Au Canada, les cosmétiques ne sont pas approuvés avant d’être vendus. Alors comment Santé Canada empêche-t-il le mercure de se retrouver dans une crème pour le visage, ou un produit capillaire de contenir trop d’un produit chimique agressif ? Une bonne partie de la réponse tient dans une longue page Web au nom un peu dramatique : la Liste critique des ingrédients des cosmétiques. Voici ce qu’elle est, ce qu’on y trouve et ce qu’elle ne peut pas faire.
Ce qu’est la Liste critique
Santé Canada la décrit comme un outil administratif qui sert à informer les fabricants que certaines substances peuvent être interdites ou restreintes dans les cosmétiques. Ce n’est pas une loi distincte. C’est une liste publique qui rattache chaque entrée à des règles déjà en place, surtout l’interdiction générale, dans la Loi sur les aliments et drogues, de vendre un cosmétique pouvant nuire à la personne qui l’utilise, et les règles d’étiquetage du Règlement sur les cosmétiques.
Ce lien juridique compte. Comme les règles de base sont déjà en vigueur, une nouvelle entrée s’applique dès sa publication. Il n’y a pas de période de transition prévue par la loi, même si Santé Canada dit mettre l’accent sur l’accompagnement des entreprises après une mise à jour.
La liste comporte deux tableaux :
- Interdits : la substance ne doit pas se trouver dans un cosmétique.
- Restreints : elle est permise seulement sous conditions. Il peut s’agir d’une concentration maximale, de certains types de produits seulement, d’une plage de pH (le degré d’acidité du produit) ou d’une mise en garde obligatoire sur l’étiquette.
Quelques exemples concrets
Certaines entrées sont celles qu’on s’attend à voir interdites :
- Le mercure et ses composés sont interdits.
- Le plomb et ses composés sont interdits.
- Le chloroforme est interdit.
Beaucoup d’autres sont des restrictions, et elles montrent comment la liste raisonne en fonction de la dose et de l’usage :
- L’acide salicylique, l’acide bêta-hydroxylé de bien des exfoliants, est plafonné à 2 %.
- Les acides alpha-hydroxylés comme les acides glycolique et lactique sont permis dans les produits grand public entre 3 % et 18 % (au total), à un pH de 3,5 ou plus.
- Le rétinol et ses esters (des formes de vitamine A) sont limités à 0,2 % d’équivalents rétinol dans les produits sans rinçage pour le corps et à 1,0 % dans les autres cosmétiques.
- La méthylisothiazolinone, un agent de conservation, est interdite dans les produits sans rinçage et limitée à 0,0015 % dans les produits rincés.
- Le formaldéhyde est interdit dans les aérosols et plafonné à 0,2 % lorsqu’il sert d’agent de conservation.
- Les composés fluorés ne sont pas permis dans les cosmétiques pour la bouche.
- Le talc n’est pas permis dans les produits destinés uniquement à la région génitale et fait l’objet de limites dans les poudres libres, pour réduire ce qu’on inhale.
Remarquez la tendance. Bien des restrictions portent sur la frontière entre cosmétique et médicament. Quand l’acide azélaïque a été ajouté en 2022, plafonné à 14 %, Santé Canada a donné deux raisons : ses propriétés thérapeutiques connues et son risque d’irritation cutanée. Le même raisonnement s’est appliqué au rétinal, une autre forme de vitamine A, ajouté en 2025. Au-delà de ces seuils, un ingrédient commence à agir comme un traitement, et les traitements passent par l’examen des médicaments.
Comment la liste est mise à jour
Santé Canada indique que les changements proposés s’appuient sur les revues scientifiques et d’autres données, les décisions du Plan de gestion des produits chimiques (le programme canadien d’évaluation des substances chimiques), des enquêtes de marché, ainsi que les décisions et avis d’organismes de réglementation et de groupes d’experts d’autres pays.
Le processus compte plusieurs étapes :
- Un avis aux intervenants, environ trois mois à l’avance. Santé Canada précise que ce n’est pas la consultation officielle.
- Les changements proposés sont publiés sur canada.ca pour une période de commentaires de 60 jours.
- Santé Canada examine les commentaires, ce qui peut prendre plusieurs mois, puis publie la mise à jour.
Les mises à jour arrivent à intervalles irréguliers. Les plus récentes datent d’août 2022, de mai 2024, de février 2025 et d’août 2025. Celle de mai 2024, par exemple, a ajouté la benzophénone et deux colorants après que des évaluations gouvernementales ont soulevé des préoccupations pour la santé, et elle a resserré l’entrée sur le talc. Elle a aussi fait passer la limite des acides alpha-hydroxylés de 10 % à 18 %, preuve qu’une mise à jour peut assouplir une règle autant que la resserrer.
Ce que la Liste critique ne veut pas dire
C’est ici qu’on lui prête le plus souvent trop de pouvoir.
« Absent de la liste » ne veut pas dire « prouvé sûr ». Santé Canada affirme clairement que la liste n’est pas exhaustive. Il peut agir contre tout cosmétique susceptible de nuire, que l’ingrédient y figure ou non. Et il demande à l’industrie de ne pas attendre une mise à jour : les fabricants doivent suivre eux-mêmes la littérature scientifique et les données de sécurité, et agir quand les preuves l’exigent.
