Se laver les mains est l’un des meilleurs gestes pour votre santé. Le faire vingt ou trente fois par jour est l’un des pires pour vos mains. Si les vôtres sont sèches, rouges, gercées et qu’elles piquent, vous avez probablement une dermatite irritative des mains, et vous êtes en nombreuse compagnie.
Ce que le lavage fait à votre barrière cutanée
La couche externe de la peau, la couche cornée, est un mur de cellules mortes aplaties, tenues ensemble par des lipides, des gras qui font office de mortier entre les briques. Ce mur garde l’eau dedans et les irritants dehors.
Le savon et le détergent sont conçus pour dissoudre les gras. C’est ainsi qu’ils décollent la graisse, et c’est aussi pourquoi ils emportent un peu de mortier à chaque fois. L’eau seule fait aussi des dégâts, en gonflant les cellules et en emportant les molécules hydratantes naturelles de la peau. L’eau chaude est pire que la tiède.
Un lavage, ce n’est rien : la peau remplace ce qu’elle a perdu. Mais lavez toutes les quelques minutes et la perte dépasse la réparation. DermNet, une référence en dermatologie, décrit la spirale : la perte d’eau et l’inflammation aggravent encore la barrière. Une fois la barrière brisée, tout irrite davantage, y compris le savon que vous utilisiez sans problème le mois dernier.
À quoi ressemble la dermatite irritative des mains
Dermatite et eczéma veulent dire la même chose : une peau enflammée. « Irritative » veut dire que la cause est l’usure par l’eau, le savon, le détergent, le froid ou la friction, pas une allergie.
Au début, les mains sont tendues et sèches, surtout sur les jointures et entre les doigts, là où l’eau s’accumule et où la serviette ne passe pas. Puis viennent la rougeur, une fine desquamation, et des crevasses qui accrochent le tissu. La peau peut devenir très irritée, souvent avec une sensation de brûlure, et parfois douloureuse. En phase aiguë, il peut y avoir de l’enflure et de petites cloques ; à long terme, la peau épaissit et se fend.
La British Association of Dermatologists dit que la dermatite des mains touche environ une personne sur 20, et beaucoup plus dans certains métiers.
Qui en souffre : travailleurs de la santé, parents, préposés à l’entretien
DermNet énumère les suspects habituels : travailleurs de la santé, préposés à l’entretien, coiffeurs, travailleurs de la restauration et de la construction, et parents de jeunes enfants. Leur point commun, c’est le « travail humide » : des mains dans l’eau ou dans des gants des heures par jour.
La pandémie a montré à quelle vitesse ça peut arriver. Une étude publiée en 2020 dans la revue Contact Dermatitis a interrogé 114 travailleurs de la santé d’un centre chirurgical et d’une unité de soins intensifs COVID-19. Le lavage, la désinfection et l’usage de crème ont tous augmenté nettement, et des symptômes de dermatite aiguë des mains ont été trouvés chez 90,4 pour cent des participants. Seulement 14,9 pour cent disaient avoir de l’eczéma des mains : les mains abîmées étaient devenues la norme. Les dégâts apparaissaient que la personne soigne ou non des patients COVID-19 ; l’hygiène des mains supplémentaire suffisait.
Les parents de bébés vivent la même exposition sans l’hôpital : couches, biberons, bains, surfaces à essuyer. Ajoutez un hiver canadien, avec l’air sec des maisons chauffées et le froid dehors qui tirent l’humidité de la peau, et janvier est le mois où bien des mains lâchent.
Il y a aussi une part génétique : les gens qui ont eu de l’eczéma dans l’enfance ont une barrière plus faible au départ, et DermNet note qu’ils sont plus sensibles à la forme irritative.
Désinfectant ou savon : lequel est plus doux ?
Celle-là surprend. Les Centers for Disease Control and Prevention américains, dans leurs lignes directrices pour les travailleurs de la santé, indiquent que le désinfectant à base d’alcool est moins irritant et moins asséchant pour la peau que l’eau et le savon.
Ça semble à l’envers, parce que l’alcool pique. Mais le picotement signale des crevasses déjà là. Le lavage décape les lipides et laisse la peau mouillée, puis la serviette ajoute la friction. Le désinfectant s’évapore, et les formules modernes contiennent des humectants (des ingrédients qui retiennent l’eau).
Quand vos mains ne sont pas visiblement sales, utiliser un désinfectant plutôt que de les laver est donc une façon légitime de réduire l’usure. Quand elles sont sales, après les toilettes, ou quand le germe en cause résiste au désinfectant (le norovirus, par exemple), il faut encore du savon. Le but n’est pas d’éviter le lavage ; c’est d’arrêter de laver quand une friction suffirait.
Hydratez après chaque lavage
Si vous ne retenez qu’une chose, retenez ceci : mettez de l’hydratant chaque fois que vous vous lavez, pas seulement au coucher. Le conseil de la Société canadienne de l’eczéma est d’appliquer un hydratant riche immédiatement après le lavage des mains, le bain, le travail humide, et n’importe quand entre les deux. Les CDC disent que les lotions et les crèmes peuvent prévenir et réduire la sécheresse causée par le nettoyage des mains, et que les établissements devraient en fournir.
Pourquoi chaque fois ? Parce que l’hydratant remplace les lipides que le lavage vient d’enlever, pendant que la peau est encore un peu humide et peut retenir l’eau. Attendre le soir laisse la barrière ouverte toute la journée.
