Les désinfectants pour les mains sans alcool promettent la commodité d’une bouteille à pompe sans le picotement, l’odeur ni la sécheresse. Ils existent, ils sont légaux au Canada, et ils font quelque chose. La vraie question, c’est combien, comparé à l’alcool et au savon.
Ce que « sans alcool » contient vraiment
Les désinfectants à base d’alcool agissent avec de l’éthanol ou de l’isopropanol à 60 à 80 pour cent, qui détruit au contact les protéines et les membranes grasses des germes. Sans alcool, il faut un autre ingrédient actif, et au Canada, c’est presque toujours le chlorure de benzalkonium.
Le chlorure de benzalkonium est un ammonium quaternaire, ou « quat » : une molécule à charge positive qui s’accroche à la surface chargée négativement des bactéries et de certains virus et désorganise leur membrane externe. C’est la même famille que bien des désinfectants pour surfaces. Dans un désinfectant pour les mains, on l’utilise à une fraction de un pour cent, et il laisse un mince film sur la peau au lieu de s’évaporer comme l’alcool.
Quelques autres actifs sont permis pour le même usage : le chlorure de benzéthonium (un proche cousin), le gluconate de chlorhexidine (connu des brossages chirurgicaux) et le chloroxylénol. En pratique, la plupart des produits sans alcool vendus ici sont au chlorure de benzalkonium.
Comment Santé Canada autorise les désinfectants pour les mains
Au Canada, un désinfectant pour les mains n’est pas un cosmétique : c’est un produit de santé qui doit être autorisé avant d’être vendu, et l’étiquette vous dit quelle voie il a prise.
- Les désinfectants à base d’alcool sont des produits de santé naturels. Ils sont homologués en vertu de la monographie de Santé Canada sur les nettoyants antiseptiques pour la peau, qui fixe l’éthanol de 60 à 80 pour cent ou l’isopropanol de 60 à 75 pour cent, et ils portent un numéro de produit naturel à huit chiffres, le NPN.
- Les désinfectants sans alcool sont des médicaments sans ordonnance. Sous la même monographie, le chlorure de benzalkonium est permis de 0,1 à 0,15 pour cent, le chlorure de benzéthonium de 0,05 à 0,5 pour cent, le gluconate de chlorhexidine de 2 à 4 pour cent et le chloroxylénol de 0,5 à 3 pour cent. Ces produits portent un numéro d’identification de médicament, le DIN.
Santé Canada publie une liste consultable des désinfectants autorisés. Sans NPN ni DIN sur l’étiquette, le produit n’a pas été autorisé au Canada.
La monographie limite aussi ce que ces produits peuvent alléguer. Un désinfectant peut se dire nettoyant antiseptique ou antibactérien qui tue les bactéries ou les germes nuisibles. Il ne peut pas prétendre tuer 99,9 pour cent des germes (la monographie ne soutient pas ce genre d’allégation), ni alléguer un effet antiviral, et Santé Canada précise qu’aucun désinfectant pour les mains n’est autorisé au Canada avec des allégations liées à la COVID-19. Ça vaut pour les produits avec ou sans alcool. Un produit doit aussi ne contenir qu’un seul ingrédient actif pour se qualifier sous la monographie.
Ce que disent les preuves face à l’alcool
C’est ici que les produits sans alcool perdent du terrain.
Les Centers for Disease Control and Prevention américains, dans leurs lignes directrices sur l’hygiène des mains en milieu de soins, notent que le chlorure de benzalkonium est admissible, puis ajoutent que les données disponibles indiquent une activité moins fiable contre certaines bactéries et certains virus que l’un ou l’autre des alcools. Leur recommandation reste un produit à plus de 60 pour cent d’éthanol ou 70 pour cent d’isopropanol, sans solution de rechange recommandée.
Les conseils des CDC au grand public suivent la même ligne : utilisez un désinfectant à au moins 60 pour cent d’alcool, et ils ne parlent pas du tout des produits sans alcool.
Pourquoi cet écart ? L’alcool tue vite et largement. Le chlorure de benzalkonium agit plus lentement et ses résultats varient davantage d’un germe et d’une étude à l’autre. Ça ne le rend pas inutile : c’est quand même un antiseptique, et Santé Canada l’accepte pour l’usage courant. Mais quand la fiabilité compte, par exemple pour prendre soin d’une personne malade, l’alcool est le choix le mieux appuyé.
Là où les produits sans alcool ont des arguments
Certaines raisons de les choisir sont légitimes :
- La tolérance de la peau. L’alcool peut piquer sur une peau gercée. Fait intéressant, les CDC disent que le produit à base d’alcool est en réalité moins irritant et moins asséchant que l’eau et le savon, alors « sans alcool » n’est pas automatiquement plus doux que le lavage. Mais pour des mains très abîmées, un produit au chlorure de benzalkonium peut sembler plus tolérable.
- Les milieux où l’alcool est malvenu. Certains lieux de travail, écoles ou établissements restreignent les produits inflammables ou l’alcool pour d’autres raisons.
- Le film résiduel. Les quats laissent une pellicule sur la peau. Certains produits bâtissent là-dessus des allégations de « longue durée », dont on parle dans un autre article. La monographie de Santé Canada ne compte pas la persistance parmi les allégations permises : il faut des preuves à part.
