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Articles Hygiène et soin des mains

Les mains du personnel de la santé : pourquoi l’hygiène fait mal, et ce qui aide

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

Si vous travaillez dans un hôpital, un CHSLD ou une clinique, vos mains sont nettoyées plus souvent que celles de presque tout le monde : avant et après chaque patient, avant chaque intervention, chaque fois qu’un gant est retiré. C’est aussi pourquoi tant de travailleurs de la santé rentrent chez eux les mains rouges, crevassées et brûlantes. Voici pourquoi, et ce qui aide vraiment pendant un quart de travail.

À quel point est-ce fréquent ?

Très. Une revue systématique publiée en 2024 dans Contact Dermatitis, qui regroupait 18 études sur le personnel de la santé, a trouvé qu’environ une personne sur trois (33 %) avait déjà eu un eczéma des mains, 27 % dans la dernière année, et autour de 13 % au moment de l’enquête. La plupart des cas étaient légers.

L’eczéma des mains (ou dermatite des mains) est une inflammation de la peau des mains : sécheresse, rougeur, desquamation, démangeaisons, crevasses et parfois petites cloques. En santé, il s’agit surtout de dermatite de contact irritative, c’est-à-dire de dommages causés par le contact répété avec l’eau, le savon, les antiseptiques et les gants, plutôt que d’une allergie. Les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’hygiène des mains citent des enquêtes où de 25 % à 55 % des infirmières avaient une dermatite irritative, et jusqu’à 85 % rapportaient des problèmes de peau par le passé.

Les personnes qui ont des antécédents de dermatite atopique (la forme courante d’eczéma, souvent présente dès l’enfance) sont plus à risque, et la revue de 2024 en a trouvé chez environ 15 % du personnel de la santé.

Pourquoi l’hygiène fréquente abîme la peau

La couche externe de la peau est retenue par des gras qui gardent l’eau à l’intérieur et les irritants à l’extérieur. Selon l’OMS, les produits d’hygiène des mains abîment cette barrière de plusieurs façons : ils modifient les protéines de la couche externe, enlèvent ou désorganisent les gras entre les cellules et réduisent la capacité de la peau à retenir l’eau. La perte de cette couche de gras est le problème principal. Les détergents émulsionnent les gras, et les alcools les dissolvent.

Chaque lavage rend aussi le suivant plus agressif. À mesure que les gras de surface s’épuisent, les détergents atteignent des couches plus profondes. L’OMS note que ça se produit plus vite pendant les saisons sèches et chez les personnes à la peau déjà sèche, ce qui décrit assez bien un hôpital canadien en février. L’eau chaude, l’air sec, l’oubli de la crème et la friction des gants qu’on met et qu’on enlève s’ajoutent au tout.

Friction hydroalcoolique ou eau et savon ?

Ça en surprend plusieurs : pour l’hygiène courante sur des mains qui ne sont pas visiblement sales, la friction hydroalcoolique est généralement plus douce que l’eau et le savon.

L’OMS indique que même si l’alcool peut assécher la peau, de nombreux rapports confirment que les produits hydroalcooliques sont bien tolérés, souvent mieux que les autres produits d’hygiène des mains. Le savon ordinaire utilisé encore et encore a même été associé à plus de sécheresse et d’irritation que certains antiseptiques. L’OMS recommande des produits hydroalcooliques contenant des humectants (des ingrédients comme la glycérine qui retiennent l’eau dans la peau) pour réduire l’exposition aux savons irritants.

L’eau et le savon gardent leur place : quand les mains sont visiblement sales, et dans les situations prévues par le protocole de votre établissement. L’idée, c’est de ne pas se laver les mains quand une friction suffit.

Des habitudes qui réduisent l’irritation pendant le quart

L’OMS nomme quelques pratiques qui augmentent le risque d’irritation et qui sont faciles à changer :

  • Ne vous lavez pas les mains à l’eau et au savon juste avant ou juste après une friction hydroalcoolique. C’est inutile et ça peut mener à une dermatite.
  • Laissez vos mains sécher complètement avant d’enfiler des gants. Mettre des gants sur des mains encore mouillées par le lavage ou l’alcool augmente l’irritation.
  • Utilisez de l’eau tiède plutôt que chaude quand vous vous lavez les mains.
  • Séchez vos mains doucement et à fond. L’OMS mentionne même la qualité des essuie-tout comme facteur possible.

Les gants vous protègent, mais les porter longtemps emprisonne la transpiration contre la peau, ce qui aggrave le problème. Retirez-les quand la tâche est finie, et suivez les règles de votre établissement sur leur utilisation.

La crème pour les mains fait partie du travail

Ici, s’hydrater n’est pas un luxe ; c’est de la prévention. L’OMS rapporte que plusieurs essais contrôlés montrent que l’usage régulier de lotions et de crèmes, qui contiennent des humectants, des gras et des huiles qui restaurent la barrière de la peau, aide à prévenir et à traiter la dermatite liée à l’hygiène des mains. Dans un essai cité, une peau en meilleur état grâce à une lotion huileuse appliquée à horaire fixe s’est accompagnée d’une hausse de 50 % de la fréquence de l’hygiène des mains.