« Permis » ne veut pas dire « sans effet sur votre peau ». Un agent de conservation ou un ingrédient de parfum peut être tout à fait légal et quand même causer une allergie chez les personnes sensibilisées. La Liste fixe des limites pour la population, pas pour votre peau à vous.
Une limite n’est pas une note de qualité. Un produit contenant 1 % d’un ingrédient restreint n’est pas « plus sûr » qu’un produit à 2 % si les deux respectent la règle et conviennent à l’usage. Les limites sont des plafonds, pas des cibles.
La liste ne fonctionne que pour les produits qui suivent les règles. Santé Canada l’applique aux cosmétiques déclarés, dont les entreprises doivent fournir la liste d’ingrédients. Ce qui est vendu en dehors de ce système n’est pas vérifié. Dans un avis de 2020, Santé Canada mettait en garde contre des crèmes éclaircissantes non autorisées, vendues en ligne et en magasin, qui contenaient du mercure, de l’hydroquinone à forte concentration et de puissants stéroïdes d’ordonnance, avec des risques comme des cloques, des cicatrices et un amincissement de la peau.
Ce qui arrive quand un produit enfreint les règles
Quand Santé Canada trouve une substance de la Liste critique dans un cosmétique, il a plusieurs options. Il peut demander l’étiquetage pour confirmer que le produit respecte les règles, demander à l’entreprise de s’engager à corriger le produit, exiger des preuves que le produit est sûr dans les conditions d’usage, ou faire cesser sa vente ou sa distribution.
Si vous croyez qu’un produit contient ce qu’il ne devrait pas, ou si vous avez eu une réaction, vous pouvez le signaler à Santé Canada. Et si un problème de peau ne se calme pas après l’arrêt d’un produit, consultez votre médecin ou votre pharmacien.
Comment s’en servir quand on magasine
Pas besoin d’apprendre la Liste critique par cœur. Quelques habitudes font l’essentiel du travail :
- Achetez auprès de vendeurs qui, selon vous, respectent les règles canadiennes, et méfiez-vous des crèmes importées aux promesses spectaculaires.
- Pour un produit qui prétend traiter quelque chose, cherchez un DIN ou un NPN sur l’étiquette.
- Si vous savez que vous réagissez à un ingrédient précis, lisez la liste d’ingrédients à chaque achat. Ça vous protège d’une façon qu’aucune liste nationale ne peut le faire.
En bref : la Liste critique est la liste publique de Santé Canada des ingrédients interdits dans les cosmétiques ou permis seulement sous conditions. Elle évolue avec les données et aide à garder les produits courants dans des limites sûres. Mais c’est un plancher, pas un sceau d’approbation, et votre propre lecture de l’étiquette compte toujours.
Questions liées
Si un ingrédient n’est pas sur la Liste critique, est-il sûr ?
Pas automatiquement. Santé Canada précise que la Liste critique n’est pas exhaustive et qu’il peut agir contre tout cosmétique susceptible de nuire, que l’ingrédient y figure ou non. Les entreprises doivent suivre elles-mêmes la science plutôt qu’attendre une mise à jour. L’absence d’un ingrédient signifie seulement que Santé Canada n’a pas fixé d’interdiction ou de limite précise pour lui.
La Liste critique s’applique-t-elle aux écrans solaires ou aux crèmes médicamenteuses ?
La Liste critique est un outil pour les cosmétiques. Les écrans solaires, les traitements contre l’acné et les shampoings antipelliculaires médicamenteux sont réglementés comme médicaments ou produits de santé naturels, examinés avant la vente selon d’autres règles. Certaines limites de la Liste existent justement pour garder les cosmétiques sous le seuil où un ingrédient agirait comme un médicament.
À quelle fréquence la Liste critique change-t-elle ?
Il n’y a pas de calendrier fixe. Les mises à jour récentes datent d’août 2022, de mai 2024, de février 2025 et d’août 2025. Avant un changement, Santé Canada publie la proposition et recueille des commentaires pendant 60 jours. Une fois publiée, la mise à jour s’applique aussitôt, puisque la loi sous-jacente est déjà en vigueur ; Santé Canada mise alors sur l’accompagnement des entreprises.
Puis-je vérifier un ingrédient moi-même ?
Oui. La Liste critique est publiée sur canada.ca en deux tableaux, ingrédients interdits et restreints, avec le nom de chaque substance, son numéro d’identification et ses conditions. Vous pouvez y chercher un ingrédient lu sur une étiquette. Les conditions dépendent souvent du type de produit : un même ingrédient peut être permis dans un shampoing, mais pas dans une crème sans rinçage.
Sources
- Cosmetic Ingredient Hotlist: Prohibited and restricted ingredients
- Cosmetic Ingredient Hotlist: List of ingredients that are prohibited or restricted for use in cosmetic products
- Changes to the Cosmetic Ingredient Hotlist
- Unauthorized skin lightening health products may pose serious health risks
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.