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Les noms INCI décodés : pourquoi « aqua » et « butyrospermum parkii » ?

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

« Aqua, butyrospermum parkii, cetearyl alcohol… » Lire le dos d’un beurre corporel peut ressembler à un examen surprise de latin. Ce n’est pas fait pour vous mêler. Ces noms suivent un système aux règles claires, et une fois qu’on les connaît, la plupart des listes d’ingrédients se lisent en quelques secondes.

Ce qu’est l’INCI, et qui l’écrit

INCI signifie International Nomenclature of Cosmetic Ingredients (nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques). Le Règlement sur les cosmétiques du Canada exige que chaque cosmétique inscrive ses ingrédients sur l’étiquette extérieure, chacun uniquement par son nom INCI. La page de Santé Canada destinée au public le dit simplement : les ingrédients doivent être identifiés selon l’INCI.

Le guide d’étiquetage de Santé Canada explique le contexte. L’INCI est un système de noms multilingue et multinational fondé sur le latin, créé par le comité international de nomenclature du Personal Care Products Council. Les noms sont publiés dans l’International Cosmetic Ingredient Dictionary and Handbook, qui associe chaque nom à sa formule chimique, à ses noms commerciaux et à ses numéros de registre. Santé Canada siège au comité qui attribue les noms, avec d’autres gouvernements et l’industrie.

Le but : un seul nom par ingrédient d’un pays à l’autre, pour que le même beurre de karité porte le même nom partout où l’étiquette suit l’INCI.

Pourquoi l’eau devient parfois « aqua »

L’eau est l’exemple classique, et elle suit une règle spéciale. Le Règlement sur les cosmétiques comprend une annexe, une courte liste d’ingrédients courants qui ont chacun trois noms possibles : un nom technique européen, un nom INCI et un équivalent français. Pour ceux-ci, l’étiquette peut utiliser :

  • le nom technique européen seul : aqua
  • le nom INCI avec son équivalent français : water/eau
  • les trois : aqua/water/eau

Ce qui est interdit : « water » seul, « eau » seul, « aqua/water » ou « aqua/eau ». Voilà pourquoi vous ne verrez jamais une étiquette canadienne qui dit seulement « water ».

L’annexe vaut le coup d’œil, parce qu’elle explique plusieurs noms latins déroutants :

  • Cera alba, c’est la cire d’abeille.
  • Paraffinum liquidum, c’est l’huile minérale.
  • Mel, c’est le miel.
  • Lac, c’est le lait, et caprae lac, le lait de chèvre.
  • Butyrum, c’est le beurre.
  • Maris sal, c’est le sel marin, et maris aqua, l’eau de mer.
  • Colophonium, c’est la colophane.

Le guide de Santé Canada précise que ces ingrédients de l’annexe sont les seuls qui peuvent nécessiter un équivalent français. Tous les autres gardent leur forme INCI dans les deux langues.

Pourquoi les noms de plantes ressemblent à un examen de botanique

Les ingrédients végétaux, que Santé Canada appelle des botaniques, suivent leur propre règle. L’article 21.2(3) du Règlement sur les cosmétiques exige qu’ils soient inscrits au moins par la partie genre et espèce de leur nom INCI, le nom scientifique en deux mots qui identifie une plante partout dans le monde.

« Butyrospermum parkii », c’est donc le karité. C’est un ancien nom scientifique de l’arbre à karité ; le Global Biodiversity Information Facility le classe comme synonyme de Vitellaria paradoxa, le nom qu’utilisent généralement les botanistes aujourd’hui. Les étiquettes de cosmétiques gardent l’ancien nom ; les exemples d’étiquetage de Santé Canada eux-mêmes l’inscrivent comme « butyrospermum parkii ».

Un nom INCI botanique complet peut compter quatre parties :

  1. Le genre et l’espèce, en latin : Citrus aurantium dulcis
  2. Le nom commun, entre parenthèses : (orange)
  3. La partie de la plante : peel (zeste)
  4. La préparation : extract (extrait)

Ensemble : Citrus aurantium dulcis (orange) peel extract. Le guide de Santé Canada précise que l’étiquette doit afficher au moins « Citrus aurantium dulcis », ou le nom complet, mais pas un mélange partiel. Ses exemples sont parlants : « Mentha viridis » et « Mentha viridis (spearmint) leaf oil » sont acceptables, mais pas « spearmint oil » ni « Mentha viridis oil ». Le nom commun entre parenthèses n’est pas traduit, alors vous verrez « (orange) » ou « (spearmint) » même sur un emballage en français.

Ce que veulent dire les barres obliques et les parenthèses

Deux petits symboles en disent long.

