Quand vos mains sont sèches et gercées, une giclée de désinfectant peut piquer au point de vous en dégoûter pour de bon. On en conclut que l’eau et le savon doivent être plus doux. La recherche dit le contraire, la plupart du temps. Voici ce qu’ont trouvé les études, pourquoi, et quand il faut quand même passer par le lavabo.
Pourquoi le lavage est plus dur pour la peau qu’on le pense
Votre barrière cutanée, la couche externe qui retient l’eau et bloque les irritants, est soudée par des gras (des lipides). Les savons et les détergents sont conçus pour décoller le gras et l’huile, et ils ne s’arrêtent pas à la saleté. Chaque lavage enlève un peu des lipides de la barrière elle-même, et l’eau, la serviette et le temps passé les mains mouillées s’additionnent.
Les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’hygiène des mains désignent l’usage fréquent des savons et autres détergents comme une cause importante de dermatite de contact irritante chronique, ces mains sèches, rouges et gercées qui viennent de l’usure répétée plutôt que d’une allergie. D’autres facteurs aggravent les choses, selon l’OMS : l’eau chaude, l’air sec (surtout l’hiver dans l’hémisphère nord) et le fait de ne pas utiliser de crème pour les mains.
Ce que les études ont trouvé
Plusieurs études contrôlées ont comparé les deux directement.
- Des volontaires en laboratoire. Dans une étude de 2007 publiée dans le British Journal of Dermatology, des chercheurs ont fait des tests épicutanés avec des alcools de 60 à 100 % et des tests de lavage sur les avant-bras. Les alcools n’ont pas modifié de façon significative la barrière cutanée ni causé de rougeur, même s’ils ont réduit l’hydratation de la peau. Le lavage avec un détergent a causé nettement plus d’irritation que l’alcool. Même sur une peau déjà irritée, l’éthanol n’a pas aggravé la situation.
- Une exposition répétée pendant 10 jours. Une étude danoise de 2005 a appliqué un détergent, un désinfectant à base d’alcool ou les deux en alternance sur les bras de 17 volontaires, plusieurs fois par jour. Le détergent a causé plus d’irritation visible et plus de dommages à la barrière, mesurés par la perte insensible en eau (l’eau qui s’échappe à travers la peau). L’alternance des deux restait plus douce que le détergent seul.
- De vraies infirmières pendant de vrais quarts de travail. Dans un essai croisé à répartition aléatoire auprès de 32 infirmières d’hôpital, les scores d’irritation et de sécheresse ont nettement augmenté pendant deux semaines de lavage à l’eau et au savon, et la teneur en eau de la peau a baissé. Pendant deux semaines avec un gel à base d’alcool, l’irritation n’a pas augmenté et la teneur en eau a à peine bougé.
L’OMS résume l’ensemble des données de la même façon : les désinfectants à base d’alcool qui contiennent des humectants sont mieux tolérés et associés à un meilleur état de la peau que le savon ordinaire ou antimicrobien. Elle note aussi qu’ils prennent moins de temps que le lavage, ce qui explique en partie qu’ils soient plus faciles pour les mains.
Une réserve honnête : une bonne partie de ces recherches a été faite auprès de travailleurs de la santé ou sur les bras de volontaires, et certaines impliquaient des chercheurs liés à des fabricants de produits d’hygiène des mains. Une revue de 2007 cosignée par un scientifique lié à un fabricant et un dermatologue arrive à la même conclusion, mais l’essai indépendant auprès des infirmières et les lignes directrices de l’OMS vont dans le même sens.
Pourquoi les formules avec agents hydratants comptent
L’alcool assèche bel et bien la surface de la peau ; l’étude de 2007 a mesuré une hydratation plus faible. C’est pourquoi la formule compte. L’OMS recommande que les désinfectants à base d’alcool contiennent des humectants, des ingrédients comme la glycérine qui retiennent l’eau dans la peau, pour qu’ils soient mieux tolérés. Beaucoup ajoutent aussi des émollients, qui adoucissent et assouplissent.
Dans un vaste programme hospitalier décrit par l’OMS, un désinfectant à base d’alcool contenant un émollient n’a causé de réaction cutanée que chez 13 des 2 750 travailleurs exposés. Au magasin, un désinfectant dont la liste d’ingrédients comprend un humectant comme la glycérine est un choix raisonnable pour des mains nettoyées plusieurs fois par jour.
Alors pourquoi ça pique ?
Une revue sur l’hygiène des mains et la dermatite le résume bien : l’alcool a un potentiel irritant très faible, mais il peut brûler sur une peau déjà irritée. La piqûre est un signal que la barrière est déjà endommagée, pas la preuve que le désinfectant a causé le dommage. L’OMS note que même un désinfectant bien toléré peut piquer sur des coupures et des gerçures.