Rien de tout ça ne transforme un produit sans alcool en équivalent de l’alcool. Ce sont des raisons d’accepter un compromis en connaissance de cause.
Quand se laver les mains vaut mieux que tout désinfectant
Les CDC comme Santé Canada placent les désinfectants derrière l’eau et le savon. La monographie dit que les antiseptiques personnels pour les mains doivent servir avec modération sur des mains légèrement souillées, comme solution de deuxième ligne, et ne remplacent pas l’eau et le savon.
Lavez-vous plutôt que de désinfecter quand :
- vos mains sont visiblement sales ou grasses, parce que tout désinfectant agit mal à travers la saleté ;
- vous êtes allé aux toilettes ou avez changé une couche ;
- vous avez jardiné, campé ou manipulé des aliments crus ;
- le germe qui vous inquiète résiste aux désinfectants. Les CDC nomment le norovirus, Cryptosporidium et Clostridioides difficile, et notent que l’eau et le savon enlèvent aussi les produits chimiques, ce que les désinfectants ne font pas.
Quand vous utilisez un désinfectant, avec ou sans alcool, mettez-en assez pour mouiller toutes les surfaces des deux mains et frottez jusqu’à séchage. Les CDC disent que ça prend environ 20 secondes, et avertissent de ne pas l’essuyer ni le rincer avant. Santé Canada demande au moins 30 secondes de friction pour les produits à l’alcool.
Lire l’étiquette en magasin
Une courte liste pour n’importe quel désinfectant :
- Un numéro. NPN pour l’alcool, DIN pour le sans alcool. Pas de numéro, pas d’autorisation.
- L’actif et sa concentration. Éthanol ou isopropanol à 60 pour cent ou plus ; chlorure de benzalkonium de 0,1 à 0,15 pour cent.
- Des allégations réalistes. « Tue les bactéries nuisibles » est permis. « Tue 99,9 % des germes » ou quoi que ce soit sur les virus ou la COVID-19 ne l’est pas.
- Une mise en garde pour les enfants. Les produits à l’alcool doivent la porter : en avaler même un peu peut être dangereux.
Si vos mains sont sèches, gercées ou douloureuses à force de désinfecter, c’est un problème de barrière cutanée, pas une raison de désinfecter moins quand ça compte. Hydratez après le lavage, et si ça ne va pas mieux après deux semaines, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Vous pouvez parcourir les produits pour les mains évalués pour leurs allégations.
En résumé : les désinfectants sans alcool sont de vrais produits autorisés au Canada, bâtis sur le chlorure de benzalkonium, et moins fiables que l’alcool contre certains germes. Utilisez-les en le sachant, gardez de l’alcool sous la main pour quand ça compte, et rappelez-vous que ni l’un ni l’autre ne bat un lavabo.
Questions liées
Quel est l’ingrédient actif des désinfectants pour les mains sans alcool ?
La plupart utilisent le chlorure de benzalkonium, un ammonium quaternaire qui désorganise la membrane externe des bactéries et de certains virus. La monographie de Santé Canada sur les nettoyants antiseptiques pour la peau le permet de 0,1 à 0,15 pour cent. Quelques produits utilisent des composés apparentés, comme le chlorure de benzéthonium, le gluconate de chlorhexidine ou le chloroxylénol, à leurs propres concentrations.
Comment savoir si un désinfectant pour les mains est autorisé au Canada ?
Cherchez un numéro à huit chiffres sur l’étiquette. Les désinfectants à base d’alcool portent un numéro de produit naturel (NPN) ; les produits sans alcool à base de chlorure de benzalkonium et d’actifs semblables portent un numéro d’identification de médicament (DIN). Santé Canada publie une liste des désinfectants autorisés, consultable par numéro ou par nom de produit.
Les désinfectants sans alcool sont-ils aussi efficaces que ceux à l’alcool ?
Selon les preuves, pas tout à fait. Les lignes directrices des CDC américains sur l’hygiène des mains en milieu de soins indiquent que les données disponibles montrent une activité moins fiable du chlorure de benzalkonium contre certaines bactéries et certains virus que l’éthanol ou l’isopropanol. Santé Canada l’autorise pour le nettoyage antiseptique courant, mais pas pour des allégations comme « tue 99,9 % des germes ».
Quand le lavage à l’eau et au savon vaut-il mieux que tout désinfectant ?
Quand vos mains sont visiblement sales ou grasses, après être allé aux toilettes, et quand le germe en cause résiste aux désinfectants, comme le norovirus, Cryptosporidium ou Clostridioides difficile. La monographie de Santé Canada dit que les antiseptiques personnels pour les mains sont une solution de deuxième ligne pour des mains légèrement souillées, pas un substitut à l’eau et au savon.
Sources
- Hand sanitizers (COVID-19): authorized products and how to use them
- Applying for a Drug Identification Number (DIN) to distribute or sell hand sanitizer: eligible products
- Monograph: Antiseptic Skin Cleansers (Personal Domestic Use)
- Hand hygiene recommendations: guidance for healthcare providers about hand hygiene and COVID-19
- About hand sanitizer
- Clinical safety: hand hygiene for healthcare workers
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.