Des squames, ce sont des squames, jusqu’à ce qu’on regarde de près. Les flocons blancs sur votre col peuvent être des pellicules ordinaires, leur version enflammée qu’on appelle dermite séborrhéique, un psoriasis du cuir chevelu, ou simplement une peau asséchée par un long hiver. Chacun a son allure et sa solution, alors mieux vaut connaître les indices avant d’acheter une troisième bouteille.
Les quatre suspects en un coup d’œil
La version courte :
- Pellicules : squames lâches, blanches à jaunâtres, seulement sur le cuir chevelu, sans rougeur. Démangeaison légère au plus.
- Dermite séborrhéique : plaques rouges ou décolorées avec des squames grasses et jaunâtres ; peut toucher aussi les sourcils, les ailes du nez, les oreilles et la poitrine.
- Psoriasis du cuir chevelu : plaques épaisses, surélevées, bien délimitées, avec une squame blanc argenté d’aspect sec ; dépasse souvent la ligne des cheveux ; peut démanger fort.
- Cuir chevelu sec : peau rêche, qui tiraille et pique, avec de fines squames, pire l’hiver et après les douches chaudes ; rien de gras.
Les pellicules : des squames sans rougeur
Les pellicules sont de loin les plus fréquentes. Une revue publiée en 2015 dans le Journal of Clinical and Investigative Dermatology les situe chez environ la moitié des adultes dans le monde. Leur signature : une desquamation du cuir chevelu sans inflammation visible. La peau sous les squames a l’air normale, ni rouge ni enflée.
Les squames sont blanches à jaunâtres et, note la revue, peuvent avoir l’air grasses ou sèches. La démangeaison va de nulle à légère. Les pellicules commencent en général à la puberté, culminent vers 20 ans et s’estompent après 50 ans, avec des poussées l’hiver. La cause n’est ni la sécheresse ni la saleté : c’est une réaction aux résidus d’une levure, Malassezia, qui vit sur presque tous les cuirs chevelus et se nourrit de sébum (le gras naturel de la peau). Voilà pourquoi les shampooings antifongiques aident et les huiles, non.
La dermite séborrhéique : la même chose, plus l’inflammation
La dermite séborrhéique est, pour les dermatologues, l’extrémité plus sévère du même spectre. C’est une forme d’eczéma qui s’installe dans les zones grasses du corps. La revue décrit des plaques rouges bien délimitées couvertes de squames jaunâtres d’aspect gras. Sur les peaux foncées, précise l’American Academy of Dermatology, les plaques peuvent paraître rosées, violacées ou plus pâles plutôt que rouges.
L’emplacement est le plus gros indice. Les pellicules restent sur le cuir chevelu. La dermite séborrhéique atteint les sourcils, les plis de chaque côté du nez, les paupières, l’arrière et l’intérieur des oreilles et le haut de la poitrine, généralement de façon symétrique. La démangeaison est plus fréquente, et les squames peuvent former des croûtes couleur miel collées aux cheveux.
À quel point est-ce courant ? Les estimations varient : la revue de 2015 parle de 1 à 3 % des adultes, DermNet de 3 à 12 % de la population. Dans tous les cas, c’est bien plus rare que les pellicules. Il y a un pic dans les premiers mois de vie (le chapeau, qui disparaît généralement de lui-même entre 6 et 12 mois), un autre à l’adolescence et à l’âge adulte, surtout après 50 ans. Ça flambe avec l’hiver, le stress et le manque de sommeil, et c’est plus fréquent chez les hommes et chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou immunodéprimées.
Le psoriasis du cuir chevelu : plaques épaisses et squames argentées
Le psoriasis est une tout autre maladie, d’origine immunitaire : les cellules de la peau se fabriquent beaucoup trop vite et s’empilent en plaques. Environ 2 % des gens ont un psoriasis, et DermNet note qu’à peu près 80 % d’entre eux l’ont un jour sur le cuir chevelu.
Ce à quoi ça ressemble, selon DermNet et l’American Academy of Dermatology :
- Des plaques rouges, épaissies, aux contours nets.
- Une squame blanc argenté d’aspect sec, parfois avec un reflet. L’AAD en fait le trait qui distingue le psoriasis des pellicules.
- Des plaques qui dépassent la ligne des cheveux vers le front, la nuque ou le tour des oreilles.
- Une démangeaison qui va de légère à assez forte pour perturber le quotidien ; le grattage peut faire craquer et saigner la peau.
- Dans les cas sévères, une perte de cheveux temporaire là où la squame est épaisse ; ils repoussent quand les plaques disparaissent.
Les indices hors du cuir chevelu comptent aussi. Le psoriasis se montre souvent aux coudes, aux genoux, aux paumes et aux plantes des pieds, et peut toucher les ongles. Il est fréquent dans les familles, et environ une personne sur dix atteinte de psoriasis a aussi de l’arthrite.
Pour compliquer les choses, DermNet note que la dermite séborrhéique et le psoriasis du cuir chevelu peuvent coexister (on parle alors de sébopsoriasis). C’est le genre de cas où un œil exercé fait la différence.
Le cuir chevelu sec : quand le problème est vraiment l’hydratation
La peau du cuir chevelu reste de la peau, et elle peut s’assécher comme celle de vos tibias. DermNet décrit la peau sèche (xérose) comme une peau qui manque d’eau dans sa couche cornée externe, d’où un aspect terne, rêche et squameux, des démangeaisons et, dans les cas marqués, de fines crevasses. Les coupables habituels : l’air peu humide, le chauffage, l’eau chaude, les savons et détergents agressifs, et l’âge, puisque presque tout le monde a la peau sèche passé 60 ans.