C’est le moment de réparer la peau : hydratez-vous les mains après le nettoyage et au coucher, et consultez un pharmacien ou un médecin si les gerçures ne guérissent pas en quelques semaines.
Quand l’eau et le savon sont le bon choix
Le désinfectant ménage davantage la peau, mais il ne peut pas tout faire. Les CDC américains recommandent de se laver à l’eau et au savon :
- quand les mains sont visiblement sales ou grasses
- pour éliminer des germes que les désinfectants éliminent mal, comme le norovirus, le parasite Cryptosporidium et la bactérie Clostridioides difficile
- pour enlever des produits chimiques comme les pesticides ou des métaux lourds comme le plomb
En milieu de soins, les CDC mentionnent aussi le lavage avant de manger et après être allé aux toilettes. Dans la vie de tous les jours, les mêmes moments s’imposent : après les toilettes, avant de cuisiner et de manger.
Quand vous vous lavez, soyez doux : eau tiède, nettoyant doux, séchez en tapotant, puis hydratez.
Des habitudes qui protègent vos mains dans les deux cas
- Un seul moyen à la fois. L’OMS indique que se laver juste avant ou juste après un désinfectant à base d’alcool est inutile et peut mener à une dermatite.
- Laissez les mains sécher complètement avant d’enfiler des gants. Mettre des gants sur des mains humides, d’eau ou d’alcool, augmente le risque d’irritation.
- Mettez-en assez et frottez jusqu’à ce que ce soit sec. Les CDC suggèrent de couvrir toutes les surfaces et de frotter environ 20 secondes, avec un désinfectant contenant au moins 60 % d’alcool.
- Hydratez souvent. Les CDC notent que les lotions et les crèmes peuvent prévenir et réduire la sécheresse causée par le nettoyage des mains.
- Surveillez les jeunes enfants, qui peuvent avaler du désinfectant.
À retenir : quand vos mains ne sont pas visiblement sales, un désinfectant à base d’alcool avec agents hydratants est habituellement plus doux pour la peau qu’un autre passage au lavabo. Gardez l’eau et le savon pour la saleté, les toilettes, les repas et les germes que le désinfectant ne peut pas éliminer, et hydratez après l’un comme l’autre.
Questions liées
Pourquoi le désinfectant pique-t-il s’il est plus doux que le savon ?
Parce que la peau est déjà abîmée. Une revue sur l’hygiène des mains et la dermatite note que l’alcool a un potentiel irritant très faible, mais qu’il peut brûler sur une peau déjà irritée : la sensation de brûlure indique que la barrière est déjà atteinte. L’OMS précise que même un désinfectant bien toléré peut piquer sur des coupures ou des gerçures. La solution : soigner les gerçures, pas éviter le désinfectant.
Devrais-je me laver les mains après le désinfectant pour enlever le résidu ?
Ce n’est pas nécessaire, et ça peut empirer les choses. Les lignes directrices de l’OMS sur l’hygiène des mains indiquent que se laver à l’eau et au savon juste avant ou juste après un désinfectant à base d’alcool est inutile et peut mener à une dermatite. Choisissez l’un ou l’autre à chaque fois, et hydratez-vous les mains régulièrement dans la journée.
Quand l’eau et le savon valent-ils mieux que le désinfectant ?
Quand les mains sont visiblement sales ou grasses, avant de manger et après être allé aux toilettes, et quand on s’inquiète de germes que les désinfectants éliminent mal, comme le norovirus, Cryptosporidium ou Clostridioides difficile. Les CDC recommandent aussi le lavage pour enlever des produits chimiques comme les pesticides ou le plomb. Lavez alors doucement et hydratez ensuite.
Peut-on être allergique au désinfectant pour les mains ?
C’est possible, mais rare. L’OMS décrit la dermatite allergique de contact liée aux produits d’hygiène des mains comme peu fréquente, et due à un ingrédient ajouté plutôt qu’à l’alcool. Si une éruption revient toujours de la même façon après un produit précis, consultez votre médecin ou votre pharmacien ; des tests épicutanés peuvent aider à trouver la cause.
Sources
- Skin reactions related to hand hygiene (WHO Guidelines on Hand Hygiene in Health Care)
- How irritant is alcohol?
- Less skin irritation from alcohol-based disinfectant than from detergent used for hand disinfection
- Skin irritation and dryness associated with two hand-hygiene regimens: soap-and-water hand washing versus hand antisepsis with an alcoholic hand gel
- Prevention of irritant contact dermatitis among health care workers by using evidence-based hand hygiene practices: a review
- About Hand Sanitizer
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.