« Tue les germes jusqu’à 24 heures. » « Protection longue durée. » « Résiste au lavage. » Ces allégations transforment une giclée de désinfectant en bouclier invisible, et elles vendent. La science derrière est réelle mais étroite, les essais sont exigeants, et au Canada, ce n’est pas une allégation qu’une entreprise peut simplement imprimer.
Deux tâches différentes : tuer maintenant, ou continuer à tuer
Tout antiseptique pour les mains fait une tâche : réduire les germes au moment où vous l’utilisez. L’alcool le fait vite, puis s’évapore en emportant son effet. Le guide de Santé Canada sur les antiseptiques attend d’un produit sans rinçage qu’il montre son effet en 30 secondes.
L’activité persistante est une deuxième tâche, distincte. Le guide de Santé Canada sur les antiseptiques à usage humain la définit comme une réduction de la flore cutanée qui maintient une libération microbienne faible et prolongée, grâce à une repousse lente de la flore résidente. En langage simple : après séchage, quelque chose reste sur la peau et empêche les bactéries qui y vivent de revenir à leur nombre habituel.
L’effet immédiat et la persistance se mesurent séparément, et un produit peut avoir l’un sans l’autre. L’alcool seul n’a presque aucune persistance. Les ingrédients qui laissent un résidu, comme la chlorhexidine ou les ammoniums quaternaires des désinfectants sans alcool, sont ceux qui rendent une allégation de persistance possible.
Comment on teste la persistance
La persistance se mesure sur les mains de vraies personnes. Les méthodes que nomme le guide de Santé Canada, EN 12791 (une norme européenne) et ASTM E1115 (une norme nord-américaine), ont été écrites pour l’antisepsie chirurgicale des mains. Le principe : compter les bactéries sur le bout des doigts de volontaires, appliquer le produit, recompter tout de suite, mettre des gants aux volontaires, attendre des heures, et recompter. Un produit persistant garde le compte bas sous le gant.
Le guide de Santé Canada pose trois conditions importantes :
- Les allégations de persistance se limitent aux bactéries. Un produit ne peut pas prétendre tenir les virus ou les champignons à l’écart pendant des heures.
- Le produit doit faire « pas significativement moins bien que le produit de référence » dans ces essais. C’est une comparaison, pas un chronomètre.
- Pour les brossages chirurgicaux et les préparations préopératoires de la peau, le guide attend un effet persistant d’au moins 6 heures.
La FDA américaine voit les choses de la même façon. Dans sa règle finale de 2017 sur les antiseptiques en milieu de soins, elle explique pourquoi la persistance compte pour la préparation préopératoire : inciser la peau sur une grande surface, pendant des heures, fait de la repousse bactérienne un vrai risque. C’est la situation pour laquelle les essais ont été conçus : des mains gantées et immobiles au bloc opératoire.
Pourquoi l’allégation doit être autorisée au Canada
Au Canada, un désinfectant pour les mains est un médicament ou un produit de santé naturel, et chaque allégation de l’étiquette fait partie de son autorisation.
La plupart des désinfectants grand public sont homologués sous la monographie de Santé Canada sur les nettoyants antiseptiques pour la peau à usage domestique. La monographie précise ce que ces produits peuvent dire : qu’ils sont des nettoyants antiseptiques ou antibactériens, et qu’ils tuent les bactéries ou les germes nuisibles. Elle ne soutient expressément pas les allégations du type « tue 99,9 % des germes ». La persistance, « longue durée », « jusqu’à X heures » et « résiste au lavage » n’y figurent pas. Un produit qui veut les faire doit présenter une demande hors monographie, avec ses propres données.
La page de Santé Canada sur les désinfectants pour les mains ajoute deux repères. Chaque produit autorisé porte un NPN ou un DIN à huit chiffres, et le ministère tient une liste consultable. Et aucun désinfectant pour les mains n’a été autorisé au Canada avec des allégations liées à la COVID-19, quelle que soit la durée promise.
Le test pratique est donc simple. Si une étiquette dit « protège pendant des heures », l’entreprise devrait pouvoir montrer que Santé Canada a autorisé ce libellé, avec des données. Sinon, l’allégation est hors autorisation.
Ce que « résiste au lavage » implique
« Résiste au lavage » est une allégation de persistance sous un autre manteau. Elle laisse entendre que l’ingrédient actif se lie à la peau et survit au lavage des mains, de sorte que la protection continue après le lavabo.
Il y a deux problèmes. D’abord, le guide de Santé Canada ne décrit aucun essai de résistance au lavage ; les méthodes qu’il reconnaît impliquent des mains gantées, pas des lavabos. Une entreprise qui fait cette allégation devrait justifier sa propre méthode. Ensuite, le lavage est conçu pour enlever les films de la peau ; c’est le travail du savon. Un film qui survivrait vraiment à des lavages répétés serait inhabituel, et la preuve devrait en être montrée, pas supposée.
Tant que vous ne voyez pas cette preuve, la lecture raisonnable de « résiste au lavage » est : ce produit laisse un résidu, et l’entreprise espère qu’une partie reste. Lavez-vous les mains comme si ce n’était pas le cas.
Ce que montrent vraiment les études
La recherche publiée vient surtout des milieux chirurgicaux, et même là, elle donne à réfléchir.