  • Une barre oblique entre des parties de plante veut dire qu’elles ont toutes été utilisées. L’exemple du guide : « Camellia sinensis flower/leaf extract » a été préparé à partir des fleurs et des feuilles.
  • Une barre oblique entre des mots chimiques signifie habituellement qu’ils ont réagi ensemble pour former un seul ingrédient. « Acrylates/styrene copolymer » est une seule substance, pas deux.
  • Une barre oblique entre deux noms de couleur signifie qu’il s’agit du même colorant écrit de deux façons, comme « CI 42090/Blue 1 ».
  • Une barre oblique entre un nom INCI et un mot français marque une paire de l’annexe, comme « water/eau ».

Les virgules séparent les ingrédients différents. Dans « water/eau, butyrospermum parkii, cetearyl alcohol », il y a trois ingrédients.

Quand il n’y a pas de nom INCI

La plupart des ingrédients en ont un, mais pas tous. L’article 21.3 du Règlement prévoit qu’un ingrédient sans nom INCI doit être inscrit par son nom chimique. Le guide de Santé Canada donne l’ordre de préférence : un numéro de registre, puis un nom chimique officiel, puis un nom commercial tiré d’un ouvrage de référence, puis un nom scientifique latin.

Le guide ferme aussi quelques portes au marketing. Les descriptions sont interdites dans la liste d’ingrédients, donc « eau super-oxygénée » ne peut pas y figurer. Les traductions en français ou dans d’autres langues doivent former une liste séparée, sans se mêler aux noms INCI.

Pourquoi c’est utile pour la peau sensible

La constance est le vrai avantage. Si un test épicutané, où de petites quantités d’allergènes courants sont collées sur le dos, montre que vous êtes allergique à un ingrédient précis, votre médecin vous donnera généralement son nom. Comme les noms INCI sont normalisés, ce même nom apparaîtra sur l’étiquette de tout cosmétique vendu au Canada qui le contient.

Quelques habitudes aident :

  • Notez le nom INCI exact de tout ce à quoi vous réagissez, tel qu’il est écrit sur les étiquettes.
  • Pour les allergies aux plantes, notez le genre. Les plantes d’un même genre partagent le premier mot de leur nom INCI.
  • Rappelez-vous qu’un produit peut inscrire une plante seulement par son genre et son espèce ; le nom commun que vous connaissez n’y sera peut-être pas.
  • Parcourez nos produits pour peau sensible si vous voulez une courte liste pour commencer.

Si vous réagissez à des produits sans savoir pourquoi, consultez votre médecin ou votre pharmacien ; un diagnostic vous donne le nom à chercher.

Ce qu’il faut retenir : « aqua », c’est l’eau, « butyrospermum parkii », c’est le karité, et le latin n’est pas de la décoration. C’est une langue commune pour chaque ingrédient, fixée par un comité où siège Santé Canada, qui vous permet de retrouver le même ingrédient sur n’importe quelle étiquette au pays.

Questions liées

Qui décide du nom INCI d’un ingrédient ?

Un comité international. Le guide d’étiquetage de Santé Canada explique que l’INCI a été créé par le comité international de nomenclature du Personal Care Products Council, et que Santé Canada y participe avec d’autres gouvernements et l’industrie. Les noms sont publiés dans l’International Cosmetic Ingredient Dictionary and Handbook, auquel renvoie le Règlement sur les cosmétiques.

Pourquoi mon étiquette dit-elle « aqua » et celle de mon amie « water/eau » ?

Les deux sont permis. Pour une courte liste d’ingrédients inscrits à l’annexe du Règlement sur les cosmétiques, l’étiquette peut utiliser le nom technique européen (« aqua »), ou le nom INCI avec son équivalent français (« water/eau »), ou les trois. Ce qui est interdit, c’est « water » ou « eau » seul.

« Butyrospermum parkii », est-ce un produit chimique ?

Non, c’est une plante. Butyrospermum parkii est un ancien nom scientifique du karité, que les botanistes appellent aujourd’hui généralement Vitellaria paradoxa. Sur une étiquette de cosmétique, il désigne un ingrédient tiré du karité, habituellement le beurre. Les règles canadiennes exigent que les ingrédients végétaux soient inscrits au moins par leur genre et leur espèce.

Une étiquette peut-elle traduire les noms d’ingrédients en français courant ?

Pas dans la liste INCI. Le guide de Santé Canada précise que les ingrédients traduits en français ou dans une autre langue doivent être inscrits séparément, sans être mêlés aux noms INCI. Une entreprise peut ajouter une deuxième liste identique dans une autre langue après la liste INCI.

Sources

  1. Industry guide for the labelling of cosmetics (section 8 and Appendix 2)Health Canada, 2025
  2. Cosmetic Regulations (C.R.C., c. 869), sections 21.2 and 21.3Justice Laws Website, Government of Canada, 2024
  3. Cosmetic advertising, labelling and ingredientsHealth Canada, 2025
  4. Vitellaria paradoxa C.F.Gaertn. (synonym: Butyrospermum parkii)Global Biodiversity Information Facility (GBIF), 2026

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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