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Pourquoi l’écran solaire est un médicament (ou un produit naturel) au Canada

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 6 min de lecture

L’hydratant sur la tablette n’a aucun numéro sur son étiquette. L’écran solaire juste à côté, oui : un DIN ou un NPN. C’est qu’au Canada, l’écran solaire n’est pas du tout un cosmétique. C’est un produit de santé qui prétend prévenir un tort, et ça change les règles sur ce qu’il peut contenir et ce que l’étiquette a le droit de dire.

Pourquoi l’écran solaire n’est pas un cosmétique

Un cosmétique nettoie, embellit ou modifie l’apparence. Un écran solaire fait autre chose : il prétend protéger la peau du rayonnement ultraviolet (UV) et aider à prévenir les coups de soleil. Santé Canada classe les écrans solaires comme médicaments en vente libre ou comme produits de santé naturels, et les deux doivent être autorisés par Santé Canada avant d’être vendus.

C’est vrai aussi pour un hydratant de jour ou un fond de teint qui affiche un FPS. Dès qu’un produit revendique un facteur de protection solaire, c’est un écran solaire aux yeux de l’organisme de réglementation, peu importe le rayon où il se trouve.

DIN ou NPN : tout dépend du filtre

Le numéro que reçoit un écran solaire dépend de ses filtres UV, les ingrédients qui absorbent ou dispersent la lumière UV.

  • NPN (numéro de produit naturel) : les produits dont les seuls filtres sont l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane, les deux filtres minéraux. La monographie de Santé Canada permet chacun jusqu’à 25 %.
  • DIN (numéro d’identification du médicament) : les produits qui contiennent un des filtres chimiques de la liste des médicaments de la monographie, comme l’avobenzone, l’octocrylène ou le bémotrizinol, chacun avec sa concentration maximale.

Un écran solaire qui combine un filtre minéral et un filtre chimique reçoit un DIN.

On est tenté de lire le NPN comme « plus doux » ou le DIN comme « plus fort ». Ni l’un ni l’autre n’est inscrit dans le numéro. Les deux voies mènent à la même Monographie des écrans solaires primaires, un document de Santé Canada qui fixe les ingrédients permis, les allégations, le libellé de l’étiquette et les essais. Le numéro vous dit surtout quels filtres se trouvent dans le flacon.

Ce que veut dire le FPS, et comment on le mesure

FPS signifie facteur de protection solaire. Il décrit la protection contre les coups de soleil. Santé Canada précise que le FPS indique une protection relative contre les brûlures ; ce n’est pas un calcul du temps supplémentaire qu’on peut passer au soleil sans risque.

Le chiffre vient d’un essai normalisé sur des volontaires, comme la norme internationale ISO 24444 que cite la monographie. On étale une quantité mesurée de produit sur la peau, puis on compare la quantité de lumière UV nécessaire pour faire rougir la peau protégée et la peau non protégée.

La monographie en tire deux règles d’étiquetage :

  • Toute valeur supérieure à 50 doit s’écrire « FPS 50+ ». Vous ne verrez pas de FPS 70 ou 100 sur une étiquette canadienne.
  • Aucun autre « + » n’est permis, pas plus que les promesses de protection « toute la journée » ou de rester plus longtemps au soleil.

Le piège, c’est la quantité. Les essais normalisés utilisent 2 mg d’écran solaire par centimètre carré de peau, une couche épaisse. Une étude publiée en 2009 auprès de 40 volontaires a appliqué le même produit à 2 ; 1,5 ; 1,0 et 0,5 mg/cm² et a constaté que le FPS baissait avec la quantité, chaque quantité inférieure donnant un résultat nettement plus bas que la dose complète. La conclusion des auteurs était simple : il faut en mettre davantage. Pour un adulte, Santé Canada suggère environ 35 mL pour tout le corps, soit environ une cuillère à thé pour le visage et le cou, pour chaque bras, chaque jambe, le devant et le dos.

Ce que veut dire « large spectre » sur une étiquette canadienne

Santé Canada explique que les UVB sont la principale cause des coups de soleil et que les UVA comme les UVB peuvent augmenter le risque de cancer de la peau. Les écrans à large spectre protègent contre les deux.

Pour afficher « large spectre », un produit doit contenir des filtres qui couvrent les UVA et les UVB et atteindre une longueur d’onde critique d’au moins 370 nanomètres. C’est une mesure de laboratoire qui indique jusqu’où, dans la zone des UVA, s’étend la protection du produit. La monographie renvoie à des méthodes normalisées comme la norme ISO 24443 pour l’essai UVA.

Un écran solaire qui veut dire qu’il aide à réduire le risque de cancer de la peau doit en faire plus : un FPS de 15 ou plus, le large spectre, et un énoncé complet sur l’étiquette à propos des autres mesures de protection solaire. Santé Canada recommande lui-même un produit à large spectre avec un FPS de 30 ou plus.

Résistant à l’eau, pas imperméable

C’est l’allégation la plus souvent mal comprise.