Quelques points propres au milieu de travail, selon l’OMS :

  • Utilisez la crème fournie par votre établissement quand c’est possible. Les établissements doivent vérifier que les produits n’abîment pas les gants de caoutchouc et ne nuisent pas aux antiseptiques utilisés.
  • La plupart des crèmes ne sont pas stériles et peuvent se contaminer. Les petits flacons ne devraient pas être remplis à partir de gros contenants sans être nettoyés d’abord.
  • Appliquez-la aux pauses naturelles : au début et à la fin du quart, aux repas, et chaque fois que vos mains tirent.
  • Les jours de congé et la nuit, une crème plus épaisse ou un onguent donne à la peau la chance de récupérer.

Pour choisir une crème à la maison, une formule sans parfum évite une cause fréquente d’allergie de contact. Vous pouvez parcourir nos produits pour les mains pour voir les options.

Les programmes de prévention au travail fonctionnent-ils ?

Un peu, mais les preuves sont plus minces qu’on pourrait le croire. Une revue Cochrane, résumée dans JMIR Dermatology, a analysé neuf essais randomisés sur les crèmes barrières, les hydratants et l’éducation à la protection de la peau dans plusieurs métiers, dont le personnel hospitalier. Chaque intervention était associée à moins de cas de dermatite irritative des mains que l’absence d’intervention, mais aucune différence n’était statistiquement nette, et la certitude des preuves était faible à très faible. Aucun essai ne portait sur les gants.

Un exemple en milieu hospitalier : le Healthy Hands Project, à Amsterdam, a installé des distributeurs de crème surveillés électroniquement près des lavabos, des entrées, des sorties et des salles de pause de neuf unités, avec une rétroaction régulière sur la quantité utilisée. L’essai était financé par un fabricant de distributeurs de soins pour la peau. Après un an, la gravité de l’eczéma s’était améliorée dans les deux groupes, un peu plus avec les distributeurs, mais la différence principale n’était pas statistiquement significative. Le personnel qui avait une dermatite légère semblait en profiter le plus.

La lecture honnête : les bases (produits plus doux, moins de lavages inutiles, crème à portée de main, un peu d’éducation) sont sensées et largement recommandées, même si les essais n’ont pas mesuré ce que chacune apporte.

Quand demander de l’aide

Consultez le service de santé au travail ou votre médecin si vos mains ne s’améliorent pas après deux semaines de soins constants, si elles craquent et saignent, si vous avez des cloques, ou si la douleur rend l’hygiène des mains difficile. L’OMS note que les allergies aux produits d’hygiène des mains sont rares mais réelles, et que les parfums et les agents de conservation des savons et des crèmes figurent parmi les coupables habituels. Les tests épicutanés, où l’on colle de petites quantités d’allergènes courants sur le dos pendant quelques jours, permettent de savoir si une allergie est en cause. Le personnel qui réagit au produit de l’établissement devrait se voir offrir une solution de rechange.

En bref : les mains du personnel de la santé encaissent plus que presque toutes les autres, et environ le tiers aura un eczéma des mains un jour. La friction hydroalcoolique est souvent plus douce que le savon répété, les mains doivent être sèches avant d’enfiler des gants, et la crème utilisée pendant le quart fait partie du travail, pas un extra. Si vos mains sont encore douloureuses après deux semaines de bons soins, faites-les examiner tôt.

Questions liées

Pour les mains du personnel soignant, le désinfectant est-il plus doux que l’eau et le savon ?

Pour l’hygiène courante sur des mains qui ne sont pas visiblement sales, l’Organisation mondiale de la santé indique que les produits hydroalcooliques contenant des humectants (des ingrédients qui retiennent l’eau dans la peau) sont mieux tolérés que l’eau et le savon. Le lavage fréquent au savon ordinaire a été associé à plus de sécheresse et d’irritation. L’eau et le savon restent nécessaires quand les mains sont visiblement sales.

Faut-il se laver les mains après une friction hydroalcoolique ?

Non. Les lignes directrices de l’OMS précisent que se laver les mains à l’eau et au savon juste avant ou juste après une friction hydroalcoolique est inutile et peut causer une dermatite. Utilisez l’un ou l’autre selon le protocole de votre établissement, et laissez le produit sécher complètement avant d’enfiler des gants.

La crème pour les mains nuit-elle au désinfectant ou aux gants ?

L’OMS demande aux établissements de vérifier que les produits de soin qu’ils fournissent n’abîment pas les gants de caoutchouc et ne nuisent pas aux antiseptiques utilisés. C’est pourquoi il vaut mieux utiliser la crème fournie au travail, ou demander à l’équipe de prévention des infections ou de santé au travail avant d’apporter la vôtre pendant le quart.

Quand un travailleur de la santé devrait-il faire examiner ses mains ?

Si les crevasses, les rougeurs, les démangeaisons ou les cloques durent plus de deux semaines malgré l’hydratation, ou vous empêchent de faire l’hygiène des mains confortablement, consultez le service de santé au travail ou votre médecin. Un eczéma des mains persistant peut être irritatif ou allergique, et des tests épicutanés peuvent révéler une allergie aux gants, aux parfums ou aux agents de conservation.

Sources

  1. Prevalence and incidence of hand eczema in healthcare workers: a systematic review and meta-analysisContact Dermatitis (PubMed), 2024
  2. Skin reactions related to hand hygiene (WHO Guidelines on Hand Hygiene in Health Care)World Health Organization (NCBI Bookshelf), 2009
  3. From the Cochrane Library: Interventions for preventing occupational irritant hand dermatitisJMIR Dermatology (PMC), 2022
  4. Effectiveness of a skin care programme for the prevention of contact dermatitis in healthcare workers (the Healthy Hands Project)Contact Dermatitis (PMC), 2019

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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