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Pourquoi certains hydratants sont gras et d’autres pas

L’équipe de rédaction du DRPPublié le 7 min de lecture

Deux hydratants peuvent afficher presque les mêmes ingrédients et donner des sensations complètement différentes : l’un disparaît en quelques secondes, l’autre laisse les mains luisantes pendant une heure. Ce n’est ni de la magie ni une mesure de qualité. Tout tient à quelques choix de formulation qu’on peut apprendre à lire.

Tout commence par l’huile et l’eau

Presque tous les hydratants sont des émulsions : des gouttelettes d’huile en suspension dans l’eau, ou des gouttelettes d’eau en suspension dans l’huile, tenues ensemble par un émulsifiant. Le sens de l’émulsion et les proportions déterminent la texture plus que tout le reste.

  • Les lotions sont des émulsions huile-dans-eau : surtout de l’eau, un peu d’huile. L’eau s’évapore en une minute ou deux, et il reste un film mince sur la peau. C’est la sensation « pénètre rapidement ».
  • Les crèmes contiennent plus d’huile, à peu près moitié-moitié dans bien des formules. Elles mettent plus de temps à sécher et laissent plus de matière.
  • Les onguents sont surtout de l’huile, souvent autour de 80 %, avec peu ou pas d’eau. Presque rien ne s’évapore, donc le film reste. C’est la sensation grasse.
  • Les gels retiennent leur liquide dans un fin réseau de polymères et sont généralement sans huile ou presque, d’où leur effet frais, léger et non gras.

Plus il y a d’eau, plus la formule paraît légère et peu occlusive; plus il y a d’huile, plus elle forme une couche protectrice, « particulièrement utile », selon une revue, quand l’humidité est basse.

Le type d’huile compte autant que la quantité

Toutes les huiles ne se ressemblent pas sur la peau.

Le pétrolatum et l’huile minérale sont les poids lourds. Le pétrolatum ne pénètre pas et ne sèche pas; il reste en surface sous forme de film, ce qui explique qu’à seulement 5 %, il peut réduire la perte d’eau de la peau de plus de 98 %. Il laisse aussi une brillance et une sensation glissante qui dure.

La lanoline, les huiles et les beurres végétaux sont entre les deux : émollients, moyennement occlusifs, chacun avec sa propre sensation.

Les silicones sont l’ingrédient qui a rendu le « non gras » possible. Le diméthicone, le plus courant, s’étale en une couche très mince, donne cette glisse soyeuse, et les revues de dermatologie le décrivent comme hypoallergénique et non comédogène (il ne bouche pas les pores). C’est souvent lui qui donne à un produit « léger » son fini lisse. Une étude comparant des émulsions semblables, avec et sans silicones, a trouvé que les volontaires notaient les versions au silicone plus soyeuses, plus fraîches et plus douces, et moins grasses.

Un bémol honnête : les revues ne s’entendent pas sur la perte d’eau que le diméthicone empêche. L’une place les silicones à une réduction de 20 à 30 %; une autre dit que, parce qu’il laisse passer la vapeur d’eau, il ne la réduit pratiquement pas, et l’étude citée plus haut a trouvé les crèmes au silicone essentiellement non occlusives. Dans tous les cas, ce n’est pas du pétrolatum. Soyeux et scellant sont deux métiers différents.

Les agents filmogènes et le « fini »

Les formulateurs ajoutent aussi des agents filmogènes, des ingrédients qui sèchent en une couche mince et souple, pour contrôler le toucher final : collant, poudré, velouté ou glissant une fois le produit posé. Ceux à base de silicone donnent un fini lisse et sec; les cires lourdes et le pétrolatum, un fini brillant.

La texture se travaille aussi par l’écoulement. Une crème ferme dans le pot mais qui se fluidifie vite sous les doigts est perçue comme « riche mais pénètre vite ». La rhéologie (la façon dont un produit s’écoule et se déforme) se mesure avec des instruments et se règle délibérément.

Comment on teste vraiment « pénètre rapidement »

Les allégations comme « pénètre rapidement », « non gras » et « léger » viennent de tests sensoriels, pas d’une mesure de ce qui entre dans la peau.

L’approche standard utilise un panel sensoriel entraîné : un groupe de personnes formées à noter des attributs comme l’étalement, l’absorption, le collant, le gras, le résidu et le toucher final sur des échelles définies, avec des méthodes aux noms comme l’analyse descriptive Spectrum, l’analyse descriptive quantitative et le « cochez tout ce qui s’applique ». Les panélistes appliquent une quantité mesurée sur une zone définie, frottent pendant un temps fixé et notent ce qu’ils ressentent à intervalles précis.

Comme les panels sont lents et coûteux, les chercheurs développent des instruments (capteurs de friction, rhéomètres, analyseurs de texture) qui prédisent ce qu’un panel dirait. Une revue de 2024 les juge plus rapides, moins chers et plus objectifs, mais toujours calibrés sur des panels humains.

Ce qui compte pour vous comme consommateur : « pénètre rapidement » décrit une sensation, environ une à deux minutes après l’application. Ça ne dit rien sur ce que l’hydratant fait de plus pour votre peau. Une lotion « pénètre » surtout parce que son eau s’évapore.