La monographie permet à un produit de dire qu’il résiste à l’eau ou à la transpiration pendant 40 ou 80 minutes, et seulement s’il réussit un essai reconnu. Ces minutes correspondent au temps testé dans l’eau : c’est une minuterie pour la prochaine application, pas la promesse que l’écran tiendra tout l’après-midi.

Les mots qui laissent croire le contraire sont interdits : « imperméable », « à l’épreuve de la sueur », « écran total », « bouclier solaire » et toute formule qui suggère une protection totale ou complète.

Les consignes générales de Santé Canada : appliquer généreusement au moins 15 minutes avant de sortir et remettre au moins toutes les deux heures, et plus souvent si vous transpirez, vous baignez ou vous essuyez avec une serviette.

Santé Canada vérifie-t-il les écrans solaires une fois en vente ?

Parfois. En 2017, après une hausse des signalements de réactions cutanées à la suite d’une couverture médiatique, Santé Canada a analysé 27 écrans solaires à filtres chimiques, dont 18 destinés aux enfants. Il a vérifié le pH, la quantité de chaque ingrédient actif, la présence d’ingrédients non déclarés, deux agents de conservation précis et la contamination microbienne. Les 27 ont réussi. Un examen de sécurité a ensuite conclu que des réactions cutanées rares, légères à modérées, peuvent survenir chez les personnes allergiques à certains ingrédients, un risque déjà pris en compte dans l’étiquetage canadien.

Voilà le portrait honnête : les écrans solaires autorisés sont généralement fabriqués comme l’indique l’étiquette, et les réactions sont peu fréquentes, mais elles arrivent. Si un écran solaire vous donne une éruption, cessez de l’utiliser et demandez à un pharmacien d’en suggérer un avec d’autres filtres. Pour les bébés de moins de six mois, Santé Canada conseille de consulter un professionnel de la santé avant d’utiliser un écran solaire.

Lire l’étiquette en 30 secondes

  • DIN ou NPN ? L’un des deux doit y être. Si un produit affiche un FPS sans aucun des deux, prudence.
  • FPS 30 ou plus, et la mention « large spectre ».
  • Résistant à l’eau 40 ou 80 minutes si vous allez vous baigner ou transpirer.
  • La date de péremption. Santé Canada rappelle que tous les écrans solaires en ont une.

En bref : au Canada, les écrans solaires sont des produits de santé, avec un NPN pour les filtres uniquement minéraux et un DIN pour les filtres chimiques. Les deux suivent la même monographie, qui normalise l’essai du FPS, réserve « large spectre » aux produits qui couvrent aussi les UVA et remplace « imperméable » par 40 ou 80 minutes testées. L’étiquette est fiable ; ce qui dépend de vous, c’est d’en mettre assez et d’en remettre.

Questions liées

Un écran solaire avec un NPN protège-t-il moins qu’un écran avec un DIN ?

Non. Le numéro reflète le type de filtre UV, pas le niveau de protection. Les produits qui n’utilisent que l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane reçoivent un NPN ; ceux qui contiennent un filtre chimique reçoivent un DIN. Les deux suivent la même monographie de Santé Canada, les mêmes règles d’étiquetage et les mêmes méthodes d’essai pour le FPS, le large spectre et la résistance à l’eau.

Pourquoi les écrans solaires ne peuvent-ils plus dire « imperméable » ?

Parce qu’aucun ne l’est. La monographie de Santé Canada n’autorise pas « imperméable », « à l’épreuve de la sueur », « écran total » ni aucune formule qui laisse croire à une protection complète. Un produit qui réussit un essai normalisé peut dire qu’il résiste à l’eau pendant 40 ou 80 minutes, ce qui indique quand en remettre après la baignade ou l’effort.

FPS 50+ veut-il dire deux fois plus de protection que FPS 30 ?

Pas au sens où on l’entend. Le FPS décrit la protection contre les coups de soleil, mesurée en laboratoire avec une couche épaisse et uniforme. Santé Canada plafonne l’étiquette à « FPS 50+ » au-delà de 50. La quantité appliquée et la fréquence d’application comptent davantage dans la vraie vie, et Santé Canada recommande un FPS de 30 ou plus.

Un hydratant avec FPS peut-il être un cosmétique ?

Pas s’il affiche un FPS. Au Canada, un produit qui indique un facteur de protection solaire est un écran solaire : il lui faut un DIN ou un NPN et il doit suivre la monographie, même s’il est surtout vendu comme hydratant ou fond de teint. Un FPS sans numéro mérite qu’on y regarde de plus près.

Sources

  1. SunscreensHealth Canada, 2026
  2. Primary Sunscreen MonographHealth Canada, 2026
  3. 2018 report on sunscreen testingHealth Canada, 2020
  4. The influence of the amount of sunscreen applied and its sun protection factor (SPF): evaluation of two sunscreens including the same ingredients at different concentrationsPhotodermatology, Photoimmunology & Photomedicine, 2009

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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