Sur le cuir chevelu, ça donne un portrait familier en plein janvier au Canada : une peau qui tiraille et pique, de fines squames, rien de gras. Ça empire avec les douches très chaudes, les shampooings costauds et la fournaise qui roule sans arrêt ; ça s’améliore avec de l’eau tiède, un nettoyant plus doux, des lavages moins fréquents et un humidificateur dans la chambre.
Petite complication. La revue de 2015 rapporte que les cuirs chevelus sujets aux pellicules ont eux-mêmes une barrière cutanée subtilement abîmée qui réagit davantage aux irritants ; « sec » et « pellicules » ne s’excluent donc pas. Le test pratique, c’est ce qui aide : si des soins doux règlent le problème, c’était de la sécheresse ; si seul un shampooing antifongique y arrive, c’étaient des pellicules.
D’autres sosies à connaître
Quelques affections moins courantes peuvent aussi passer pour des pellicules ; le NHS les énumère :
- La teigne du cuir chevelu (tinea capitis), une infection fongique surtout vue chez les enfants : plaques squameuses, perte de cheveux par zones et parfois petits points noirs là où les cheveux ont cassé. Contagieuse, elle exige un traitement sur ordonnance.
- La dermatite de contact, une réaction à un produit appliqué sur les cheveux (teinture, fixatif, gel, mousse), qui donne une peau rouge et irritée pouvant cloquer ou craqueler.
- L’eczéma atopique, qui peut toucher le cuir chevelu en plus des plaques sèches et très irritantes habituelles ailleurs.
- Le chapeau chez les bébés : des croûtes grasses et jaunâtres sur le cuir chevelu, les sourcils et parfois la région de la couche, en général sans gravité et passagères.
Quand consulter
Des pellicules ordinaires se gèrent à la maison avec un shampooing antipelliculaire ; pour comparer des options, notre liste de produits capillaires est un bon point de départ. Le NHS recommande de consulter si :
- Les symptômes persistent après au moins quatre semaines de shampooing antipelliculaire.
- Les pellicules sont importantes ou le cuir chevelu démange beaucoup.
- Le cuir chevelu est rouge ou enflé.
- Vous avez des plaques squameuses et irritées sur le visage ou ailleurs sur le corps.
Ajoutez à cette liste une perte de cheveux par zones, des suintements ou des croûtes, et les plaques argentées épaisses décrites plus haut. L’American Academy of Dermatology rappelle aussi que plusieurs affections du cuir chevelu peuvent coexister, donc un autodiagnostic évident peut rester incomplet. Votre médecin, votre infirmière praticienne ou votre pharmacien peut souvent trancher d’un coup d’œil ; à l’occasion, un prélèvement ou une biopsie est nécessaire.
Regardez la peau sous les squames, pas seulement les squames. Un cuir chevelu normal avec des squames blanches lâches, ce sont des pellicules. Rouge, gras, jaune et qui gagne le visage, c’est une dermite séborrhéique. Des plaques épaisses et nettes, à squames argentées et sèches, qui dépassent la ligne des cheveux, ça pointe vers un psoriasis. Une peau qui tiraille, rêche et pire l’hiver, c’est probablement de la sécheresse. Et si le portrait est mêlé, ou qu’un mois de shampooing n’a rien donné, laissez un œil exercé y jeter un coup d’œil.
Questions liées
La dermite séborrhéique, est-ce juste de grosses pellicules ?
Presque. Les dermatologues y voient les deux extrémités d’une même affection. Les pellicules, c’est une desquamation sans inflammation visible, limitée au cuir chevelu. La dermite séborrhéique en est la version enflammée : la peau rougit (ou devient rosée, violacée ou plus pâle sur les peaux foncées), les squames ont l’air grasses et jaunâtres, et des plaques peuvent apparaître aux sourcils, aux ailes du nez, derrière les oreilles et sur la poitrine.
Comment distinguer un psoriasis du cuir chevelu des pellicules ?
Le psoriasis forme des plaques épaisses, surélevées, aux contours nets, couvertes d’une squame blanc argenté d’aspect sec, et elles dépassent souvent la ligne des cheveux vers le front, la nuque ou l’arrière des oreilles. Les pellicules sont plus lâches et la peau dessous n’est pas épaissie. Du psoriasis ailleurs (coudes, genoux, ongles) ou dans la famille est un autre bon indice. Un médecin peut le confirmer.
Un cuir chevelu sec cause-t-il des pellicules ?
Pas au sens habituel. Les pellicules dépendent du sébum, d’une levure qui s’en nourrit et de la sensibilité de chacun, pas d’un manque d’hydratation. Un cuir chevelu peut vraiment être sec, surtout l’hiver, avec l’eau chaude et les nettoyants agressifs, et cette sécheresse peut peler et démanger. Si un lavage plus doux et un humidificateur règlent le problème, c’était de la sécheresse ; si c’est un shampooing antifongique, c’étaient des pellicules.
Quand consulter pour des squames sur le cuir chevelu ?
Le NHS suggère de consulter si rien ne s’améliore après au moins quatre semaines de shampooing antipelliculaire, si le cuir chevelu démange beaucoup, est rouge ou enflé, ou si vous avez aussi des plaques squameuses et irritées sur le visage ou ailleurs. Des zones de perte de cheveux, des suintements ou des croûtes, ou des plaques épaisses et argentées méritent aussi un examen plutôt qu’un simple shampooing.
Sources
- Seborrheic Dermatitis and Dandruff: A Comprehensive Review
- Seborrhoeic dermatitis
- Scalp psoriasis
- Scalp psoriasis: Symptoms
- Dandruff
- Dry skin
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.