« Hydratant » est un mot inventé par le marketing, et les revues de dermatologie admettent qu’il n’a toujours pas de définition scientifique établie. Ce que font les produits est plus clair : trois tâches, assurées par trois familles d’ingrédients. Une fois qu’on sait les repérer sur une étiquette, choisir un hydratant cesse d’être une loterie.
Pourquoi la peau a besoin d’aide pour retenir l’eau
La couche externe de votre peau, la couche cornée, est un mur de cellules mortes aplaties (les « briques ») prises dans une matrice de gras appelés lipides (le « mortier »). À l’intérieur des briques se trouve un humectant naturel, le facteur naturel d’hydratation, qui retient l’eau.
Cette eau garde la couche souple, et les enzymes qui détachent les vieilles cellules ne travaillent bien que si la couche est humide. Quand la teneur en eau tombe trop bas, les cellules s’empilent à la surface et on voit des squames. Si le mortier perd des lipides en même temps, l’eau s’échappe encore plus vite. Le rôle d’un hydratant, c’est d’interrompre ce cycle, de trois façons.
Premier rôle : les humectants attirent l’eau
Un humectant est un ingrédient qui attire l’eau et la retient. La glycérine est l’exemple classique : peu coûteuse, efficace, présente presque partout. Les autres incluent l’urée, l’acide hyaluronique, le panthénol, le sorbitol, l’acide lactique et le propylèneglycol.
Les humectants tirent l’eau vers la couche cornée de deux sources : l’air ambiant et les couches vivantes, plus humides, de la peau en dessous. Cette deuxième voie a un hic. Dans un air très sec, l’eau remontée d’en bas peut continuer sa route et s’évaporer à la surface. Les revues de dermatologie sont claires : les humectants fonctionnent mieux associés à un occlusif qui garde cette eau en place. Dans un hiver canadien, avec l’air asséché par le chauffage, cette association compte.
Certains humectants en font plus : l’urée à plus forte concentration et l’acide lactique adoucissent aussi la peau rugueuse, et l’acide lactique peut stimuler la production de céramides par la peau elle-même.
Deuxième rôle : les émollients comblent les trous
Les émollients sont surtout des lipides et des ingrédients apparentés qui se glissent dans les espaces entre les cellules qui pèlent. Ils lissent la surface, la rendent douce et souple, et ajoutent au passage une occlusion partielle.
Exemples : les acides gras et alcools gras, le cholestérol, le squalène, et les céramides ou leurs imitations synthétiques (les « pseudocéramides »). Les céramides méritent une mention : ce sont les principaux lipides du mortier de votre peau, et une revue décrit des mélanges topiques de céramides, de cholestérol et d’acides gras libres, dans des proportions proches de celles d’une peau saine, comme capables d’accélérer la réparation de la barrière après un dommage. Contrairement au pétrolatum, ces lipides « physiologiques » peuvent pénétrer dans la couche cornée plutôt que de rester dessus.
Vous verrez souvent « émollient » et « hydratant » employés l’un pour l’autre. Dans la vie courante, c’est correct; techniquement, un émollient est un type d’ingrédient à l’intérieur d’un hydratant.
Troisième rôle : les occlusifs scellent la surface
Un occlusif est un ingrédient huileux qui forme un film hydrofuge sur la peau pour que moins d’eau s’évapore. C’est la façon la plus directe d’abaisser la perte insensible en eau, ce filet constant d’eau qui quitte la peau.
Le pétrolatum (gelée de pétrole) est la référence. À une concentration de seulement 5 %, il peut réduire la perte d’eau à travers la peau de plus de 98 %. En comparaison, la lanoline, l’huile minérale et les silicones comme le diméthicone la réduisent d’environ 20 à 30 %. La cire d’abeille, l’oxyde de zinc et diverses huiles et beurres végétaux sont aussi occlusifs.
Les occlusifs fonctionnent mieux sur une peau humide, parce qu’ils emprisonnent l’eau déjà présente.
Les inconvénients sont surtout pratiques. Les occlusifs lourds sont gras, peuvent piéger la sueur dans les plis, et l’huile minérale et le pétrolatum causent parfois une folliculite (des follicules pileux enflammés) si on les frotte fort sur des zones poilues. La lanoline cause parfois une dermatite de contact allergique.
Pourquoi les meilleurs hydratants combinent les trois
Un humectant sans occlusif peut perdre son eau dans l’air sec. Un occlusif sans humectant scelle ce qui est là, mais n’ajoute rien. Les émollients seuls lissent la surface sans grand effet sur la perte d’eau.
Ensemble, chacun couvre les faiblesses des autres : l’humectant apporte l’eau, l’émollient répare le mortier et l’occlusif empêche l’eau de partir. Une revue décrit la glycérine associée à des occlusifs comme soulageant la sécheresse « en synergie », c’est-à-dire que le duo fait plus que chacun seul.
C’est pourquoi une bonne étiquette montre généralement les trois familles : eau et glycérine en haut de liste, des acides gras, du cholestérol ou des céramides au milieu, et du pétrolatum, du diméthicone ou un beurre végétal plus loin.