Une étude de 2017 dans Antimicrobial Resistance and Infection Control a testé deux produits chirurgicaux pour les mains sur 25 volontaires selon un protocole EN 12791 modifié. Une formule à l’alcool seul réduisait les bactéries d’environ 1,96 log immédiatement (grosso modo d’un facteur cent) et encore d’environ 1,67 log après 6 heures sous des gants chirurgicaux. Une combinaison chlorhexidine-alcool, l’ingrédient « persistant » classique, faisait moins bien aux deux moments : 1,42 immédiatement et 1,24 à 6 heures. Les auteurs ont conclu que la chlorhexidine n’est pas essentielle. L’ingrédient vendu pour son effet résiduel n’était donc pas la raison pour laquelle l’effet durait.
Un essai croisé de 2018 dans la revue Medicine a testé des brossages à la chlorhexidine 4 pour cent et au chloroxylénol 3 pour cent contre une référence au propanol, selon la même norme européenne. Aucun n’a satisfait à la norme : ils n’ont pas réduit les bactéries immédiatement, et après 3 heures sous gants, les comptes avaient augmenté.
Deux leçons en découlent. La persistance, quand elle existe, veut dire « moins de repousse qu’il n’y en aurait eu », pas « zéro germe ». Et elle se mesure sous des gants, sur des mains qui ne touchent rien. Dès que vous touchez une poignée de porte, un téléphone ou un enfant, vous ramassez de nouveaux organismes contre lesquels le résidu n’a jamais été testé.
Lire honnêtement une étiquette « longue durée »
Une liste pour le magasin :
- Y a-t-il un NPN ou un DIN ? Sinon, le produit n’est pas autorisé au Canada, et rien sur l’étiquette ne compte.
- La durée fait-elle partie du libellé autorisé ? La liste de Santé Canada montre pour quoi chaque produit a été homologué.
- Est-ce limité aux bactéries ? Les allégations de persistance contre les virus ne sont pas permises selon le guide canadien.
- Quel est l’ingrédient actif ? L’alcool à 60 pour cent ou plus tue vite mais ne persiste pas. Les ingrédients qui laissent un résidu peuvent persister, mais les preuves pour les actifs sans alcool contre certains germes sont plus faibles, comme on l’explique dans notre article sur les désinfectants sans alcool.
- Que feriez-vous différemment si l’allégation était vraie ? Si la réponse est « désinfecter moins », l’allégation vous coûte plus qu’elle ne vous donne.
L’activité persistante est une idée scientifique légitime, avec une vraie définition réglementaire, utile au bloc opératoire. Sur une bouteille à la caisse, c’est surtout une raison de garder votre hygiène des mains telle quelle. Vous pouvez parcourir les produits pour les mains évalués pour leurs allégations. Si vos mains sont abîmées à force de désinfecter, c’est un problème de barrière cutanée, et si ça ne va pas mieux après deux semaines, consultez votre médecin ou votre pharmacien.
Gardez la version simple en tête : un désinfectant agit quand vous l’utilisez ; ce qu’il laisse derrière est un bonus, seulement contre les bactéries, seulement si Santé Canada a autorisé l’allégation, et jamais un substitut au prochain lavage.
Questions liées
Que veut dire « activité persistante » sur un désinfectant pour les mains ?
Que le produit est censé empêcher les bactéries de repousser sur la peau pendant un certain temps après séchage, plutôt que de tuer seulement ce qui s’y trouve au moment de l’application. Santé Canada la définit comme une réduction de la flore cutanée qui maintient une libération microbienne faible et prolongée, grâce à une repousse lente de la flore résidente.
Un désinfectant pour les mains peut-il prétendre protéger pendant des heures au Canada ?
Seulement si Santé Canada a autorisé cette allégation précise avec des données à l’appui. La monographie standard des désinfectants courants énumère ce qu’on peut dire, et la persistance n’y figure pas. Le guide de Santé Canada sur les antiseptiques limite les allégations de persistance aux bactéries et exige des essais contre un produit de référence selon des méthodes d’antisepsie chirurgicale.
« Résiste au lavage » veut-il dire que je reste protégé après m’être lavé les mains ?
À prendre avec prudence. Cette allégation laisse entendre que l’ingrédient actif reste sur la peau malgré le lavage, ce qui est une allégation de persistance sous un autre nom et exige le même genre de preuves. Le guide de Santé Canada ne mentionne aucun essai de résistance au lavage, et le lavage sert justement à enlever les films de surface.
Les désinfectants persistants agissent-ils vraiment pendant des heures ?
En chirurgie, certains, en partie. Une étude a trouvé qu’un produit chirurgical à l’alcool seul réduisait encore les bactéries après 6 heures sous des gants, mais moins qu’immédiatement. Une autre a trouvé que deux antiseptiques courants échouaient à la norme européenne, les bactéries augmentant après 3 heures sous gants. Hors du bloc opératoire, toucher des surfaces recontamine les mains de toute façon.
Sources
- Guidance document: Human-Use Antiseptic Drugs
- Monograph: Antiseptic Skin Cleansers (Personal Domestic Use)
- Hand sanitizers (COVID-19): authorized products and how to use them
- Safety and effectiveness of health care antiseptics: final rule (82 FR 60474)
- Chlorhexidine is not an essential component in alcohol-based surgical hand preparation (Hennig TJ et al.)
- Effectiveness of surgical hand antisepsis using chlorhexidine digluconate and parachlorometaxylenol hand scrub (Vallejo RBB et al.)
Cet article est une information générale, pas un avis médical. Si vous avez une inquiétude au sujet de votre peau, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.