Des détails pratiques qui font tenir l’habitude :
- Gardez un tube à chaque lavabo et dans la poche de votre manteau. L’hydratant que vous utiliserez vraiment, c’est celui à portée de main.
- Crème le jour, onguent la nuit. La British Association of Dermatologists suggère un produit plus épais et plus gras au coucher, avec des gants de coton par-dessus si vous voulez, pour le garder en place.
- Sans parfum. Une peau abîmée se sensibilise bien plus facilement au parfum, et une réaction par-dessus une dermatite est difficile à démêler.
- Petite quantité, bien étalée. Un film glissant part au prochain lavabo.
Vous pouvez parcourir les crèmes pour les mains dont les allégations ont été évaluées. Si vous portez des gants au travail, hydratez avant de les mettre autant qu’après.
Gants, température de l’eau et autres protections
Les gants sont l’autre moitié de la prévention, et ils ont leurs propres règles :
- Portez-les pour le travail humide. Vaisselle, ménage, bain des enfants, légumes. DermNet et la Société canadienne de l’eczéma le recommandent tous deux.
- Mettez des doublures de coton dessous. La sueur emprisonnée dans un gant de caoutchouc ou de vinyle, c’est du travail humide sous un autre nom.
- Gardez les séances courtes. La British Association of Dermatologists suggère au plus 20 minutes d’affilée.
- Préférez le vinyle ou le nitrile au latex si vous réagissez au caoutchouc, une allergie fréquente en cas de dermatite des mains.
Puis les petites habitudes : eau tiède plutôt que chaude, nettoyant doux ou sans savon, tapoter pour sécher plutôt que frotter, sécher entre les doigts, et retirer ses bagues pour se laver, puisque le savon coincé sous une bague est une cause classique d’éruption sur un seul doigt. Des gants chauds dehors en hiver comptent aussi.
Quand c’est plus qu’une irritation
Parfois, des mains douloureuses ne sont pas qu’une usure. Une éruption qui persiste malgré de bons soins, ou qui flambe selon un schéma (après un gant, une crème ou une tâche précise), peut être une dermatite de contact allergique : une réaction immunitaire à une substance précise. DermNet cite le nickel, les parfums et les accélérateurs du caoutchouc parmi les coupables fréquents. Les tests épicutanés, faits par un dermatologue, permettent de le savoir.
Des crevasses qui saignent, un suintement, des croûtes jaunes ou une enflure peuvent signaler une infection. Et la dermatite des mains a souvent besoin d’un traitement sur ordonnance ; la British Association of Dermatologists note que les crèmes de cortisone douces agissent rarement sur la peau épaisse des paumes. Rien de tout ça ne se règle à partir d’un blogue.
La règle simple : si ça ne va pas mieux après deux semaines d’hydratation après chaque lavage et de protection contre le travail humide, consultez votre médecin ou votre pharmacien.
Mains propres et mains douloureuses ne vont pas forcément ensemble. Lavez quand il le faut, désinfectez quand vous le pouvez, hydratez à chaque fois, et portez des gants pour les tâches humides. La barrière guérit vite dès qu’on arrête de la démonter plus vite qu’elle ne se reconstruit.
Questions liées
Pourquoi me laver souvent les mains les rend-il douloureuses ?
Le savon, le détergent et l’eau enlèvent les lipides (les gras) qui scellent la couche externe de la peau. Chaque lavage en retire un peu ; un lavage fréquent en retire plus vite que la peau ne peut le remplacer. L’eau s’échappe, la peau sèche et se fend, et l’inflammation s’installe. DermNet décrit ce cercle : la perte d’eau et l’inflammation aggravent encore la barrière.
Le désinfectant pour les mains est-il plus doux pour la peau que l’eau et le savon ?
En général oui, ce qui surprend. Les lignes directrices des CDC américains pour les travailleurs de la santé indiquent que le désinfectant à base d’alcool est moins irritant et moins asséchant que l’eau et le savon. L’alcool pique sur une peau déjà gercée, mais il décape moins que des lavages répétés. Le lavage reste nécessaire quand les mains sont visiblement sales ou après les toilettes.
La dermatite des mains est-elle fréquente ?
La British Association of Dermatologists dit qu’elle touche environ une personne sur 20. Elle a explosé pendant la pandémie : une étude de 2020 dans la revue Contact Dermatitis a trouvé des symptômes de dermatite aiguë des mains chez 90 pour cent des travailleurs de la santé interrogés, alors que seulement 15 pour cent parlaient eux-mêmes d’eczéma des mains.
Quand consulter pour des mains douloureuses ?
Si vos mains ne vont pas mieux après deux semaines d’hydratation après chaque lavage et de protection contre le travail humide, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Des crevasses qui saignent, un suintement, des croûtes jaunes ou une enflure peuvent signaler une infection. Si l’éruption revient sans cesse, des tests épicutanés peuvent révéler une allergie plutôt qu’une simple irritation.
Sources
- Hand dermatitis
- Hand dermatitis (hand eczema): patient information leaflet
- Managing hand eczema
- Onset of occupational hand eczema among healthcare workers during the SARS-CoV-2 pandemic (Guertler A et al.)
- Clinical safety: hand hygiene for healthcare workers
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.