Lotion, crème ou onguent ?
L’autre chose qui distingue les hydratants, c’est le véhicule, autrement dit la proportion d’huile et d’eau :
- Les lotions sont des émulsions huile-dans-eau : surtout de l’eau, un peu d’huile. Légères, vite absorbées, bonnes pour les zones poilues, la sécheresse légère et le jour.
- Les crèmes contiennent plus d’huile, à peu près moitié-moitié dans bien des formules. Un bon compromis pour la plupart des peaux sèches.
- Les onguents sont surtout de l’huile, souvent autour de 80 %, avec peu d’eau. Gras, mais les plus efficaces pour la peau très sèche, épaisse ou squameuse et par faible humidité. À éviter dans les plis, où ils piègent l’humidité.
- Les gels retiennent leur liquide dans un fin réseau de polymères et sont légers et non gras, utiles quand on ne veut aucun film.
Pour une peau vraiment sèche, les organismes de dermatologie recommandent les crèmes ou les onguents plutôt que les lotions : ils retiennent plus d’eau.
Choisir selon votre peau et la saison
Quelques règles pratiques tirées des sources en dermatologie :
- Peau sèche : oubliez les lotions; choisissez une crème, ou un onguent pour les zones les plus sèches comme les talons, les mains et les coudes. Cherchez céramides, glycérine, urée ou pétrolatum.
- Peau grasse ou à tendance acnéique : une lotion légère ou un gel, ou de l’hydratant seulement sur les parties sèches du visage.
- Peau sensible ou sujette à l’eczéma : sans parfum (et non « non parfumé », qui peut contenir un parfum masquant), et des formules simples avec peu d’ingrédients. Parcourir les hydratants sans parfum est un bon point de départ.
- Après 50 ans : la peau retient moins d’eau avec l’âge, et bien des gens doivent passer d’une lotion à une crème.
- En hiver : montez d’un cran. Lotion en juillet, crème en janvier, et onguent sur les mains. L’humidité intérieure d’une maison chauffée est souvent très basse, et les occlusifs prennent toute leur valeur.
Quel que soit votre choix, le moment compte autant que le produit. Appliquez-le tout de suite après le bain ou le lavage des mains, pendant que la peau est encore humide, et réappliquez dans la journée : il ne reste qu’environ la moitié d’un hydratant sur la peau après huit heures.
Si votre peau reste sèche, fissurée ou irritée après deux semaines, consultez votre médecin ou votre pharmacien : une sécheresse persistante peut être un signe d’eczéma, de psoriasis ou d’une autre affection qui demande plus qu’un hydratant.
Trois rôles, trois familles d’ingrédients. Les humectants comme la glycérine attirent l’eau; les émollients comme les céramides comblent les trous du mortier; les occlusifs comme le pétrolatum scellent la surface pour que l’eau reste. Un bon hydratant fait les trois, et plus la formule est riche, plus elle est occlusive. Adaptez la texture à votre peau et à la saison, appliquez sur peau humide, et persévérez.
Questions liées
La gelée de pétrole est-elle un bon hydratant à elle seule ?
C’est un excellent occlusif : à 5 % ou plus, elle peut réduire la perte d’eau à travers la peau de plus de 98 %, bien plus que l’huile minérale ou les silicones. Mais elle n’apporte pas d’eau et ne remplace pas les lipides, donc elle fonctionne mieux sur une peau humide ou par-dessus un hydratant contenant un humectant, plutôt que seule sur une peau sèche.
Un humectant peut-il assécher ma peau ?
Parfois, dans l’air sec. Les humectants tirent l’eau des couches profondes de la peau autant que de l’air. Dans une maison canadienne chauffée en hiver, où l’humidité est très basse, cette eau peut tout simplement s’évaporer à la surface. Les revues de dermatologie recommandent d’associer les humectants à un ingrédient occlusif pour que l’eau reste en place.
Quelle est la différence entre une lotion, une crème et un onguent ?
Surtout le rapport huile-eau. Les lotions sont surtout de l’eau avec un peu d’huile, donc elles s’étalent facilement et sont légères. Les crèmes contiennent plus d’huile. Les onguents sont surtout de l’huile, souvent autour de 80 %, avec peu ou pas d’eau, ce qui les rend gras mais les plus efficaces pour retenir l’humidité dans une peau très sèche.
À quelle fréquence appliquer un hydratant ?
Ça dépend de la sécheresse de votre peau. Une revue note qu’il ne reste qu’environ la moitié d’un hydratant sur la peau après huit heures, donc une fois par jour suffit rarement pour une peau sèche. Les sources en dermatologie suggèrent plusieurs applications par jour, et toujours tout de suite après le bain ou le lavage des mains, pendant que la peau est encore humide.
Sources
- The Role of Moisturizers in Addressing Various Kinds of Dermatitis: A Review
- Emollients and moisturisers
- Dermatologists’ top tips for relieving dry skin
- How to pick the right moisturizer for your skin
- The Clinical Relevance of Maintaining the Functional Integrity of the Stratum Corneum in both Healthy and Disease-affected Skin
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.