dans la gamme, précédés de « ± » ou de « may contain/peut contenir ». Votre teinte contient certains de ces colorants, pas forcément tous.
Sources
- Cosmetic Regulations (C.R.C., c. 869)
- Industry Guide for the labelling of cosmetics
- Labelling of Cosmetics – Consumer product safety
- Fragrance allergy
- Methylisothiazolinone allergy
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.