Pourquoi gras n’est pas mauvais pour la peau très sèche

C’est ici que l’histoire de la texture bascule. Tout ce qui rend un produit gras (plus d’huile, du pétrolatum, moins d’eau, un film qui dure) est aussi ce qui le rend le meilleur pour retenir l’eau dans une peau qui la perd.

Les organismes de dermatologie recommandent les crèmes ou les onguents plutôt que les lotions pour la peau sèche exactement pour cette raison : ils apportent plus d’hydratation et la gardent. DermNet classe les produits du moins au plus occlusif (lotion, crème, onguent) et recommande les onguents pour les zones épaisses et squameuses. D’où le réflexe pétrolatum pour les talons fissurés, les lèvres gercées et les mains à vif.

Le compromis est réel. Un onguent lourd est désagréable par temps chaud, peut piéger la sueur dans les plis et, frotté fort sur des zones poilues, peut enflammer les follicules pileux. D’où l’approche mixte de bien des gens : léger là où la peau est grasse ou le jour, plus riche là où elle est sèche ou la nuit.

Adapter la texture à votre peau

Un guide pratique, tiré des conseils en dermatologie :

  • Visage gras ou à tendance acnéique : lotion légère ou gel, souvent à base de silicone, sans huile si vous préférez. « Non comédogène » sur l’étiquette est un filtre raisonnable.
  • Peau normale : une lotion en été suffit généralement; bien des gens veulent une crème l’hiver venu.
  • Peau sèche, mains, coudes, tibias : une crème chaque jour, appliquée tout de suite après le lavage, sur peau humide.
  • Zones très sèches, fissurées ou squameuses : un onguent, surtout la nuit. Des gants ou des chaussettes de coton par-dessus l’aident à rester en place et hors des draps.
  • Hiver canadien : montez d’un cran. L’air d’une maison chauffée est très sec, et le film occlusif que vous éviteriez en juillet vaut son pesant d’or en janvier. Pour comparer, le filtre hydratants est un bon point de départ.

Si le côté gras vous empêche d’hydrater tout court, un produit léger que vous utiliserez vaut mieux qu’un produit riche qui reste dans le tiroir. Et si votre peau reste sèche, fissurée ou irritée après deux semaines d’usage régulier, consultez votre médecin ou votre pharmacien.

Gras ou non gras, c’est surtout huile contre eau, plus le choix des huiles : le pétrolatum pour un scellant durable, les silicones pour la glisse sans brillance. « Pénètre rapidement » est une note de panel sensoriel sur la sensation une minute plus tard, pas la preuve que le produit travaille plus fort. Pour une peau vraiment sèche, l’option plus riche, plus lente et plus brillante est généralement celle qui fait le plus de bien : choisissez la texture dont votre peau a besoin, puis celle que vous utiliserez volontiers.

Questions liées

Un hydratant qui pénètre vite est-il plus efficace ?

Pas nécessairement. « Pénètre rapidement » décrit la sensation une minute ou deux après l’application, telle que notée par des panels sensoriels, et non la quantité qui entre dans la peau. Une lotion légère disparaît vite parce que son eau s’évapore et laisse un film mince. Une crème ou un onguent plus riche reste plus longtemps en surface, ce qui est exactement ce qui retient l’eau dans une peau très sèche.

Les silicones comme le diméthicone sont-ils mauvais pour la peau ?

Les données disent que non. Les revues de dermatologie décrivent le diméthicone comme hypoallergénique et non comédogène (il ne bouche pas les pores), et il est très utilisé justement parce qu’il lisse et protège sans brillance grasse. C’est un ingrédient courant des hydratants conçus pour la peau à tendance acnéique. Le débat sur les silicones porte surtout sur des préférences environnementales, pas sur la sécurité pour la peau.

Pourquoi un onguent reste-t-il gras pendant des heures ?

Parce qu’il est surtout composé d’huile, souvent autour de 80 %, avec peu ou pas d’eau à évaporer. Le pétrolatum, la base classique des onguents, ne pénètre pas et ne sèche pas; il reste en surface sous forme de film. Ce film est la raison pour laquelle il peut réduire la perte d’eau de la peau de plus de 98 %, et aussi la raison de la brillance. Il fait son travail.

Quelle texture pour le visage et quelle texture pour le corps ?

Ça dépend plus de la sécheresse que de l’endroit. Un visage gras ou à tendance acnéique se porte généralement mieux avec une lotion légère ou un gel, souvent à base de silicone. Les joues sèches, les mains, les coudes et les tibias tolèrent une crème et en profitent, avec un onguent sur les zones les plus sèches la nuit. En hiver canadien, bien des gens montent d’un cran partout.

Sources

  1. The Role of Moisturizers in Addressing Various Kinds of Dermatitis: A ReviewClinical Medicine & Research (PubMed Central), 2017
  2. Silicone in Dermatology: An UpdateJournal of Cutaneous and Aesthetic Surgery (PubMed Central), 2023
  3. A comparison between silicone-free and silicone-based emulsions: Technological features and in vivo evaluationInternational Journal of Cosmetic Science, 2022
  4. Predicting tactile sensory attributes of personal care emulsions based on instrumental characterizations: A reviewInternational Journal of Cosmetic Science, 2024
  5. Emollients and moisturisersDermNet, 2022
  6. Dermatologists’ top tips for relieving dry skinAmerican Academy of Dermatology, 2024

Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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